Depuis plusieurs semaines, un Cybertruck à l’habillage éclatant parcourt les États-Unis et fait surgir des Juifs là où nul ne les attendait. Né d’un drame, ce projet ambitionne de traverser les cinquante États pour aller à la rencontre de chaque Juif, écouter son histoire et accomplir des Mitsvot en chemin. Derrière le volant, un journaliste religieux a fait de ce périple un hommage vivant à un Chalia’h assassiné.
Un véhicule qui ne passe pas inaperçu
Depuis quelques semaines, un Cybertruck à l’habillage éclatant sillonne les routes américaines, faisant tourner les têtes et faisant surgir des Juifs là où nul ne les attendait. Depuis son lancement, le véhicule a déjà provoqué des rencontres inespérées avec des Juifs qui n’avaient aucun lien avec une communauté organisée, certains ignorant jusqu’à leur propre judéité.
Ce projet est l’œuvre de Shloime Zionce, journaliste religieux qui compte parcourir les cinquante États américains, Alaska et Hawaï compris, au cours des deux prochaines années et demie. Son but est d’aller à la rencontre de Juifs de tous horizons, de recueillir et de partager leurs histoires, et d’accomplir des Mitsvot et de bonnes actions tout au long de la route.
Une idée née d’un drame
L’idée a germé dans la douleur. Zionce avait fait la connaissance du Chalia’h Rav Zvi Kogan, que D.ieu venge son sang, lors d’un séjour à Dubaï durant l’été 2021, et il le retrouvait régulièrement au fil de ses voyages aux Émirats arabes unis. Les deux hommes n’étaient pas des amis proches, mais leurs rencontres fréquentes avaient laissé chez le journaliste une empreinte durable.
« Je me souviens avoir rencontré un jeune Rav du nom de Zvi Kogan, raconte Zionce. Zvi marquait les esprits. Il avait un très beau sourire, il était d’une grande amabilité, et l’on sentait que, quoi qu’il traverse dans sa propre vie, il était toujours prêt à aider et à secourir autrui. »
Un soir de Chabbat, Zionce apprit qu’un Rav des Émirats avait disparu, et il devint vite évident qu’il s’agissait de Rav Kogan. « Cela ne ressemblait pas à Zvi, confie-t-il. Zvi était quelqu’un de très stable, une personne sur qui l’on pouvait toujours compter. S’il disait qu’il serait quelque part, il y était. »
Quelques heures plus tard, la terrible vérité éclata : Rav Kogan avait été enlevé et assassiné parce qu’il était juif. « Parfois, on ne mesure la grandeur de quelqu’un qu’une fois qu’il n’est plus là, dit Zionce. Ce fut le cas avec Zvi. J’ai compris que nous avions perdu un géant. »
L’étincelle australienne
Quelques semaines plus tard, alors qu’il effectuait une tournée de conférences en Australie consacrée à la fierté et à la résilience juives après le 7 octobre, Zionce prit part à des visites organisées par le Habad de RARA, une initiative qui se rend dans les régions reculées du pays pour renouer le lien avec les Juifs éloignés de toute communauté établie. L’effet de ces visites sur des Juifs isolés le marqua profondément.
« Constater qu’ils ne sont pas seuls, que quelqu’un se soucie d’eux, qu’ils font partie d’une grande famille juive : cela a eu sur moi un immense impact », explique-t-il.
C’est alors que l’idée prit forme. La plus belle manière d’honorer la mémoire de Rav Kogan serait de perpétuer ce qu’il n’avait cessé de faire : aller vers les autres et venir en aide à ses frères juifs.
Du Tank Mitsva au Cybertruck
Zionce envisagea d’abord d’utiliser un camping-car semblable à un Tank Mitsva traditionnel, mais ces véhicules coûtent cher, sont difficiles à conduire et exigent, en bien des endroits, un permis spécial. Il opta finalement pour un Cybertruck de Tesla, un véhicule qui se remarque tout en restant plus maniable sur de longues distances. Avant de se lancer, il se rendit sur la tombe de Rav Kogan en Eretz Israël et fit part de son projet à la famille.
En collaboration avec le graphiste Moishe Milstein, il conçut un habillage à l’effigie de Rav Kogan, orné de motifs de Téfilines et de la parole Ve’ahavta lereakha kamokha, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Le visuel évoque également un rescapé de la Choah, rappelant que les Mitsvot et les bonnes actions peuvent faire jaillir la lumière jusque dans les ténèbres. Le véhicule transporte des Téfilines, des bougies de Chabbat, de la nourriture, des tentes et d’autres fournitures destinées aux Mivtsa’im et aux visites à travers le pays.
« Ce camion n’a rien à voir avec un simple véhicule, affirme Zionce. Il s’agit d’une mission. Nous allons rencontrer des Juifs de tous horizons. Nous allons écouter leurs histoires. Nous allons les partager. Et nous allons accomplir des Mitsvot et de bonnes actions. »
Une première rencontre providentielle
Sur la route de Washington, lors de l’un des premiers déplacements du camion — Zionce comptait y réaliser un reportage depuis la Maison-Blanche —, il avoue avoir été submergé par le doute. Comment mener de front ces voyages et un travail à plein temps ? Comment trouverait-il les Juifs qu’il espérait atteindre ? Comment financerait-il l’entreprise ?
Dès le soir venu, l’une de ces questions trouva d’elle-même sa réponse.
Zionce avait garé le camion avant de partir dîner à Washington lorsqu’un jeune homme à vélo, passant devant la Bibliothèque du Congrès, l’aperçut, fit demi-tour et s’arrêta à sa hauteur. « Un camion Mitsva ! s’exclama-t-il. Il faut absolument que j’en prenne une photo. »
Zionce lui demanda s’il était juif. Le jeune homme répondit qu’il était un chrétien évangélique, et le journaliste crut l’affaire entendue. « Mais ma mère est juive », ajouta le cycliste. « Cela veut dire que tu es juif toi aussi », lui répondit Zionce.
Le jeune homme glissa la main sous sa chemise et en sortit un pendentif en forme de Maguen David jusque-là dissimulé. En quelques instants, sa manche était retroussée : Zionce l’aidait à poser les Téfilines, lui prêtait une kippa, l’accompagnait dans les Berakhot et priait à ses côtés, avant que les deux hommes n’échangent leurs coordonnées et ne se séparent. « Je suis resté là, souriant, agréablement surpris par ce qui venait de se produire », raconta-t-il ensuite.
Continuer à relier les gens
« Je ne sais toujours pas comment je vais atteindre mes objectifs avec le camion Mitsva, confie Zionce, mais j’ai confiance : Hachem me guidera vers les bons endroits et conduira vers moi les bonnes personnes. »
Après le pendentif, les Téfilines et le trajet paisible du retour ce soir-là, Zionce en revint à la pensée qui avait tout déclenché. « La plus belle façon d’honorer un homme qui a consacré sa vie à relier les gens les uns aux autres, conclut-il, c’est de continuer à relier les gens. »









