Le 3 Tamouz, la tradition rappelle le jour où D.ieu suspendit la course du soleil afin que Josué puisse achever sa victoire. Derrière ce prodige se dissimule un enseignement profond sur la manière dont le miracle peut épouser la nature plutôt que la briser. Cette date devient ainsi l’occasion de méditer sur l’essence de l’âme juive, sur le rôle du Rabbi et sur l’action que chacun est appelé à accomplir pour hâter la délivrance.

 

 

Le verset des Psaumes proclame : « Tous mes os diront Ta louange. » La prière véritable n’engage pas seulement les lèvres, mais l’être tout entier. Les os, qui forment l’armature et le fondement du corps, symbolisent l’essence la plus intime de l’individu : c’est cette essence-là, et non la seule parole, qui doit se tourner vers D.ieu. Prier pleinement, c’est donc mobiliser jusqu’au socle le plus profond de soi, afin que l’élan vers le Ciel ne demeure pas en surface mais jaillisse du cœur même de l’existence.

Guimel Tamouz : les miracles qui s’habillent dans la nature

La date de Guimel Tamouz évoque le miracle biblique au cours duquel D.ieu arrêta la course du soleil pour permettre à Josué de remporter la guerre. Deux ordres de miracles se distinguent alors. Les premiers brisent ouvertement les lois de la nature, à l’image de l’ouverture de la mer Rouge, où l’ordre du monde cède devant la volonté divine. Les seconds, au contraire, s’habillent dans la nature et se glissent au cœur de l’ordinaire, comme dans le récit de Pourim, où la main de D.ieu se cache derrière l’enchaînement apparemment naturel des événements. Le soleil immobilisé relève précisément de cette seconde catégorie : loin d’être contrainte de l’extérieur, la nature elle-même consent au prodige et s’y associe, comme si l’ordre créé reconnaissait en lui sa propre vérité la plus haute.

L’exil et la révélation de l’essence de l’âme

En s’appuyant sur un Maamar, un discours du Rabbi, l’enseignement file la métaphore de l’olive concassée, le Catit. De même qu’il faut briser et presser l’olive pour en extraire l’huile pure, celle qui servira à allumer le candélabre, c’est souvent à travers la brisure et les épreuves de l’exil que le peuple juif dévoile l’essence la plus profonde de son âme. Ce qui apparaît d’abord comme un broiement se révèle ainsi la condition même d’une lumière insoupçonnée : l’âme ne livre son huile la plus limpide qu’au prix de l’écrasement, et c’est dans l’obscurité de l’exil que se manifeste sa clarté la plus pure.

Le rôle du Rabbi et l’unité du peuple juif

Le Rabbi a pour mission de dévoiler cette essence enfouie chez chaque Juif. Ce faisant, il unit l’ensemble du peuple d’Israël, car à ce niveau essentiel toutes les âmes puisent à une seule et même source divine. C’est là que prend toute sa portée l’Ahavat Israël, l’amour du prochain, qui ne saurait demeurer abstrait : il commande d’aimer et de respecter l’autre dans son entièreté, corps et âme, jusqu’à reconnaître en lui ce point unique où tous les enfants d’Israël ne forment plus qu’un.

La Emouna et l’action personnelle pour le Machia’h

Une distinction se dégage entre une Emouna superficielle, qui descend d’en haut et nous est offerte, et une foi profonde, qui s’intègre véritablement en nous par le travail que nous accomplissons nous-mêmes. Le point décisif de l’enseignement tient en ceci : le Rabbi donne l’impulsion miraculeuse, mais c’est à chacun qu’il revient d’accomplir le travail concret. Tout comme D.ieu arrêta le soleil tout en laissant Josué mener la bataille, le Rabbi octroie les forces nécessaires mais attend de ses fidèles des actions réelles pour amener la rédemption et la venue du Machia’h. Nourrie par les échanges avec l’auditoire, la conclusion rappelle qu’il faut se préparer activement à la délivrance et la résume d’une formule frappante : « Une seule action vaut mieux que mille plaintes. »