Le projet Gaagouim dévoile un nigoun composé par le célèbre ‘hassid Reb Hillel de Paritch, publié à l’occasion de son yortsaït, le 11 Mena’hem Av. Figure singulière de l’histoire du Habad, Reb Hillel fut à la fois un maître d’une profondeur intellectuelle rare et un serviteur de D.ieu dont le corps même s’était plié à la volonté divine. La mélodie qu’il a laissée derrière lui, transmise de génération en génération, résonne aujourd’hui dans une interprétation authentique du Rav Mena’hem Mendel Amar.
Une mélodie léguée par un maître du service divin
Chaque année, lorsque approche le 11 Mena’hem Av, les ‘hassidim de Loubavitch se souviennent de l’un des plus grands parmi eux. C’est en ce jour, un Chabbat, en 5624 (1864), que Reb Hillel Halévi de Paritch quitta ce monde dans la ville de Kherson, en Ukraine, où il repose encore aujourd’hui. À l’occasion de son yortsaït, le projet Gaagouim consacré aux nigounim du Habad publie l’une des mélodies que ce maître avait lui-même composées, offrant ainsi aux amateurs de musique ‘hassidique un accès direct à l’univers intérieur d’un homme dont le service divin a marqué plusieurs générations.
Le nigoun figure dans le Sefer HaNigounim, le recueil de référence de la musique du Habad, sous le numéro 215. Il constitue une version supplémentaire du nigoun 91, une variante que les ‘hassidim se transmettaient oralement et qui témoigne de la richesse des traditions musicales conservées au sein du mouvement.
Le maskil et le oved
Dans les Likoutei Dibourim du Rabbi précédent, la grandeur particulière de Reb Hillel est décrite en des termes qui sont restés célèbres parmi les ‘hassidim. Reb Aïzik de Homil, y est-il expliqué, était un maskil, un homme de la contemplation intellectuelle, tandis que Reb Hillel de Paritch était un oved, un serviteur.
Le texte poursuit en précisant la nature de ce service : le ‘hassid Reb Hillel servait D.ieu jusque dans son corps, de telle sorte que le corps lui-même ressentait ce dont il avait besoin et de quelle manière il en avait besoin. De même que le cerveau est le réceptacle de l’intelligence et que les yeux sont les instruments de la vue, ainsi le corps de Reb Hillel était devenu l’instrument de ce qui devait être accompli. Et cela n’enlevait rien à sa dimension intellectuelle, puisqu’il était en même temps un maskil remarquable, capable d’expliquer les sujets les plus profonds au moyen de commentaires et d’explications bâtis sur des fondations solides.
Cette double capacité, rare parmi les ‘hassidim, explique le statut singulier dont il jouissait de son vivant. Le Tséma’h Tsédek dit un jour de lui qu’un juste dans l’action tel que Reb Hillel de Paritch n’était pas apparu dans le monde depuis trois siècles.
Un enfant prodige devenu ‘hassid du Habad
Reb Hillel Halévi Malissov naquit en 5555 (1795) dans la bourgade de Khmilnyk, en Ukraine, fils de Reb Meïr Halévi, lui-même ‘hassid de Tchernobyl. Dès son plus jeune âge, ses dons exceptionnels frappèrent son entourage. À treize ans, il maîtrisait déjà l’ensemble du Talmud et les ouvrages de la loi juive, et à quinze ans, il était versé dans les écrits kabbalistiques du Ari zal, priant selon les intentions mystiques que celui-ci avait établies. On le surnommait le génie de sa ville.
Disciple, dans sa jeunesse, de Rabbi Mordé’haï de Tchernobyl, il découvrit un jour un exemplaire du Tanya dépourvu de sa page de titre. La lecture de cet ouvrage bouleversa sa vie et fit de lui un ‘hassid du Habad passionné. Malgré tous ses efforts, il ne parvint jamais à voir de son vivant l’Admour Hazaken, auteur du Tanya. À partir de 5575 (1815), il se rendit régulièrement auprès de l’Admour Haemtsaï, puis, après le décès de ce dernier, devint le ‘hassid du Tséma’h Tsédek.
Semer le spirituel, récolter le matériel
En 5578 (1818), l’Admour Haemtsaï lui confia une mission qui allait occuper une grande partie de son existence : visiter régulièrement les dizaines de colonies agricoles juives établies dans la région de Kherson. La formule employée est demeurée célèbre : semer le spirituel et récolter le matériel, c’est-à-dire inspirer et guider les colons tout en collectant des fonds pour les nécessiteux.
Reb Hillel devint ainsi le guide spirituel de dizaines de milliers de Juifs, dont beaucoup étaient des hommes simples, incapables de suivre les développements de la pensée ‘hassidique qu’il enseignait. Il n’en négligea aucun. De nombreux récits circulent au sujet de ses voyages : il emmenait avec lui un minyane complet afin de pouvoir toujours prier en communauté, veillant à ce qu’un Cohen s’y trouve, de sorte que Cohen, Lévi et Israël puissent être appelés à la Sefer Torah selon l’ordre voulu.
Il se dévoua également avec un dévouement total en faveur des soldats juifs enrôlés de force dans l’armée du tsar, s’efforçant de leur procurer de la nourriture cachère, et vint en aide aux Juifs emprisonnés. En 5600 (1840), il fut nommé Rav de la ville de Paritch, en Russie blanche, non loin de Minsk, puis, toujours sur le conseil de l’Admour Haemtsaï, s’installa dans la ville voisine de Bobrouisk.
Une œuvre écrite et chantée
Reb Hillel avait pour habitude de mettre par écrit tout ce qu’il entendait de ses maîtres, en y ajoutant ses propres explications. Ses enseignements furent rassemblés dans les volumes du Pela’h HaRimone, sur les livres de Beréchit et de Chemot, ainsi que dans le Imrei Noam et d’autres ouvrages encore. Le Rabbi rédigea lui-même les principaux chapitres de sa biographie, imprimés en tête de ces livres publiés par les éditions Kehot.
Mais son héritage ne se limite pas aux textes. Reb Hillel composa des nigounim d’une grande profondeur, dans lesquels s’exprime cette même exigence intérieure qui caractérisait toute sa conduite. La mélodie, chez lui, n’était pas un ornement : elle prolongeait l’étude et la prière, exprimant ce que les mots ne parvenaient plus à contenir.
Ses derniers jours
L’été 5624 (1864) commença comme les précédents, par une tournée dans les villages et les colonies de la région de Kherson. Cette année-là, le 9 Av tombait un jeudi. Reb Hillel se trouvait alors dans la ville de Nikolaïev et se sentit affaibli. À l’issue du jeûne, il demanda où étaient les Rabbanim, qui ne lui avaient pas interdit de jeûner, et pria qu’on le conduise sans tarder à Kherson, car il avait pour usage de ne pas entamer un voyage le vendredi.
Il arriva à Kherson avant midi ce vendredi. Le lendemain, Chabbat 11 Mena’hem Av 5624 (1864), il rendit son âme à son Créateur. Ce Chabbat était celui de Na’hamou, le Chabbat de la consolation qui suit le 9 Av. Il fut enterré dans le cimetière juif de Kherson.
Le projet Gaagouim
L’institut Gaagouim, consacré aux nigounim du Habad, est une collection de mélodies interprétées de manière authentique par le Rav Mena’hem Mendel Amar, Rav du centre Or Mena’hem et Meorot à Ashdod. Le projet s’est donné pour mission de restituer des nigounim anciens, parfois oubliés ou peu connus, tels que les chantaient des générations de ‘hassidim et de maîtres de la prière dans leurs moments d’élévation.
Depuis son lancement, la série a rencontré un large écho, bien au-delà des cercles habituels du Habad, et a franchi le seuil du million d’écoutes sur les plateformes de diffusion. Le Rav Amar anime également des ateliers de nigounim dans les Beth Habad et les Yechivot, transmettant de vive voix un patrimoine musical qui risquait de se perdre. Le nigoun de Reb Hillel de Paritch constitue le quatre-vingt-treizième titre de la série Gaagouim.
Crédits
Chant : Rav Mena’hem Mendel Amar. Arrangement : Reb Oved Munis. Violon et production musicale : Reb Mordé’haï Brotski. Conseil et accompagnement : Rav ‘Haïm Weiss. Production : Chmoulik Amar.
















