De nouvelles données révèlent des écarts surprenants entre les diplômes universitaires et l’emploi réel. Voici plus de soixante ans, le Rabbi évoquait déjà ce phénomène dans ses Iguerot Kodech. Nous sommes retournés aux lettres et avons vérifié les chiffres.

 

 

 

C’était au mois d’Adar I 5722 (1962). Une lettre parvenue au Rabbi soulevait une question qui préoccupait alors de nombreuses familles juives : les diplômés de Yechiva avaient-ils intérêt à mener des études universitaires parallèlement à l’étude de la Torah, afin d’assurer leur avenir matériel ?

Dans sa longue réponse, le Rabbi détailla les dangers spirituels liés aux études dans les universités, mais, vers la fin de sa lettre, il aborda aussi la question économique elle-même.

« Un autre point, à propos duquel règne souvent une conception erronée, concerne l’importance que l’on attribue au diplôme universitaire sur le plan économique », écrivit le Rabbi. « Les données statistiques montrent que la plupart des diplômés des grandes écoles finissent par s’orienter vers des métiers et des activités sans lien direct avec leur domaine d’études. La conclusion va de soi. »

Soixante-quatre ans ont passé. Le monde du travail s’est entièrement transformé, et voici que l’intelligence artificielle menace de le bouleverser une fois encore. Mais la question soulevée par le Rabbi demeure d’actualité : le diplôme universitaire est-il réellement la voie sûre vers la subsistance ?

Le milliardaire aux trois diplômes émet des doutes

Lors du Forum économique mondial de Davos, au début de l’année 2026, Alex Karp, directeur général du géant technologique Palantir, surprit les participants par une prévision tranchée sur l’avenir de l’enseignement universitaire.

Karp, lui-même titulaire de trois diplômes universitaires, avertit que l’intelligence artificielle risquait de porter un coup sévère à l’emploi dans les domaines des sciences humaines. Selon lui, ce sont précisément les travailleurs dotés de compétences professionnelles et pratiques qui pourraient se révéler les plus recherchés à l’avenir.

Ses propos reflètent un débat qui ne cesse de s’élargir aux États-Unis : les années et l’argent investis dans un diplôme universitaire garantissent-ils vraiment un avantage sur un marché du travail en pleine mutation ?

Seuls trois diplômés sur dix ont trouvé un emploi dans leur domaine

Une enquête publiée par la société Cengage en septembre 2025 a dressé un tableau surprenant : seuls 30 % des diplômés de l’année 2025 ont trouvé un emploi à temps plein en lien avec le diplôme qu’ils avaient préparé, contre 41 % des diplômés de l’année précédente.

L’enquête a également révélé que 26 % des diplômés travaillaient dans des domaines sans rapport avec leur diplôme, tandis que 33 % se trouvaient au chômage, en quête d’un emploi.

Ces chiffres n’indiquent pas que tous les autres diplômés n’utilisent pas leur diplôme, mais ils illustrent à quel point la réalité est éloignée de l’idée selon laquelle des études universitaires garantissent l’intégration dans le métier étudié.

Déjà en 5718 (1958) : « seul un faible pourcentage vit de son diplôme »

Il apparaît que la réflexion du Rabbi sur la valeur économique des études universitaires avait commencé bien des années plus tôt.

Le 23 Sivan 5718 (1958), un père s’adressa au Rabbi en lui demandant d’influencer son fils afin qu’il s’inscrive à des études universitaires. Le fils préférait consacrer son temps à l’étude de la Torah, tandis que le père redoutait pour lui un avenir matériel incertain.

Dans sa réponse, le Rabbi examina l’idée selon laquelle un diplôme universitaire garantirait la sécurité financière, et écrivit : « En pratique, seul un faible pourcentage des diplômés des grandes écoles tirent leurs revenus directement de leur diplôme universitaire. »

Le Rabbi ajouta qu’il n’y avait aucune raison de supposer que le fait de consacrer des années à l’étude de la Torah nuirait aux chances du jeune homme de réussir sa vie, et il souligna la place de la bénédiction de D.ieu dans la subsistance.

Les Américains perdent confiance dans le diplôme

C’est pourtant dans l’opinion publique que l’on observe le changement le plus spectaculaire.

Une nouvelle enquête publiée par l’institut Gallup au début du mois d’octobre 2026 révèle que seuls 31 % des Américains estiment que l’enseignement universitaire est très important. En 2013, ce chiffre s’élevait à 70 %.

Dans le même temps, la proportion d’Américains considérant que l’enseignement universitaire n’est pas particulièrement important a bondi de 6 % à 29 %.

Autrement dit, en l’espace de treize ans, la part des Américains voyant dans le diplôme universitaire une chose de très grande importance a été divisée par plus de deux.

Le Rabbi en 5721 (1961) : « le diplôme n’est pas une nécessité vitale »

Dès le 3 Sivan 5721 (1961), soit plus de six décennies avant la publication de cette enquête, le Rabbi évoquait, dans une lettre adressée à M. Aharon Goodman, de Londres, le changement de perception quant à l’importance de l’enseignement supérieur.

« La reconnaissance se répand de plus en plus que l’enseignement universitaire n’est pas une nécessité vitale, et qu’il ne revêt même pas une importance secondaire », écrivit le Rabbi.

Le Rabbi ajoutait que beaucoup commençaient à reconnaître que la Torah, « Torat ‘Haïm », la Torah de vie, est la meilleure des marchandises, y compris comme mode de vie et comme occupation.

Ces mots furent écrits à une époque où l’enseignement universitaire prenait une place de plus en plus centrale dans la société américaine. Aujourd’hui, alors que moins d’un tiers des Américains attribuent au diplôme une très grande importance, ils prennent un sens renouvelé et pleinement actuel.

Soixante-quatre ans plus tard

À côté de ces données, il importe de préciser que les études économiques font toujours apparaître un avantage d’environ 6 % sur le salaire des titulaires d’un diplôme universitaire. Elles illustrent néanmoins, et sans conteste, l’écart entre l’espérance qu’un diplôme universitaire ouvre une voie sûre vers la subsistance et la réalité du marché du travail.

À une époque où des dirigeants d’entreprises technologiques mettent en doute la valeur de certaines filières d’enseignement, et où la confiance du public envers le diplôme est au plus bas, la vision révolutionnaire que le Rabbi défendait déjà voici soixante ans se vérifie sur le terrain encore et encore : au-delà des risques spirituels liés aux études dans le monde universitaire, un diplôme universitaire ne constitue nullement une garantie de subsistance.