Dans la pensée de la ‘Hassidout Habad, l’épreuve n’est jamais un simple obstacle dressé sur la route de l’homme. Elle est une forme de service divin destinée à faire surgir des forces de l’âme qui, autrement, demeureraient à jamais enfouies. Comprendre l’Avodat Hanissyonot, c’est découvrir que le lien de l’homme avec D.ieu dépasse de très loin tout ce qu’il croit savoir de lui-même.
Dans la ‘Hassidout Habad, la notion d’Avodat Hanissyonot, le travail spirituel accompli à travers les épreuves, occupe une place essentielle dans la compréhension de la relation entre D.ieu, l’homme et le monde. Elle soulève plusieurs questions fondamentales. Pourquoi D.ieu soumet-Il l’homme à une épreuve alors qu’Il connaît déjà parfaitement ses capacités ? Pourquoi certaines difficultés semblent-elles empêcher précisément l’accomplissement des Mitsvot ? Et comment une situation apparemment négative peut-elle conduire à une révélation divine supérieure ? La réponse repose sur une idée centrale : l’épreuve ne vient pas informer D.ieu de ce que l’homme est capable d’accomplir, mais permettre à l’homme de révéler ce qu’il porte déjà en lui.
Le sens caché du mot épreuve
Le terme hébraïque Nissayon possède une signification qui dépasse celle d’une simple difficulté. Les enseignements hassidiques le rapprochent du mot Ness, qui désigne notamment un étendard élevé. Cette association n’a rien d’anodin. Un étendard se reconnaît à deux traits : il est hissé au-dessus du sol et il rend visible ce qui, sans lui, passerait inaperçu. De la même manière, l’épreuve a pour fonction d’élever l’homme au-dessus de son niveau habituel et de révéler la profondeur de son âme. Il ne s’agit donc pas seulement de vérifier si l’homme saura résister à une difficulté : l’épreuve est, avant tout, un instrument d’élévation spirituelle.
Cette idée prend appui sur le verset כִּי מְנַסֶּה ה׳ אֱלֹקֵיכֶם אֶתְכֶם, « Car l’Éternel, votre D.ieu, vous met à l’épreuve » (Devarim 13, 4). Le verset se poursuit ainsi : לָדַעַת הֲיִשְׁכֶם אֹהֲבִים אֶת ה׳ אֱלֹקֵיכֶם, « afin de savoir si vous aimez l’Éternel, votre D.ieu ». Puisque D.ieu n’a besoin d’acquérir aucune connaissance nouvelle, la ‘Hassidout explique que cette connaissance doit se manifester dans la réalité vécue de l’homme. L’amour de D.ieu, qui pouvait jusque-là demeurer latent, devient alors une force concrète et agissante.
Deux services divins : clarifier le monde ou révéler l’âme
La ‘Hassidout établit ici une distinction capitale entre le travail des Birourim et celui des Nissyonot. Le travail des Birourim, la clarification des étincelles divines, consiste à découvrir et à libérer la sainteté dissimulée dans les réalités matérielles. Lorsqu’un homme mange afin d’avoir la force de servir D.ieu, lorsqu’il emploie son argent pour accomplir une Mitsva ou lorsqu’il transforme une activité quotidienne en instrument de sainteté, c’est ce travail qu’il accomplit. Le monde matériel recèle des étincelles divines qu’il faut élever, et le service spirituel consiste alors à transformer la matière elle-même.
Dans le cas de l’épreuve, la situation est tout autre. L’homme se heurte à un obstacle qui paraît s’opposer à son service divin, et cet obstacle peut revêtir bien des formes : une difficulté matérielle, une opposition extérieure, une inquiétude, une tentation, ou encore une situation qui semble incompatible avec sa mission spirituelle. Le travail ne consiste pas nécessairement à transformer directement cet obstacle, mais à révéler une force de l’âme qui lui soit supérieure. On peut résumer ainsi cette différence : dans les Birourim, l’homme dévoile la sainteté cachée dans le monde, tandis que dans les Nissyonot, il dévoile la puissance divine cachée dans sa propre âme. Ces deux formes de service concourent à l’édification d’une demeure pour D.ieu dans ce monde, mais elles empruntent des chemins distincts.
Pourquoi l’épreuve dépasse l’intelligence
La ‘Hassidout distingue plusieurs niveaux dans le service divin. Au premier degré, l’homme sert D.ieu parce qu’il saisit intellectuellement la valeur de la Torah et des Mitsvot. Son intelligence engendre des sentiments d’amour et de crainte de D.ieu, qui orientent ensuite son comportement. Mais ce service connaît une limite, car il dépend de ce que l’homme comprend et ressent. Qu’une épreuve particulièrement rude surgisse, et cette motivation peut se révéler insuffisante : l’homme comprend parfaitement ce qu’il doit faire, sans pour autant trouver en lui la force de l’accomplir.
C’est précisément dans un tel moment qu’une dimension plus profonde de l’âme peut se dévoiler. Selon la ‘Hassidout Habad, l’âme juive entretient avec D.ieu une relation essentielle, qui transcende l’intelligence comme les sentiments. Cette relation ne procède ni d’un raisonnement ni d’une émotion : elle appartient à l’identité même de l’âme. L’épreuve peut contraindre l’homme à puiser dans cette dimension essentielle, l’Etsem Hanechama. Il découvre alors qu’il demeure attaché à D.ieu même lorsqu’il ne comprend plus rien à sa situation et qu’il n’éprouve plus l’enthousiasme habituel de son service. L’épreuve révèle ainsi que le lien avec D.ieu n’est pas seulement quelque chose que l’homme possède, mais ce qu’il est au plus profond. Tel est le principe de la Messirout Nefech, le don de soi, qui dans sa dimension la plus haute ne désigne pas uniquement le sacrifice de sa vie, mais aussi une fidélité absolue à D.ieu en dépit de toutes les difficultés.
Pourquoi D.ieu place des obstacles sur le chemin
Voici l’un des paradoxes les plus profonds de l’Avodat Hanissyonot. Si D.ieu désire que l’homme accomplisse les Mitsvot, pourquoi laisse-t-Il apparaître des obstacles qui semblent en empêcher la réalisation ? La ‘Hassidout explique que l’obstacle n’a pas nécessairement la même fonction que les autres réalités matérielles : il peut être là pour susciter chez l’homme une détermination supérieure. L’obstacle paraît doté d’une puissance autonome, mais cette apparence ne doit pas conduire l’homme à lui reconnaître une autorité absolue. Il lui faut comprendre que rien ne saurait échapper à la souveraineté divine.
Cela ne signifie pas que les difficultés soient imaginaires, ni qu’il suffise de les nier pour les dissiper. La souffrance, le danger et les limites matérielles peuvent être parfaitement réels. Mais leur réalité ne leur confère aucune indépendance à l’égard de D.ieu. Le travail spirituel consiste à ne pas laisser l’obstacle définir la relation de l’homme avec D.ieu. Une difficulté peut restreindre les possibilités extérieures sans détruire la liberté intérieure de rester fidèle à sa mission. Cette distinction est capitale, car la foi ne dispense jamais de prendre les mesures concrètes qu’exige une épreuve.
La dissimulation divine et la fidélité du cœur
Pour saisir le sens des épreuves, il faut approfondir la notion de Hester Panim, la dissimulation de la présence divine. Dans les conditions ordinaires, l’homme perçoit une certaine harmonie entre son service et la réalité qu’il rencontre. L’épreuve, elle, introduit une contradiction apparente : l’homme accomplit la volonté divine, et pourtant il se heurte à des obstacles ; il cherche à se rapprocher de D.ieu, et il éprouve parfois un sentiment d’éloignement. Une question se pose alors : la présence divine aurait-elle réellement diminué ?
La réponse de la ‘Hassidout tient dans la distinction entre la présence divine elle-même et sa révélation à l’homme. D.ieu demeure présent même lorsque Sa présence cesse d’être perceptible. L’épreuve met donc aussi en jeu la capacité de l’homme à rester attaché à D.ieu alors même que cette présence se dérobe. Deux attitudes se dégagent ici. La première consiste à servir D.ieu parce que Sa présence se laisse ressentir. La seconde consiste à Le servir parce que le lien avec Lui demeure essentiel, indépendamment de toute perception. C’est cette seconde attitude que l’épreuve a le pouvoir de faire éclore.
Avraham et le modèle des dix épreuves
La Michna enseigne : עֲשָׂרָה נִסְיוֹנוֹת נִתְנַסָּה אַבְרָהָם אָבִינוּ וְעָמַד בְּכֻלָּם, « Avraham notre père fut soumis à dix épreuves et les surmonta toutes » (Pirké Avot 5, 3). Pourquoi Avraham devait-il traverser dix épreuves ? Il avait déjà découvert D.ieu, proclamé Son unité et consacré sa vie à répandre Sa connaissance. Les épreuves n’avaient donc pas pour but de lui apprendre l’existence de D.ieu, mais de révéler la profondeur de son attachement à Lui.
L’exemple le plus saisissant est celui de la Akéda, la ligature d’Its’hak. D.ieu avait promis à Avraham une descendance par Its’hak, et pourtant l’ordre de la Akéda semblait contredire cette promesse même. L’épreuve ne portait donc pas seulement sur la difficulté bouleversante du sacrifice : elle mettait en jeu la possibilité de rester fidèle à D.ieu lorsque Sa volonté paraît excéder toute compréhension humaine. Avraham manifesta alors une soumission à D.ieu qui ne dépendait plus de son intelligence. Cette soumission n’était pas un renoncement à la raison, mais l’expression d’un lien qui la transcendait. Il convient cependant de distinguer cette épreuve biblique exceptionnelle du comportement religieux ordinaire : elle ne saurait en aucun cas justifier qu’une personne mette autrui en danger au nom d’une prétendue injonction divine.
La révélation des forces cachées de l’âme
L’un des enseignements essentiels de la ‘Hassidout est que l’homme ne connaît pas nécessairement toutes les forces spirituelles qu’il porte en lui. Certaines capacités restent enfouies tant qu’aucune situation n’en réclame la manifestation, et l’épreuve peut précisément créer les conditions de leur dévoilement. Considérons un homme qui accomplit régulièrement les Mitsvot. Tant que les circonstances lui sont favorables, son service peut reposer sur des habitudes, sur une compréhension intellectuelle ou sur des sentiments religieux. Mais qu’une difficulté survienne, et ces ressorts peuvent ne plus suffire. Il doit alors découvrir une détermination qu’il n’avait jamais eu besoin de mobiliser.
Cette force ne naît pas nécessairement à l’instant de l’épreuve. Elle existait déjà dans son âme, mais sous une forme cachée, et l’épreuve lui permet de passer de l’état potentiel à l’état manifeste. C’est toute la distinction entre le Koa’h, la capacité potentielle, et le Poal, la réalisation effective. La nouveauté tient à ce qu’une qualité intérieure devient enfin une réalité vécue.
Transformer l’obscurité en lumière
La ‘Hassidout accorde une importance particulière au verset וְלַיְלָה כַּיּוֹם יָאִיר, « et la nuit brillera comme le jour » (Téhilim 139, 12). Ce verset permet de distinguer deux formes de victoire spirituelle. Dans la première, l’homme surmonte l’obscurité pour retrouver la lumière. Dans la seconde, plus profonde, l’obscurité elle-même devient l’occasion d’une révélation supérieure. Cette seconde possibilité correspond au principe de יִתְרוֹן הָאוֹר מִן הַחֹשֶׁךְ, « la supériorité de la lumière issue de l’obscurité » (Kohélet 2, 13, selon son interprétation hassidique).
L’homme qui traverse une épreuve peut découvrir une profondeur de foi qu’il n’aurait jamais révélée dans des circonstances paisibles. Il ne s’agit nullement de tenir la souffrance pour un bien en soi : la souffrance demeure une réalité que l’on doit chercher à soulager. Mais lorsqu’une difficulté est là, l’homme peut parfois la retourner en occasion d’élévation.
L’épreuve et la force de la Emouna
La foi ne se réduit pas à la reconnaissance intellectuelle de l’existence de D.ieu. Dans la ‘Hassidout, la Emouna exprime aussi le lien profond de l’âme avec son origine divine, un lien qui subsiste même lorsque l’homme ne parvient pas à expliquer rationnellement ce qu’il traverse. La Emouna ne doit pourtant pas être confondue avec la passivité. Celui qui affronte une difficulté doit employer les moyens naturels dont il dispose pour la résoudre. La foi intervient dans la manière même dont il vit cette situation : elle l’empêche de réduire son existence aux seules circonstances présentes. L’homme peut agir avec résolution tout en reconnaissant que sa vie et sa mission s’inscrivent dans une réalité supérieure. La Emouna ne remplace donc pas l’action : elle lui confère une profondeur et une stabilité qui dépassent les circonstances.
La volonté essentielle de l’âme
La ‘Hassidout distingue la volonté issue de l’intelligence et la volonté essentielle. La première dépend d’une raison : l’homme désire accomplir une action parce qu’il en perçoit l’utilité ou la valeur. La seconde exprime l’orientation fondamentale de son être. Dans le service divin, cette volonté essentielle peut affleurer lorsque l’homme reste fidèle à D.ieu sans pouvoir rendre pleinement compte de sa situation. L’épreuve révèle ainsi le Ratson Atsmi, la volonté essentielle de l’âme.
Cette volonté est d’autant plus précieuse qu’elle ne suit pas les fluctuations de l’intelligence ni celles des sentiments. L’homme peut être fatigué, inquiet ou découragé, et conserver néanmoins une détermination profonde à accomplir la volonté divine. Cette dimension rejoint le principe de la Kabbalat Ol, l’acceptation du joug divin, avec toutefois une nuance : la Kabbalat Ol peut désigner une discipline consentie, tandis que le Ratson Atsmi renvoie à une volonté qui exprime l’identité la plus intime de l’âme. L’épreuve a le pouvoir de faire passer l’homme d’une discipline extérieure à la révélation de cette volonté intérieure.
L’épreuve à l’approche de la Délivrance
Dans de nombreux enseignements du Rabbi, le service des dernières générations est associé à la capacité de maintenir la lumière de la Torah et des Mitsvot au cœur même de la dissimulation. Cette idée rejoint le thème de la Messirout Nefech des générations passées, en particulier dans les situations de persécution religieuse. Les Juifs qui ont continué d’étudier la Torah, d’accomplir les Mitsvot et de transmettre le judaïsme malgré les interdits ont révélé une dimension essentielle de leur âme. Mais cette fidélité peut aussi s’exprimer dans des circonstances bien plus ordinaires : la persévérance dans l’étude, dans la prière, dans la pratique des Mitsvot et dans l’aide apportée à autrui est elle aussi une manifestation de la détermination spirituelle.
Il faut savoir distinguer les épreuves historiques exceptionnelles des difficultés quotidiennes, sans pour autant sous-estimer la valeur spirituelle de ces dernières. Le but ultime n’est pas de multiplier les épreuves, mais de parvenir à un monde où la présence divine ne sera plus voilée. La Délivrance représente précisément le dépassement de cette situation de dissimulation.
La création permanente et le lien avec Roch Hachana
Cette réflexion rejoint un autre principe fondamental de la ‘Hassidout Habad : la création du monde n’est pas un événement achevé, mais un processus permanent. Dans le Chaar Hayi’houd Vehaémouna du Tanya, l’Admour Hazakène explique que la parole divine qui a créé le monde continue de lui donner existence à chaque instant. Si cette force créatrice cessait de maintenir les êtres dans l’existence, ceux-ci retourneraient aussitôt au néant.
Il faut cependant distinguer deux niveaux. Le premier concerne l’existence du monde : même lorsque la présence divine est voilée, le monde continue de recevoir d’elle sa vitalité. Le second concerne la perception de cette présence, car l’homme peut vivre dans un monde entièrement suspendu à D.ieu sans percevoir cette dépendance. C’est précisément dans cet écart entre la réalité divine et sa perception humaine que se loge une part du travail des épreuves. L’homme doit reconnaître la présence de D.ieu alors même qu’elle ne paraît pas à ses yeux. Cette reconnaissance ne crée pas la présence divine : elle révèle, dans sa conscience et dans sa conduite, une réalité déjà présente.
Il existe ici une analogie remarquable avec Roch Hachana. La ‘Hassidout enseigne que Roch Hachana porte une dimension de renouvellement de la royauté divine, et que la proclamation de D.ieu comme Roi par le peuple juif y occupe une place centrale. Dans les deux cas, une relation essentielle doit se manifester au sein d’une réalité concrète. À Roch Hachana, la royauté divine est reconnue et proclamée par le peuple ; dans l’épreuve, la souveraineté divine est reconnue par l’individu malgré les circonstances qui semblent la dissimuler. La proclamation de la royauté divine à Roch Hachana et la fidélité à D.ieu face à l’épreuve peuvent ainsi se comprendre comme deux expressions d’un même principe : faire apparaître dans le monde une relation avec D.ieu qui dépasse les apparences. Il s’agit là d’un rapprochement conceptuel, et non de l’affirmation que ces deux enseignements seraient identiques.
Les trois étapes du dépassement de l’épreuve
On peut résumer le cheminement spirituel de l’Avodat Hanissyonot en trois temps. Le premier est celui de la dissimulation : l’homme rencontre une situation qui semble contredire ou empêcher son service divin, ses forces habituelles deviennent insuffisantes, et il éprouve les limites de son intelligence, de ses sentiments et de ses capacités. Le deuxième temps est celui de la révélation de l’essence de l’âme : au lieu de prêter à l’obstacle une autorité absolue, l’homme puise dans son attachement essentiel à D.ieu, découvre une détermination affranchie des circonstances, et son service cesse de dépendre uniquement de ce qu’il comprend ou ressent. Le troisième temps est celui de la transformation du service lui-même : la force dévoilée au cours de l’épreuve peut devenir une composante durable de l’existence. L’homme ne revient pas nécessairement à son niveau antérieur ; il peut intégrer cette profondeur nouvelle dans son étude, dans sa prière et dans l’accomplissement des Mitsvot. L’épreuve aura alors permis le passage d’un lien spirituel potentiel à une réalité pleinement manifeste.
Ne pas confondre épreuve et souffrance
Cette distinction mérite une attention particulière. Toute souffrance n’est pas nécessairement une épreuve au sens technique que lui donne la ‘Hassidout, et il serait tout aussi erroné de prétendre connaître la raison divine d’une maladie, d’un deuil ou d’un malheur singulier.
L’enseignement hassidique sur les Nissyonot ne signifie en aucune façon que l’homme devrait rechercher les difficultés. Bien au contraire, la tradition juive demande à D.ieu de nous préserver des épreuves. Dans les bénédictions du matin, nous disons ainsi : וְאַל תְּבִיאֵנוּ לֹא לִידֵי חֵטְא וְלֹא לִידֵי עֲבֵרָה וְעָוֹן וְלֹא לִידֵי נִסָּיוֹן, « ne nous conduis ni à la faute, ni à la transgression, ni à l’iniquité, ni à l’épreuve ».
Il existe donc une différence nette entre reconnaître qu’une épreuve peut ouvrir la voie à une élévation spirituelle et tenir les épreuves pour désirables. Le but du service divin n’est pas de souffrir, mais de servir D.ieu. Lorsqu’une difficulté survient, l’homme doit chercher à la surmonter, à la résoudre, et, lorsque cela est possible, à en tirer une force spirituelle nouvelle.
La véritable fonction des épreuves
L’Avodat Hanissyonot dévoile une dimension particulièrement profonde de la conception hassidique de l’homme. L’être humain ne se définit pas uniquement par ses facultés intellectuelles, par ses émotions ou par ses accomplissements visibles. Il porte en lui une dimension essentielle, enracinée dans son lien avec D.ieu, qui peut demeurer cachée tant que les circonstances restent favorables, et que l’épreuve a le pouvoir de faire surgir. Le travail des épreuves ne consiste donc pas seulement à résister aux obstacles : il consiste à révéler que la relation entre l’âme et D.ieu possède une profondeur qui excède toutes les limites du monde.
La distinction fondamentale peut se résumer d’un mot. Le travail des Birourim transforme le monde en y révélant la sainteté qu’il recèle ; le travail des Nissyonot transforme la manière dont l’homme se révèle à lui-même, en faisant apparaître les forces essentielles de son âme. Ces deux démarches convergent vers un seul et même but : faire de ce monde une demeure pour D.ieu. La finalité n’est pourtant pas que l’homme reste éternellement confronté aux épreuves, mais que la lumière divine puisse enfin se révéler sans aucun voile.
Pour construire une étude approfondie et cohérente sur l’Avodat Hanissyonot :
- Likoutei Torah, Réé — אחרי הוי’ אלקיכם תלכו : fondement hassidique du sujet.
- Likoutei Si’hot, volume 24, Vaet’hanan, Si’ha 2, p. 39–45 : distinction entre Birourim et Nissyonot.
- Torat Menahem, volume 3, 13 Tamouz 5711 : révélation de la force essentielle et disparition de l’épreuve.
- Torat Menahem, volume 39, Pourim 5724 : nature spirituelle de l’obstacle.
- Maamarim Meloukatim, volume 4, 12 Tamouz 5736 : la Messirout Nefech comme expression de l’Essence de l’âme.




