Un jeune Hassid de Loubavitch a trouvé une façon inédite de faire vivre Souccot dans les rues de Tel-Aviv. Chaussé de patins à roulettes, il transporte sur son dos une véritable mini-Souccah recouverte de Ska’h. D’un passant à l’autre, il propose à chacun d’y entrer quelques instants et de réciter la bénédiction sur les quatre espèces.

 

 

 

Au milieu du trafic, des terrasses de café et des passants pressés, la scène ne passe pas inaperçue. En plein cœur de Tel-Aviv, un jeune Hassid de Loubavitch file sur ses patins à roulettes, une petite structure couverte de branchages solidement arrimée sur le dos. Il ne s’agit ni d’une installation artistique ni d’une performance publicitaire : c’est une Souccah, une vraie, qui se déplace au rythme de son porteur.

Surprendre les regards n’est pourtant pas le but premier. Derrière cette idée aussi originale que spectaculaire se cache une mission très concrète : permettre au plus grand nombre de juifs d’accomplir les Mitsvot de Souccot, même au beau milieu d’une journée de travail, entre deux rendez-vous ou simplement au détour d’une rue.

Quand la Souccah part à la rencontre du juif

Le principe est d’une simplicité désarmante. Équipé de sa petite structure transportable, le jeune Loubavitch passe rapidement d’un passant à l’autre. Il salue, engage la conversation, puis invite son interlocuteur à entrer quelques instants dans sa Souccah. Dans la foulée, il lui propose d’accomplir la Mitsva des quatre espèces : le Loulav, l’Etrog, les Hadassim et les Aravot.

L’image a quelque chose de profondément symbolique. D’ordinaire, la Souccah est une demeure fixe : on la construit dans une cour, sur un balcon ou sur un toit, et l’on vient à elle. Ici, le mouvement s’inverse. La Souccah quitte son emplacement pour aller elle-même chercher ceux qui, peut-être, n’auraient jamais eu l’occasion d’y entrer cette année.

Les patins à roulettes donnent à l’initiative une dimension particulièrement dynamique. En quelques secondes, le Chalia’h traverse une rue, s’arrête auprès d’un passant, lui offre la possibilité d’accomplir une Mitsva, puis repart aussitôt vers une nouvelle rencontre. Une efficacité remarquable dans une ville où chacun semble toujours avoir un train de retard.

L’idée d’une Souccah mobile n’est d’ailleurs pas étrangère à la tradition. Le Talmud, dans le traité Soucca, évoque déjà le cas de celui qui construit sa Souccah au sommet d’un chariot ou sur le pont d’un navire, et considère qu’une telle Souccah peut être valable. Deux mille ans plus tard, le chariot a simplement laissé place aux roulettes.

Dans le sillage des Mivtsaïm du Rabbi

Cette démarche s’inscrit pleinement dans l’esprit des Mivtsaïm, les grandes campagnes de Mitsvot lancées par le Rabbi de Loubavitch. Leur fil conducteur est limpide : aller vers chaque juif, où qu’il se trouve et quel que soit son niveau de pratique, pour lui offrir la possibilité d’accomplir concrètement une Mitsva, ici et maintenant.

Depuis des décennies, cette vision a donné naissance aux célèbres Souccot mobiles installées sur des camionnettes ou des remorques, qui sillonnent chaque année les grandes villes du monde entier à l’occasion de la fête. À Tel-Aviv, ce jeune Hassid pousse la logique un cran plus loin : la Souccah n’a même plus besoin d’un véhicule, elle se porte à dos d’homme et se faufile là où aucune camionnette ne pourrait se garer.

Les quatre espèces portent elles aussi un message en parfaite harmonie avec cette initiative. Selon le Midrash, l’Etrog, le Loulav, les Hadassim et les Aravot représentent quatre catégories de juifs, des plus érudits aux plus éloignés de l’étude et de la pratique. La Mitsva ne s’accomplit que lorsqu’ils sont réunis ensemble. Offrir le Loulav à chaque passant, sans distinction, revient ainsi à incarner l’unité même que la fête vient célébrer.

Un coin de rue transformé en lieu de Mitsva

À Souccot, la volonté d’aller vers l’autre prend une couleur particulière. Il ne s’agit plus seulement d’installer une Souccah dans un lieu fréquenté en espérant que les passants s’y arrêtent : c’est la Souccah qui vient à eux, avec le sourire et un Loulav à la main.

Dans les rues de Tel-Aviv, entre les voitures, les commerces et le flot incessant des piétons, quelques minutes suffisent alors pour transformer un simple trottoir en espace de sainteté. Un salarié en pause déjeuner, une étudiante sortant du tramway, un touriste curieux : chacun peut, le temps d’une bénédiction, renouer avec une tradition millénaire.

Une manière spectaculaire, simple et joyeuse de rappeler une vérité que le Rabbi n’a cessé de souligner : aucun juif n’est jamais trop loin pour accomplir une Mitsva.

Et si cette année, la Souccah venait frapper à votre porte… sur des roulettes ?