Au cœur de Genève, une école juive hors du commun relève un défi éducatif que peu d’établissements osent affronter : préparer ses élèves au baccalauréat suisse, reconnu comme le diplôme de fin d’études secondaires le plus rigoureux au monde. La chaîne de télévision israélienne i24 a consacré un reportage à cette réussite remarquable de l’école ‘Ohalei Menachem’, établissement Habad qui conjugue excellence académique et identité juive profonde. Derrière ce succès, une vision pédagogique audacieuse portée par des enseignants d’exception et une communauté soudée.

 

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Genève, carrefour entre deux mondes

Genève n’est pas seulement la ville des montres et de la diplomatie internationale. En son cœur bat aussi une communauté juive vivante d’environ 7 000 âmes, installée dans cette ville qui se tient en équilibre entre la Suisse et la France. Les enfants de cette communauté fréquentent des établissements juifs, et l’un d’entre eux se distingue tout particulièrement depuis quelques années.

Le baccalauréat suisse : le graal des diplômes

L’école ‘Ohalei Menachem’ vient de décrocher un titre fort convoité : celui d’établissement capable de préparer ses élèves au baccalauréat fédéral suisse — unanimement considéré comme l’examen de fin d’études le plus difficile au monde. Ce parcours exigeant s’étale sur quatre années de préparation intensive et ouvre les portes des universités les plus prestigieuses. Le diplôme fédéral requiert un très bon niveau en sciences ainsi qu’une maîtrise courante de plusieurs langues. Une élève de l’école témoigne : « Ma langue maternelle est le français, mais je pratique également l’anglais et l’allemand. »

Ce n’est pas un chemin pour tous. En Suisse, seulement 30 % des lycéens se présentent à cet examen, tant les alternatives plus accessibles sont nombreuses. Mais l’école a fait le choix de l’excellence. L’an dernier, sur dix élèves de terminale, quatre ont écrit l’histoire en se présentant à l’épreuve et en la réussissant avec succès — une performance qui résonne bien au-delà des murs de l’établissement.

Cinq langues, les sciences et le code dès le plus jeune âge

L’école propose un cursus d’une richesse rare : les élèves y étudient dans cinq langues — le français, l’hébreu, l’anglais, l’allemand et l’italien. À cela s’ajoutent des cours de physique et de chimie à très haut niveau, ainsi que des cours de programmation informatique intégrés dès les premières années de scolarité.

Un enseignant, lui-même directeur d’une entreprise spécialisée dans la recherche appliquée en informatique — travaillant sur l’intelligence artificielle, le développement sur mesure et la cybersécurité — explique en français : « L’école est spéciale parce qu’elle enseigne l’informatique dès les tout-petits, pendant toutes les années scolaires. Les élèves vont acquérir énormément de compétences. Cette classe est déjà très avancée et fait de la programmation. »

Les cours d’hébreu, dispensés à des enfants francophones, atteignent eux aussi un niveau impressionnant. Une enseignante s’en réjouit : « Ils arrivent ici à un niveau vraiment très élevé, c’est remarquable. Je travaillais avec une classe de quatrième sur les structures grammaticales hébraïques — les conjugaisons et les formes verbales — et vous savez, il faut vraiment savoir enseigner cela. » Et son interlocuteur de répondre avec humour : « Je ne suis pas certain de savoir moi-même ce que c’est… » — « Exactement ! » conclut-elle avec le sourire.

Des classes à taille humaine dans un cadre exceptionnel

L’école accueille environ 300 élèves. Dans les petites classes — du CP au CM2 — les effectifs tournent autour de 20 élèves par classe. Dans les niveaux supérieurs, les groupes se réduisent à environ 10 élèves, permettant un suivi individualisé d’une qualité rare.

Une enseignante israélienne trace le contraste avec ce qu’elle a connu : « En Israël, ce sont des classes gigantesques, on a du mal à tenir une classe entière. » Ici, chaque élève compte, chaque difficulté est prise en charge. Et si un élève rencontre des obstacles, l’école organise elle-même un soutien par des cours particuliers.

Un investissement conséquent, des bourses possibles

Cette qualité d’enseignement a un coût. Les frais de scolarité annuels s’élèvent à 10 000 francs suisses, soit l’équivalent d’environ 10 500 euros. Des bourses existent, mais le tarif reste hors de portée de toutes les bourses. Cela n’empêche pas certaines familles d’aller bien plus loin : attirées par le niveau exceptionnel de l’établissement, elles n’hésitent pas à déménager pour s’installer à proximité de l’école.

Des enseignants parmi les mieux payés de Suisse

Le secret de cette excellence tient peut-être aussi aux enseignants eux-mêmes, recrutés parmi l’élite académique et rémunérés en conséquence. Un professeur débutant dans les petites classes perçoit un salaire de 6 000 francs suisses par mois, soit environ 24 000 shekels. Un enseignant expérimenté dans une matière scientifique peut atteindre 15 000 francs suisses mensuels — soit environ 60 000 shekels. Des salaires élevés, même à l’échelle suisse.

Le corps professoral reflète la diversité du monde : parmi les diplômés du baccalauréat fédéral qui enseignent ici — la crème de la crème — on trouve des enseignants chrétiens, et même des musulmans pratiquants qui observent le Ramadan. « Nous prenons vraiment le meilleur du meilleur », résume fièrement un responsable de l’école.

Une école Habad ouverte sur toute la communauté

L’école appartient au mouvement Habad, et la communauté en est le cœur. Mais son ouverture est l’une de ses forces les plus précieuses. Sous son toit cohabitent des enfants qui n’observent pas le Chabbat, qui ne mangent pas casher, et des enfants issus de familles très religieuses — y compris des enfants de membres du Kollel. « Tous apprennent ensemble, vivent ensemble. C’est ce qui compte le plus pour nous », souligne un responsable de l’établissement.

Le témoignage du directeur adjoint

Le Rav Levi Its’hak Pavzner, directeur adjoint de l’école, se confie dans ce reportage sur le parcours singulier de l’établissement. Il évoque le chemin parcouru, les frais de scolarité ainsi que les défis quotidiens que représente la préparation d’élèves juifs pratiquants à un cursus académique d’une telle exigence. Son témoignage illustre la détermination et la rigueur qui animent l’équipe éducative au service des familles.

Le secret de la réussite selon le directeur fondateur

Son père, le Rav Mendel Pavzner, directeur de l’institution, lève le voile sur ce qui fait la force de cet établissement unique. À travers ses mots, il dévoile la clé de ce succès éducatif exceptionnel : une combinaison d’exigence académique, de valeurs Habad transmises avec amour, et d’un encadrement humain profondément attentif à chaque élève.

Des horizons sans limites pour les anciens élèves

Pour certains élèves, le baccalauréat suisse n’est qu’un tremplin vers des ambitions encore plus hautes : médecine, ingénierie, recherche — « le ciel est la limite », comme on dit à l’école. D’autres ont emprunté le chemin inverse : ils ont quitté l’établissement pour le monde extérieur, avant d’y revenir.

Un ancien élève témoigne avec émotion : « J’ai grandi dans cette école. Ce n’est qu’une fois sorti dans le grand monde que j’ai réalisé qu’il existait des Ashkénazes, des Séfarades, des religieux, des laïcs. » Une école qui, en brassant tous les milieux, forge des individus à la fois enracinés et ouverts sur l’universel.versel.