La Torah nous offre une perspective unique sur les défis inhérents à l’éducation des enfants. À travers certains commandements spécifiques, elle met en lumière trois obstacles majeurs que les parents peuvent rencontrer. Ces enseignements millénaires nous rappellent que malgré les difficultés, l’éducation réussie reste possible avec amour et persévérance.
Adapte du Likoutei Sihot vol. 2 , Mi’htavim Tazrya
La triple injonction : un message pour éduquer les plus jeunes
« Parle aux Cohanim, fils d’Aaron, et dis-leur… » Cette répétition dans la paracha Emor intrigue. Rachi explique ce double commandement : « Pour avertir les grands à propos des petits ». Il s’agit de transmettre aux Cohanim adultes l’interdiction de se rendre impurs au contact d’un mort, charge à eux de la transmettre ensuite à leurs jeunes enfants.
Cette formulation n’apparaît que deux autres fois dans toute la Torah :
Concernant l’interdiction de consommer des créatures rampantes et celle de consommer du sang. Pour les créatures rampantes, il est écrit : « Ne les mangez point car ils sont une abomination ». Les Sages interprètent « Ne les mangez point » comme « Ne les faites pas manger », indiquant que les adultes doivent veiller à ne pas nourrir les enfants avec ces créatures. Quant à l’interdiction du sang, le verset « Aucune personne parmi vous ne mangera de sang » amène les Sages à conclure que même les enfants sont concernés.
Une question se pose alors : pourquoi ces commandements spécifiques méritent-ils une attention éducative particulière ? Les enfants sont-ils particulièrement attirés par l’impureté des morts ou la consommation de sang, au point qu’il faille insister sur le devoir parental d’éducation ?
Trois défis fondamentaux dans l’éducation
L’éducation des enfants présente trois situations particulièrement difficiles :
- un enfant au tempérament difficile ;
- une tentation extérieure massive et addictive ;
- la transmission de valeurs religieuses abstraites et pas suffisamment convaincantes.
Parfois c’est l’enfant qui est difficile, parfois ce sont les tentations extérieures qui menacent, et parfois c’est la valeur religieuse elle-même qui n’est pas suffisamment convaincante.
Enfant au tempérament difficile : Concernant l’interdiction des créatures rampantes, les Sages affirment que « l’âme humaine les abhorre naturellement ». Une personne ordinaire devrait ressentir du dégoût à l’idée de manger des animaux qui grouillent sur la terre. Un enfant que son père doit éloigner de ces créatures démontre un caractère hors norme. Le père est alors frustré : comment éduquer un enfant dont la « matière première » semble si problématique ?
Tentation extérieure massive et addictive : L’interdiction du sang représente le défi opposé. Les Sages affirment qu’en Égypte, « ils étaient plongés dans le sang ». C’était un aliment national auquel les gens étaient accoutumés. Le parent se retrouve alors impuissant : comment détacher l’enfant de l’écran ? Comment l’arracher à cette norme sociale à laquelle tous semblent accros ?
Transmission de valeurs religieuses abstraites et pas suffisamment convaincantes : L’impureté liée aux morts constitue le troisième défi. Tout le concept d’impureté est abstrait, mystérieux et considéré comme la « loi des lois » de la Torah. Même le roi Salomon ne comprenait pas comment le mort rend impur et comment la vache rousse purifie. Le père peine donc à connecter l’enfant à des concepts éloignés de sa compréhension, concepts que lui-même ne saisit pas pleinement.
La constance et l’amour : clés de la réussite éducative
Face à ces trois défis, la Torah nous dit : l’éducation reste possible. Faites confiance à vos enfants. Avec le commandement divin vient aussi la force de l’appliquer. L’enfant est une matière malléable, curieuse, intéressée et prête à apprendre de nouvelles choses.
Avec amour et constance, on peut espérer de bons résultats au fil du temps. Comme le souligne un principe éducatif fondamental : un message répété avec conviction finit par porter ses fruits.
Nous devons comprendre que chaque enfant présente des défis uniques. Certains enfants sont naturellement attirés par ce qui est défendu, d’autres sont plus influençables par leur environnement, et d’autres encore ont du mal à intégrer des concepts abstraits. Notre rôle d’éducateur est d’adapter notre approche à chaque situation.
La Torah, par ces trois exemples, nous enseigne que l’éducation doit tenir compte à la fois de la nature de l’enfant, des influences extérieures et de la complexité des valeurs à transmettre. La clé réside dans notre persévérance et notre cohérence face à ces défis.
Ces enseignements du Rabbi nous rappellent que malgré les difficultés apparentes, l’éducation juive a toujours su s’adapter aux défis de chaque génération, avec la même conviction et le même amour pour les enfants.
















