Le Département d’État américain a révoqué plus de 250 000 visas depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, a déclaré lundi le Rav Yehouda Kaploun, envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme. Selon ce Hassid Habad devenu ambassadeur, nombre des personnes concernées avaient encouragé des actions ouvertement hostiles aux Juifs. Washington affirme par ailleurs avoir obtenu de plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite, le retrait de contenus antijuifs de leurs manuels scolaires.

 

 

C’est au Foreign Press Center de Washington, face aux correspondants de la presse étrangère, que l’ambassadeur Rav Yehouda Kaploun a dressé, lundi 5 octobre, le bilan de la politique américaine contre la haine des Juifs. Pendant près d’une heure, l’envoyé spécial chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme a passé en revue les mesures prises depuis janvier 2025, avant de répondre aux questions sur le sionisme, l’Europe, l’Iran et l’avenir de Gaza.

Un quart de million de visas annulés

Dès son propos liminaire, le diplomate a rappelé le décret présidentiel signé au premier jour du mandat pour protéger les étudiants juifs sur les campus, puis l’instauration d’un contrôle renforcé des demandeurs de visas. Le chiffre est tombé sans détour : « Plus de 250 000 visas ont été révoqués. » D’après ses explications, beaucoup de ceux dont le droit de séjour a été annulé avaient pris part à la promotion d’activités antisémites flagrantes sur le sol américain, ce qui a conduit l’administration à leur retirer leur titre.

Ce total avait été rendu public quelques jours plus tôt, le 1er octobre, par le Département d’État lui-même. Son porte-parole, Tommy Pigott, avait alors précisé que les révocations visaient des étrangers ayant commis des infractions, soutenu le terrorisme ou escroqué des citoyens américains. Le chiffre recouvre donc un éventail de motifs plus large que le seul antisémitisme, lequel en constitue l’un des volets. Le Rav Kaploun a également mis en avant la relance des poursuites pour crimes de haine, la coopération avec les services antiterroristes et le retrait des États-Unis de certaines instances internationales.

Manuels scolaires : Riyad revoit sa copie

L’autre annonce marquante concerne l’éducation. L’envoyé spécial a indiqué que ses services avaient travaillé avec le gouvernement saoudien pour faire modifier des programmes scolaires contenant un niveau inédit de contenus antisémites, un dossier qu’il a qualifié de prioritaire pour son bureau. Il a cité l’exemple d’un exercice d’arithmétique figurant dans le manuel d’un pays qu’il n’a pas nommé, où l’on demandait aux élèves de calculer un nombre d’Israéliens tués sur plusieurs jours. Ce type d’énoncé est désormais en cours de suppression, a-t-il assuré, grâce à l’action conjointe du président Trump, du secrétaire d’État Marco Rubio et des ambassadeurs américains en poste dans la région.

Ces propos prolongent une déclaration du mois d’août, dans laquelle le Rav Kaploun saluait les efforts continus du royaume pour améliorer ses programmes, en invoquant l’esprit des Accords d’Abraham. Elle faisait suite à un rapport de l’institut IMPACT-se, publié fin juillet, selon lequel le cursus saoudien 2024-2026 poursuit sa trajectoire de réforme en renforçant les messages de paix et de coexistence. « La plupart de ceux qui haïssent sont des ignorants », a résumé le diplomate, convaincu qu’un enseignement fondé sur le respect fait reculer l’hostilité envers toutes les confessions.

Sionisme, IHRA et accusation de « génocide »

Interrogé sur la motion adoptée la veille par le Parti vert d’Angleterre et du pays de Galles, qui assimile le sionisme à une forme de racisme, le Rav Kaploun a annoncé que Washington ferait des représentations officielles. Il a invité ceux qui emploient le mot à en connaître l’histoire : depuis trois mille ans, a-t-il rappelé, le peuple juif tourne ses prières vers Sion. Il a aussi décrit la diversité de la société israélienne, où Juifs de toutes origines, Arabes et Druzes étudient et travaillent côte à côte dans les universités et les hôpitaux.

À propos du débat italien sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, il a écarté l’idée qu’elle interdirait de critiquer Israël : elle exige seulement, selon lui, d’appliquer le même critère à tous les États. Quant au terme de « génocide », brandi notamment par l’Afrique du Sud, il a dénoncé son usage par des radicaux de tous bords et s’est demandé pourquoi un enfant juif de six ans scolarisé aux États-Unis devrait être traité de tueur de bébés. Sur la solution à deux États, il a plaidé pour le réalisme : aucune avancée n’est envisageable tant qu’une partie appelle à l’éradication de l’autre, la priorité allant au désarmement du Hamas, à l’éducation et au développement économique de Gaza.

De Bruxelles à Mexico, des communautés sous pression

Le diplomate est revenu sur son premier déplacement officiel en Belgique, où il s’était rendu dans une synagogue visée par un engin incendiaire et avait rencontré une centaine de fidèles inquiets. À la suite de ses échanges avec les autorités, a-t-il raconté, l’armée a été déployée pour protéger les communautés de Bruxelles, d’Anvers et de Liège. Trois jours plus tard, trois adolescents étaient arrêtés ; d’après lui, ils avaient été recrutés par le régime iranien pour incendier un lieu de culte juif, un épisode suivi de l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes.

Il s’est dit préoccupé par la situation au Canada, où la communauté juive vit selon lui en état de siège, ainsi qu’au Mexique. Le niveau actuel de l’antisémitisme, a-t-il affirmé, n’avait plus été observé depuis la période précédant la Seconde Guerre mondiale. Il a enfin estimé que le réseau X avait enregistré une nette baisse des publications antijuives depuis que la localisation des comptes y est affichée.

Un Hassid Habad à la tête de la diplomatie contre la haine

Né en Israël et membre de la communauté Habad, le Rav Yehouda Kaploun a été confirmé à son poste par le Sénat américain le 18 décembre 2025, avec rang d’ambassadeur. Proche de Donald Trump, avec lequel il avait allumé une bougie du souvenir le 7 octobre 2024 en Floride, il est aujourd’hui le principal conseiller du gouvernement américain sur l’antisémitisme dans le monde. Sa méthode tient en une idée, qu’il a répétée en conclusion : apprendre à un enfant de sept ans à ne pas haïr, pour qu’à dix-huit ans il ne soit pas tenté de prendre une arme.

À la veille du troisième anniversaire du 7 octobre, le message adressé de Washington se veut sans ambiguïté : la haine des Juifs se combat par la fermeté, et se prévient par l’éducation.