Trente-deux ans après le 3 Tamouz 5754 (1994), l’intérêt suscité par le Rabbi de Loubavitch ne cesse de croître. Ceux qui ont vécu à ses côtés revisitent sans relâche leurs souvenirs comme on explore un trésor, tandis que ceux qui ne l’ont jamais rencontré demeurent saisis par une curiosité légitime. Qu’avait donc le Rabbi de si singulier pour s’imposer comme le guide juif par excellence de notre génération ?
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Le Rav Yehouda Krinsky a servi le Rabbi de Loubavitch en qualité de secrétaire pendant plus de quarante ans. Il préside aujourd’hui les institutions éducatives et sociales du mouvement Habad-Loubavitch.
Avec le temps qui passe — et voilà déjà trente-deux ans qu’il nous a quittés, le 3 Tamouz 5754 (1994) —, l’intérêt porté au Rabbi de Loubavitch, le Rav Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, ne fait que grandir. Ceux d’entre nous qui ont eu le privilège de vivre en sa présence se remémorent et rejouent sans fin ces moments, véritables trésors dont nous extrayons toujours davantage de lumière. Quant à ceux qui ne l’ont jamais rencontré, leur curiosité, bien compréhensible, est immense.
Qu’avait donc le Rabbi de particulier, me demande-t-on souvent, qui le distinguait à ce point comme le guide juif par excellence de notre génération ?
Aux côtés du Rabbi, jour après jour
J’ai eu l’insigne bonheur de travailler aux côtés du Rabbi chaque jour, pendant plus de quarante ans. Deux fois par semaine, et ce durant toute la nuit, pendant près de trente années, le Rabbi recevait des visiteurs en ye’hidout — ces audiences privées.
Ceux qui venaient le consulter accouraient de toutes les régions du monde et de tous les milieux : Juifs et non-Juifs, hommes et femmes, adultes et enfants, professionnels, universitaires, ouvriers, artistes, militants et responsables politiques de toutes sensibilités. Les dilemmes, les interrogations et les tourments qu’ils déposaient devant le Rabbi embrassaient l’ensemble des préoccupations de l’existence.
Si la durée de ces entrevues variait de quelques minutes à plusieurs heures, chaque visiteur en ressortait avec le sentiment que, pendant le temps passé auprès du Rabbi, plus rien d’autre n’existait au monde.
L’art de se revêtir de l’âme d’autrui
La tradition hassidique enseigne qu’un Rabbi doit « se revêtir » de la psyché de celui qui vient chercher sa guidance, se transformant pour ainsi dire d’un solliciteur à l’autre. Ceux qui rencontraient le Rabbi étaient frappés par son attention d’une acuité absolue et par cette faculté extraordinaire de se relier à eux si profondément en l’espace de quelques instants. Parfaitement accordé à chaque personne qu’il rencontrait, le Rabbi « se revêtait » à nouveau entre chaque visiteur, des milliers de fois au cours d’une seule matinée de dimanche.
Les dimanches du dollar
L’époque des audiences privées finit par céder la place à ces fameuses files d’attente du dimanche matin. Debout sans interruption durant cinq ou six heures, le Rabbi accueillait des milliers de personnes — une à une — hommes, femmes et enfants de tous horizons et de toutes les contrées du monde. À chacun, le Rabbi répondait, prodiguait sa bénédiction et remettait un billet d’un dollar flambant neuf, destiné à être donné à la Tsedaka de son choix. Ces rencontres étaient le plus souvent fugaces, mais elles avaient le pouvoir d’élever chacun, gravant dans le cœur de tout visiteur un instant d’inspiration appelé à transformer sa vie.
Personne n’était insignifiant
À travers le volume prodigieux de lettres, de visiteurs et de rencontres qui occupaient le Rabbi chaque jour, j’ai appris que nul n’était sans importance — il consacrait autant de temps à répondre à l’enfant de huit ans qu’au Premier ministre — et qu’aucune question, privée ou communautaire, n’était jugée insignifiante.
Un homme de l’esprit
Lorsque Moché apprit que son heure était venue, son souci immédiat fut l’avenir de son peuple. Il pria pour que « D.ieu qui connaît l’esprit de toute chair » désigne un successeur capable d’entrer en relation avec chaque individu à un niveau personnel (Nombres 27, 16). En réponse, D.ieu enjoignit à Moché de nommer Yehochoua, car il était « un homme d’esprit ». Rachi interprète ce « homme d’esprit » comme « un homme capable de s’accorder à la personnalité de chaque individu » (Nombres 27, 17).
Un véritable guide de son peuple doit donc posséder la capacité d’apprécier ces différences et de se relier à chacun en conséquence.
Le Rabbi était un maître de l’esprit.

