À l’entrée du mois d’Elloul, dans un chalet de l’Alpe d’Huez, une assemblée de ‘Hassidim se réunit autour d’un Farbrenguen où se mêlent les enseignements du Rabbi, les coutumes d’Israël et l’attente de la Gueoula. On y parle du Roi qui sort à la rencontre de chacun dans le champ, de la force de la parole adressée à un autre juif, et du devoir de ne jamais se décourager. La soirée se conclut par un hommage au Rav Chmouel Azimov, qui célébrait ce jour-là ses quarante-neuf ans.
Ce soir, nous entrons vraiment dans le mois d’Elloul
Souvenez-vous que ce n’est pas la fête toute l’année. Et voici que dès ce soir, nous sommes véritablement entrés dans le mois d’Elloul. Aujourd’hui, c’était le premier jour de Roch Hodech, qui est en réalité le trentième jour du mois d’Av ; ce soir, en revanche, commence le premier jour d’Elloul proprement dit. C’est le moment de Ani lédodi védodi li, « je suis à mon Bien-aimé et mon Bien-aimé est à moi ». C’est le moment le plus élevé de l’année.
Le Rabbi explique qu’à l’entrée de ce mois, nous commençons à réciter LeDavid Hachem ori véyich’i, le chapitre vingt-sept des Psaumes, que l’on dit désormais deux fois par jour. Le Rabbi enseigne que le roi David a composé ce chapitre en pensant à la construction du Beth Hamikdach. Tel est le sens de ce verset : D.ieu éclaire et D.ieu porte secours à chacun. Et il s’y trouve surtout une allusion, un remez, au troisième Beth Hamikdach.
Puisse donc D.ieu nous aider, au moment même où nous pénétrons véritablement dans ce mois d’Elloul qui est celui de Ani lédodi védodi li, à recevoir la Gueoula Chelema très prochainement, et que le Rabbi revienne pour nous conduire en Terre d’Israël. Amen.
Le Roi dans le champ, une joie qui n’a pas besoin d’être ordonnée
C’est le temps le plus grand de tout notre calendrier, ce mois d’Elloul, parce que D.ieu se tient proche de chacun d’entre nous : Mélekh bassadé, le Roi est dans le champ, et Il montre à tous un visage souriant.
Le Rabbi pose la question : pourquoi cette joie n’est-elle nulle part explicitement prescrite ? Parce qu’un commandement, par définition, se donne à celui qui doit être contraint. Or il s’agit ici de quelque chose qui vient de l’essence même, de la manière dont nous sommes attachés à D.ieu. Et puisque nous ne faisons qu’un avec D.ieu, il est parfaitement normal, parfaitement naturel, parfaitement évident, qu’il faille se réjouir. Durant le mois d’Elloul, la joie doit être immense, une grande sim’ha, précisément parce que D.ieu est proche de chacun d’entre nous. Ce qui va de soi, ce qui relève de la nature même des choses, n’a pas besoin d’être ordonné.
Le Rabbi rappelle qu’il existe toute une discussion à propos du ‘hinoukh, l’éducation des enfants : s’agit-il d’une Mitsva mideoraïta, d’ordre de la Torah, ou miderabbanan, d’institution rabbinique ? On peut légitimement s’étonner : comment imaginer un seul instant qu’éduquer ses enfants pourrait ne pas être une Mitsva ? C’est une obligation absolue. Le Rabbi explique justement qu’il s’agit d’une obligation, et que lorsqu’une obligation est à ce point naturelle et évidente, il n’est pas nécessaire de l’inscrire : chacun la comprend de lui-même.
Il en va de même pour le mois d’Elloul, que le Rabbi explique longuement : c’est Mélekh bassadé, D.ieu se trouve proche de chacun d’entre nous. Il faut donc utiliser ce moment au maximum pour étudier la Torah, pour accomplir des Mitsvot, et surtout ne pas se contenter de ce que l’on fait déjà. Ne pas dire : « J’étudie déjà suffisamment, à quoi bon en ajouter encore, qu’est-ce qu’un peu plus de Torah pourrait bien apporter ? » Car cela non plus n’a pas besoin d’être ordonné.
Il est des choses que l’on comprend de soi-même, comme le Rabbi l’a expliqué à maintes reprises : celui qui aime D.ieu et qui sait pertinemment que le seul moyen de s’unir à Lui passe par la Torah, celui-là n’a pas besoin qu’on lui prescrive un minimum d’étude. Il sait très bien que s’il aime D.ieu, le moyen de s’attacher à Lui, c’est l’étude de la Torah.
Cela vaut toute l’année, mais plus encore durant le mois d’Elloul, comme le Rabbi en parle dans les si’hot et dans les maamarim. Ce mois, dit le Rabbi, comporte vingt-neuf jours que D.ieu nous donne à la manière des villes de refuge : même si nous avons commis des actes qui ne sont pas bons, en nous réfugiant dans le mois d’Elloul et en accomplissant la techouva, D.ieu nous accorde une très bonne année, begachmiout ouverou’haniout, matériellement et spirituellement, kifchouto oukemachma’o, au sens le plus littéral, comme le Rabbi l’a répété bien des fois.
Voilà pourquoi c’est maintenant, alors que nous entrons dans ce mois, que chacun d’entre nous doit s’efforcer de progresser encore dans l’étude de la Torah, même s’il a déjà fixé ses temps d’étude, et d’apprendre davantage encore. Il faut avancer dans tous les inyanim de Torah et de Mitsvot. Et nous sommes assurés que par cela même nous hâterons la venue de la Gueoula Chelema, très bientôt.
Les coutumes d’Israël et l’anniversaire, une institution du Rabbi
Le Rabbi a expliqué dans les si’hot, à plusieurs reprises, que lorsque Moché Rabbénou reçut la Torah et qu’il traversa les quatre mondes, Atsilout, Beria, Yetsira et Assia, on lui fit en chaque lieu des présents. Et quels étaient ces présents ? Les minhaguei Israël, les coutumes juives. Dans chaque monde, un cadeau lui fut remis. Ce sont ces coutumes d’Israël, dont certaines ne sont même pas mentionnées explicitement et n’apparaissent que plus tard dans les livres, et qui sont pourtant d’une importance considérable.
Le Rabbi rapporte au nom du Baal Chem Tov et de l’Admour Hazaken, qui le transmit au Tséma’h Tsédek, que tous les minhaguim des ‘Hassidim, toutes les coutumes supplémentaires que nous avons chez les ‘Hassidim, relèvent de Halakha leMoché miSinaï : Moché Rabbénou les reçut parmi les présents qui lui furent donnés lorsqu’il descendit à travers les mondes pour apporter la Torah ici-bas.
C’est également le cas de la coutume de célébrer son anniversaire. Il s’agit d’une takana du Rabbi, une institution que le Rabbi a demandée : que chacun célèbre son anniversaire. Certes, on trouve déjà dans la Guemara des avis divergents sur la question de savoir s’il convient ou non de le faire. Mais le Rabbi a soutenu et dévoilé que cette coutume s’inscrit parmi les usages des ‘Hassidim et remonte à Halakha leMoché miSinaï. Or, sur ce qui est Halakha leMoché miSinaï, il n’y a pas de discussion possible : c’est ainsi et pas autrement. Voilà pourquoi il faut faire un Farbrenguen le jour de son anniversaire.
On peut alors s’interroger, comme beaucoup le font : est-ce vraiment si important ? Ne pourrait-on pas s’en dispenser, ou n’en faire que la moitié, ou le quart ? À quoi il faut répondre que la première chose dans le judaïsme, c’est le sérieux. Le sérieux en tout. Le sérieux jusque dans la dernière des coutumes juives. Et à plus forte raison lorsque c’est le Rabbi lui-même qui nous a dévoilé l’importance de fêter un anniversaire : dès lors, que l’on en ait envie ou non, que l’occasion s’y prête ou non, il faut absolument le faire. Parce que cela relève de Moché miSinaï, que c’est ainsi et pas autrement, et qu’il n’y a même pas matière à discussion.
On pourrait dire : ce n’est qu’une coutume, l’un la suit, l’autre non, et l’on pourrait croire que ce n’est pas là l’essentiel. Or c’est précisément ce que l’on nous enseigne : il existe dans le judaïsme toute une part immense, faite de choses extrêmement importantes, si importantes qu’il n’est même pas besoin d’en donner l’ordre parce qu’elles se comprennent d’elles-mêmes. Et parmi elles se trouvent les coutumes juives. Minhag Israël Torah hi, la coutume d’Israël est Torah, et en un sens elle dépasse même la Torah.
Il est donc essentiel de célébrer ces jours. Chacun, lorsque vient son anniversaire, doit se réunir avec d’autres, s’asseoir, dire Le’haïm, et demander à D.ieu qu’Il nous accorde au plus vite le retour du Rabbi ici-bas, kifchouto, au sens propre. Amen.
Pourquoi accorde-t-on des vacances dans les Yechivot
Ce n’est pas un ordre imposé à l’esprit : c’est plus élevé encore qu’un ordre, et c’est à ce titre que cela devient absolument obligatoire.
Il en va de même, dit le Rabbi, pour cette autre question : pourquoi accorde-t-on des périodes de liberté aux élèves des Yechivot ? Ainsi va le monde, il y a des moments de vacances. Mais pourquoi les donne-t-on ? Pour éprouver où se situe la véritable volonté de la personne.
Le Rabbi a dit : lorsque quelqu’un étudie dans une Yechiva ou dans un ‘heder, on peut toujours prétendre qu’il étudie parce qu’il y est tenu, par obligation scolaire, par le règlement de la Yechiva. Le Rabbi a d’ailleurs toujours soutenu que même dans les Yechivot, il devait y avoir des examens et des notes, comme dans les écoles, parce qu’un certain régime scolaire est nécessaire. Mais lorsque viennent les moments de liberté et que l’on constate que, même sans Roch Yechiva, sans machguia’h et sans aucun cadre, l’élève s’attache encore à étudier au maximum, c’est le signe qu’au moment même où il étudiait par obligation, ce n’était pas seulement par obligation : il le faisait parce qu’il veut réellement étudier la Torah, parce qu’il veut s’attacher à D.ieu.
C’est ainsi que le Rabbi développe, dans toute une longue si’ha, la raison pour laquelle on accorde ces semaines de liberté dans toutes les Yechivot. Il s’agit à l’origine d’une institution du Rama, portant sur ‘hodech Nissan et ‘hodech Tichri, durant lesquels il n’y avait pas d’école. Aujourd’hui les choses ont changé : ce n’est plus Nissan et Tichri, cela s’est déplacé vers l’été, mais c’est un usage auquel le Rabbi ne s’est pas opposé. Et pour quelle raison ? Le Rabbi l’a dit : pour que chacun voie lui-même où il en est réellement.
Lorsque quelqu’un étudie la Torah toute l’année, et qu’ensuite, une fois venues les vacances, alors qu’il n’a plus aucune obligation, il continue malgré tout d’étudier la Torah, de prier comme il convient et d’accomplir les Mitsvot, tout en prenant certes un peu de temps pour se reposer afin de mieux étudier encore, alors c’est le signe véritable que notre vie entière est liée à la Torah.
Voilà ce qu’il faut bien observer, comme nous en avons déjà parlé plusieurs fois. Quand on étudie sérieusement les si’hot et les maamarim du Rabbi, on découvre à quel point le Rabbi nous a éclairés, selon les mots du roi David : LeDavid Hachem ori véyich’i. Et même si le Rabbi nous a quittés pour un temps, il nous a laissé cette lumière ; il nous a montré comment considérer la vie et comment s’y conduire, et c’est en scrutant ses si’hot et ses maamarim que nous comprenons ce qu’est la vie. Puisse D.ieu nous aider, puisque nous sommes au mois d’Elloul, à prêter encore davantage attention aux si’hot et aux maamarim du Rabbi, qui sont véritablement LeDavid Hachem ori véyich’i pour le troisième Beth Hamikdach. Amen.
Maamar : Le quinze Av et Yom Kippour, les jours les plus joyeux d’Israël
Cette intervention, prononcée en yiddish, portait sur le lien entre le quinze Av et Yom Kippour, la fin de l’exil, la venue du Libérateur et le rassemblement des exilés.
Le Rabbi y pose une question apparente : quel rapport existe-t-il entre ces deux réalités que l’on associe l’une à l’autre, le quinze Av d’une part et Yom Kippour de l’autre ? Le Rabbi s’appuie sur le maamar du Rabbi précédent, qui soulève la difficulté suivante, à partir de l’enseignement du traité Taanit : « Israël n’a pas connu de jours de fête comparables au quinze Av et à Yom Kippour. » Puisqu’il en est ainsi, c’est donc qu’il s’agit d’une réalité d’une portée considérable, d’une très grande fête, d’un accomplissement immense.
Bien plus, et c’est là que la difficulté se renforce : s’il est écrit qu’Israël n’a pas connu de jours de fête comparables au quinze Av et à Yom Kippour, cela signifie que la joie de ces deux jours dépasse celle d’une fête ordinaire, dont il est pourtant dit vessama’hta be’haguekha, « tu te réjouiras en ta fête ». Comment le comprendre ? Une fête ordinaire comporte une Mitsva positive de la Torah, celle de se réjouir ; comment dire alors que la joie du quinze Av et de Yom Kippour lui est supérieure ?
La réponse tient à la nature du service divin qui s’accomplit en ces jours. Là où l’on parvient à un accomplissement parfait, on attire de grandes lumières sur l’ensemble d’Israël et une force nouvelle est donnée. Mais lorsqu’il s’agit du quinze Av, cela procède d’un don de soi, de la messirout nefech, et cela se situe au-delà de tout ; c’est par là que l’on accède à un niveau supérieur.
Et à la fin du maamar, le Rabbi apporte une allusion : tel est le sens du quinze Av, et tel est également le sens de Yom Kippour, ces deux jours que la Torah rapproche l’un de l’autre.
Emor, la force de la parole adressée à un autre juif
Dans une si’ha, une longue si’ha du Likoutei Si’hot sur la Paracha Emor, le Rabbi parle de l’importance de la parole. Emor signifie « parle ». Le Rabbi y explique à quel point il est important d’adresser la parole à autrui, de parler avec un autre juif.
Car bien souvent nous pensons que nous sommes occupés, que nous n’avons pas le temps de parler : nous partons au travail, nous en revenons, nous sortons de l’école ou de la faculté, et il n’y a plus de temps pour la parole. Et lorsque nous y songeons, le yétser hara arrive avec une idée supplémentaire : « Ta parole apportera-t-elle vraiment quelque chose ? Produira-t-elle le moindre effet ? Ce ne sont que des mots. »
Comme le dit le Rabbi, lorsque le yétser hara nous souffle une idée que nous pourrions attribuer au yétser tov, il faut toujours se demander : est-ce vraiment le bon penchant qui parle, dans une bonne intention ? Ou bien est-ce le mauvais penchant qui parle, dans le but d’affaiblir la personne pour qu’elle n’accomplisse pas ce qu’elle devait accomplir ?
Bien souvent, on se trouve un prétexte de modestie. On demande à quelqu’un : « Va donner un cours, va parler avec un juif. » Et il répond : « Je ne peux pas, je n’en suis pas capable. » La personne croit alors avancer un bon argument, elle croit que c’est le yétser tov qui lui parle de discrétion, de timidité, d’humilité, et elle peut se trouver mille raisons. Mais le Rabbi dit qu’il faut d’abord bien savoir, lorsqu’une telle idée survient, si c’est réellement le yétser tov qui s’exprime, ou si ce n’est pas plutôt le yétser hara qui, ne voulant pas que l’on accomplisse quelque chose de bien, glisse cet argument dans l’esprit.
Il en va de même chaque fois que l’on a eu l’occasion de parler à un juif d’une Mitsva, des Téfilines, d’une Mezouza, de n’importe quel mot que l’on aurait pu lui dire, et que l’on a laissé passer cette occasion. Et si on la laisse passer, c’est parce que le yétser hara souffle : « Qu’y gagneras-tu ? Que t’en restera-t-il ? Tu n’y gagneras probablement rien. » Et ainsi, peu à peu, on néglige.
C’est pourquoi il faut savoir qu’il faut toujours être dans Emor véamarta, toujours être en train de parler. Lorsque nous marchons dans la rue, nous devons savoir que nous n’y allons pas pour nos affaires : nous y allons parce que nous rencontrerons peut-être un juif à qui parler d’une Mitsva, puis d’une autre. Nous lui dirons ne serait-ce que « bonjour », et nul ne sait ce qui, en réalité, est important. Voilà le but de notre marche dans la rue, le but de notre présence au travail, le but de nos trajets en métro ou en train : peut-être rencontrerons-nous un juif. Et quel est alors notre devoir ? Parler. Emor, il faut parler.
Il ne faut chercher aucun prétexte et prétendre que l’on n’en est pas capable. Chacun est capable de dire Chalom à un juif. Chaque juif est capable de demander : « As-tu mis les Téfilines aujourd’hui ? As-tu une Mezouza ? » Qu’il le dise bien ou moins bien, il existe toujours une manière de parler. Et voilà ce qu’il faut savoir : lorsque le yétser hara nous empêche de parler, c’est le signe que la chose est importante. C’est cela que le Rabbi nous dit : Emor, il faut parler.
Or nous sommes au mois d’Elloul. Le mois d’Elloul est le mois de la techouva, le mois où il faut rattraper, où il faut prendre de bonnes résolutions, afin que chacun, en rentrant chez lui, devienne un medaber, quelqu’un qui parle.
Le don de soi du Rabbi et les dernières distributions de dollars
Nous avons vu le Rabbi lorsqu’il distribuait des dollars : outre les berakhot qu’il prononçait chaque fois, il trouvait à chaque occasion, pour chaque personne qui passait devant lui, un mot lui indiquant comment progresser davantage dans son service.
On parle sans cesse de la messirout nefech du Rabbi. Et l’on rapporte, de la bouche même du secrétaire du Rabbi, que le dernier dimanche précédant la maladie du Rabbi, survenue le lundi soir, le Rabbi avait déjà été atteint d’un début d’attaque cérébrale avant la distribution des dollars. Les secrétaires demandèrent alors que la distribution soit annulée. Le Rabbi fit malgré tout tout son possible pour aller distribuer les dollars, se sentant encore capable de le faire. Il a accompli, comme nous l’avons dit tout à l’heure, bekhol meodekha, de toute ta force, qui est le niveau le plus élevé de tous, et c’est cela même, le troisième Beth Hamikdach.
Et nous, qui nous trouvons à une telle époque, dans un temps où l’on voit véritablement le monde entier changer, nous savons que ce n’est plus le monde que nous avons connu, que ce n’est plus la même chose. Chacun sait qu’autrefois nous n’étions pas seulement gâtés : nous avions notre tête, nous avions le Rabbi avec nous. On se sentait alors à l’aise, on se sentait bien. Chacun savait qu’il avait quelqu’un sur qui compter, à qui demander une berakha, à qui demander un conseil, et aujourd’hui il n’en va manifestement plus ainsi.
Ce n’est pourtant pas le moment de se décourager, bien au contraire. Si autrefois nous savions déjà que nous vivions les derniers instants de l’exil, al a’hat kama vekhama, à combien plus forte raison aujourd’hui. Nous sommes vraiment dans les derniers instants avant la venue de Machia’h. Car si une telle chose a pu survenir, c’est bien que s’accomplissent tous les Midrechei ‘Hazal et tout ce qui est écrit dans les livres de Kabbale au sujet de l’obscurité totale qui doit précéder la venue de Machia’h.
Alors, plus encore que jamais, chacun doit se dire, sans qu’on ait besoin de le lui rappeler, sans qu’on ait besoin de le réveiller : « Je suis tenu de faire quelque chose, parce que le Rabbi ne veut pas de cette situation, le Rabbi ne veut pas de ce départ. » Le Rabbi n’en est pas satisfait, comme nous le savons parfaitement d’après ce qu’il a dit au secrétariat dans les dernières heures. Il a dit qu’il n’était pas satisfait de toute cette situation à venir. Et le Rabbi a dit beaucoup de choses en ce moment-là ; il a dit qu’il s’agissait véritablement d’un don de sa propre vie pour le Klal Israël. Il a donné sa vie de manière à atteindre une étape plus élevée encore. Et quelle est cette étape la plus haute ? Celle d’amener la Gueoula Chelema.
Une Mitsva de plus, un mot de Torah de plus, et la Gueoula est plus proche
C’est pourquoi chacun d’entre nous doit se sentir concerné non par obligation ni par simple attachement à une coutume, mais en se disant : le Rabbi est parti, et pourquoi est-il parti ? Pour amener la Gueoula. Et nous, nous en avons les moyens, cela est absolument certain.
Comme le Rabbi l’a dit, chaque jour nous devons savoir que D.ieu répète pakod pakadeti, qu’Il dit au peuple juif : « Je suis là pour vous délivrer. » Et comment hâter cette délivrance ? Par chaque bonne action, par chaque Mitsva, par la pensée, la parole et l’acte. C’est-à-dire en étudiant la Torah, encore un peu de Torah, puis encore un peu, une Mitsva, une deuxième Mitsva, une troisième Mitsva. Ainsi accélérons-nous les choses, comme l’écrit le Rambam, en faisant pencher le monde entier du côté du mérite.
Et ce n’est plus le temps où le monde n’était pas prêt. Maintenant le moment est venu, le Rabbi a préparé le monde, le Rabbi nous a donné cette certitude de la Gueoula. Et désormais, la Gueoula doit devenir plus sensible encore dans le cœur de chacun d’entre nous. Alors nous sortirons dans la rue en nous demandant : comment amener la Gueoula ? Et le Rabbi nous a dit comment faire, à la suite du Rambam : une Mitsva de plus, un mot de Torah de plus, une pièce de plus pour la Tsedaka, encore une Mitsva accomplie. C’est ainsi que l’on rapproche la Gueoula, parce que D.ieu déclare chaque matin pakod pakadeti : le moment est venu de vous faire sortir de ce Galout.
Et cela doit être une évidence : nous ne sommes pas repartis en Galout pour des dizaines et des dizaines d’années. Nous sommes entrés dans un Galout très court, bien plus court que nous ne l’imaginons. Il revient donc à chacun d’entre nous d’éclairer le monde, à chacun de commencer à parler.
Certains pensent que nous serions bloqués, que ce serait le moment de se taire, de se retenir, de faire preuve de réserve. Non, bien au contraire. Il faut savoir que la Torah nous enjoint de parler. Il ne faut pas être de ceux qui gardent leur langue dans leur bouche : il faut parler. Et lorsque chacun d’entre nous se mettra à parler, le monde entier se mettra en mouvement, il y aura davantage de juifs qui étudieront la Torah, davantage de juifs qui accompliront des Mitsvot. Nous en sommes alors assurés, c’est une promesse formulée par le Rambam : encore un mot de Torah, encore une Mitsva, et nous faisons basculer le monde du côté positif.
Cela, il faut l’inscrire dans votre esprit, dans l’esprit de nos enfants, dans l’esprit de tous : nous devons savoir qu’il n’y a plus désormais qu’un seul combat, celui de ramener la Gueoula kifchouto, lemata mé’assara tefa’him, ici-bas dans ce monde matériel, comme nous en avons parlé à propos du maamar. Ce maamar n’était jamais paru du vivant du Rabbi ; il avait été corrigé, il était resté sur la table du Rabbi, et c’est là qu’on l’a retrouvé et qu’il a été publié. Le Rabbi y explique ce qu’est la fête de Tou Beav.
Tou Beav est la plus grande élévation, la plus grande aliya, parce qu’elle succède à la plus grande chute qui puisse être, celle de Ticha Beav. Le quinze Av est donc la plus grande aliya, celle qui vient après la plus grande yerida. Et le Rabbi explique que quelle que soit la chute considérée, celle du Galout Mitsrayim ou même celle d’une faute personnelle, aucune n’est comparable à la yerida qui s’est produite lorsque D.ieu a détruit le Temple, parce qu’il s’agit là d’une réalité qui a touché le monde begachmiout, matériellement.
Voilà pourquoi, aujourd’hui, dans le bouleversement que nous traversons et que nous vivons, c’est comme serefat Beth Elokeinou, l’incendie de la maison de notre D.ieu, c’est comme Ticha Beav. Nous avons vécu cette année un véritable Ticha Beav. Autrefois nous savions qu’il s’agissait d’un Ticha Beav vieux de deux mille ans ; cette année, nous avons su ce qu’était un Ticha Beav à notre propre époque. Serefat Beth Elokeinou.
Et à présent, nous devons savoir que nous nous trouvons déjà dans l’élévation qui succède à la chute. Et qu’est-ce qui produit cette aliya après la yerida ? Le travail du peuple juif, qui se situe au-delà de toutes choses. Cela signifie que chacun d’entre nous doit agir bekhol meodekha, et s’efforcer de parler.
Il n’est pas nécessaire d’en faire plus que ce que le Rabbi nous a demandé ; il suffit d’accomplir ce que le Rabbi nous demande : étudier la Torah, et surtout avoir le courage de parler autour de nous, dans la rue, dans un aéroport, dans un commerce, partout où une rencontre est possible. Car il faut bien savoir, comme il est écrit dans les livres, que la Torah est vérité, Torat emet.
Puisse D.ieu nous aider dans tout ce que nous entreprendrons, car chacun est un arbre, et parce que nous vivons dans le dor hachevi’i, la septième génération. Et que le Rabbi nous fasse sortir très bientôt de cet exil pour nous conduire en Erets Israël. Amen.
Hommage d’un Rav de Marseille pour les quarante-neuf ans du Rav Chmouel Azimov
Chers amis, les papiers vous tombent des mains et l’on reste sans rien dire. Aujourd’hui, bien entendu, le Rav Azimov célèbre son yom houlédet, son anniversaire, et nous sommes ici, là où nous sommes.
Voilà la deuxième année que je viens ici. Chaque fois que je viens, j’y puise des ko’hot, des forces, que je ramène à Marseille pour faire davantage encore, comme le Rav Azimov vient de le dire. Et si j’évoque le Rav Azimov, ce n’est pas seulement pour Paris ou pour la région parisienne : ici aussi, partout, lo yanoum velo yichan, il ne sommeille ni ne dort, il est là pour chacun et chacune d’entre nous. Nous lui devons beaucoup.
Je voudrais lui faire un petit cadeau. Tout à l’heure, je me suis enfermé dans ma chambre, là-haut, et j’ai commencé à écrire quelques lignes à l’occasion de ce jour qui est aussi notre sim’ha à nous tous. Car c’est grâce à cela que nous sommes réunis. Nous nous sommes rassemblés il y a un moment, nous avons chanté, et soudain nous nous sommes serré les coudes, nous sommes devenus comme une seule personne. Et chacun d’entre nous, en repartant d’ici, agira au nom de tous, il aura la force de nous tous. Chacun aura la force de tout le monde. Il y aura donc des ko’hot. Si cela ne vous dérange pas, écoutez-moi.
Le poème, composé en hébreu et lu devant l’assemblée, était daté du dimanche premier jour de Roch Hodech, premier Elloul 5754 (1994), à l’Alpe d’Huez. En voici la teneur en français.
Avec la permission de mes maîtres et de mes enseignants. Que vous soyez inscrits pour une bonne année en tout ce dont vous avez besoin, et pour un mois d’Elloul bon et béni. À l’honneur de mon ami, tête et couronne, en haut comme en bas, qui vise le but et jamais ne le manque, le Rav Chmouel Azimov chelita.
Au soir précédant le lundi, second jour de Roch Hodech, en ce premier Elloul 5754 (1994), le Rav Azimov, qu’il vive, célèbre en cette assemblée le jour de sa naissance.
Qu’il est honoré, ce jour de sa joie. Que le Créateur du monde édifie dans les cieux son degré. Ani lédodi védodi li, et vers moi va son désir.
Aujourd’hui il accomplit quarante-neuf années, ici à l’Alpe d’Huez, au lieu où il a établi son camp.
Au mois d’Elloul, celui-ci est mon D.ieu, et plus encore ici, à l’Alpe d’Huez. Et moi, ma prière s’adresse à Toi, Hachem, viens à notre secours.
Qu’il voie une descendance et prolonge ses jours, jusqu’à cent quatre-vingts ans, et jusqu’à ce que la main du libérateur le mène à la cité de David.
Qu’il prolonge ses jours sur son royaume, lui, ses fils et sa maison, c’est-à-dire son épouse.
Qu’au sein d’Israël sa vaillance grandisse, comme le soleil se levant dans sa puissance. Amen.
Tous sont bien-aimés, venus un d’une ville et deux d’une famille, auprès du Rav Chmouel Azimov, pour étudier et pour enseigner, dans de verts pâturages, en sécurité.
Voici des frères assis ensemble, et des bénédictions à jamais renouvelées dans la joie. La droite rapproche tandis que la gauche repousse.
Qu’il fleurisse, et que ses jours soient des jours de festin et d’allégresse, car le mot vehaya n’exprime jamais que la joie.
Que leur cœur soit tourné vers le soutien et vers l’entraide, car le monde entier n’est nourri que par le mérite de la Torah.
Vie et paix sur Israël et sur les Rabbanim. Israël accomplit des prouesses et tire son discernement des anciens.
Que le vin de la Torah emplisse leur gorge, que la lumière de la Torah, la Torah de la ‘Hassidout, les éclaire, et qu’ils demeurent à l’ombre du Tout-Puissant.
Qu’Il envoie Sa parole et qu’en jaillissent le salut et la Tsedaka, que le peuple s’en réjouisse et proclame sa joie de donner généreusement le pain de sa subsistance.
Que D.ieu le couronne de gloire et de splendeur, que la bonté l’environne et l’entoure, que celui qui travaille pour lui tout au long du jour le bénisse.
Que la grandeur de son œuvre s’élève et se déploie, et qu’il réussisse en tout ce qu’il entreprendra. Amen.
Qu’ici même se scellent les bénédictions, soir, matin et midi.
Qu’il brille comme la lumière du soleil, sept fois plus fort, jusqu’à ce que vienne le Roi et qu’il rétablisse Jérusalem.
Alors David bénira de toute sa force, le Roi Machia’h véritablement, ici à l’Alpe d’Huez.
Telles sont les paroles de l’auteur, en un chant d’amitié, pour signe et pour prodige, en cette année de merveilles insignes.
Celui qui espère les miséricordes du Ciel, qui souhaite offrir au plus grand nombre la lumière des yeux, corps et âme, faire miséricorde et consoler la pauvre, battue par la tempête, qui n’a pas encore été consolée.
Et qu’il soit Sa volonté que s’accomplisse aujourd’hui cette parole : « Réveillez-vous et chantez, vous qui reposez dans la poussière », pour les âmes d’élite, et à leur tête notre Rabbi.
Alors nous ferons une hiloula, à voix haute et forte, et très bientôt véritablement. Amen.
La prière du mois d’Elloul et la coutume du Tanya
Le Rabbi explique dans les si’hot que le mois d’Elloul n’est pas, comme certains le pensent, un mois où il faudrait se retirer complètement du monde. Bien au contraire : c’est un mois où l’on demeure dans le ‘hol, dans le quotidien, où l’on travaille, où l’on vit dans le monde, mais où l’on se situe plus haut que le monde, parce que c’est Mélekh bassadé, parce que D.ieu est proche de chacun d’entre nous.
Chacun doit préparer le keli, le réceptacle, en fournissant un effort supplémentaire durant le mois d’Elloul, car c’est ce réceptacle qui permet de recevoir toutes les bénédictions divines. Le mois d’Elloul est en effet celui des Yemei HaRa’hamim, les jours de miséricorde.
Voilà pourquoi le Rabbi nous dit, dans cette lettre que nous avons déjà répétée, comment il est possible d’être proche de D.ieu : par la prière, en priant comme il convient. C’est alors que nous parlons directement avec D.ieu. Et c’est cela, le mois d’Elloul, ce mois où chacun peut sortir à la rencontre de D.ieu. Comment Le retrouver directement ? Par la prière. Autrement dit, la prière est la première chose sur laquelle il faut se concentrer davantage durant le mois d’Elloul.
À plus forte raison ici, dans un lieu où personne ne travaille, où tous sont venus passer des vacances. C’est alors, plus que jamais, le moment de prier davantage et de mieux se concentrer encore dans la prière.
C’est à ce propos que le Rabbi rapporte, dans une si’ha, une ancienne coutume ‘hassidique : autrefois, lorsque le Rabbi descendait pour la prière de Chabbat, il descendait toujours avec son livre de Tanya, comme il prenait ses sidourim. Certains s’en souviennent encore.















