Le 29 avril 2026, le Consistoire de Paris a élu le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior à la tête du Grand Rabbinat de Paris, l’une des fonctions rabbiniques les plus prestigieuses du monde juif francophone. Cette élection couronne un itinéraire de plus de quarante ans au service des communautés juives de France, porté par une double hérédité : celle d’une lignée rabbinique multiséculaire et celle d’un beau-père d’exception, le Rav David Bouskila, traducteur du Tanya en arabe à la demande du Rabbi de Loubavitch. Héritier de deux mondes — l’institution consistoriale et la profondeur spirituelle de Habad-Loubavitch —, le nouveau Grand Rabbin de Paris aborde sa mission avec l’expérience de celui qui a appris, au fil des décennies, que chaque chose arrive en son temps.
Une élection historique au terme d’un long parcours
Le 29 avril 2026, le Consistoire de Paris a élu le Rav Alain Chlomo Sénior au poste de Grand Rabbin de Paris. Cette consécration est l’aboutissement d’un engagement de plus de quarante ans au service de la communauté juive de France, soutenu par une double hérédité : une lignée rabbinique multiséculaire et le legs spirituel de son beau-père, le Rav David Bouskila, traducteur du Tanya en arabe à la demande du Rabbi de Loubavitch.
Origines et formation : l’enfant des synagogues consistoriales
Le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior est né le 22 mars 1958 à Saïda, en Algérie. Père de huit enfants et grand-père de huit petits-enfants, il est issu d’une lignée de Rabbanim remontant à quatre générations. Il a grandi dans les synagogues consistoriales de province animées par son père, successivement à Nancy, Lyon et Marseille.
Après quelques années d’études en Israël, où il obtient ses diplômes de hautes études rabbiniques, il poursuit sa formation au Séminaire israélite de France, dont il sort diplômé Rav. Cette double formation — talmudique israélienne et consistoriale française — a forgé une personnalité à la fois enracinée dans la tradition et ouverte aux réalités contemporaines du judaïsme de la diaspora.
Le beau-père : le Rav David Bouskila, traducteur du Tanya en arabe
Pour comprendre pleinement qui est le Rav Alain Chlomo Sénior, il faut d’abord évoquer la figure qui a profondément marqué sa vie de famille et sa sensibilité spirituelle : le Rav David Bouskila, son beau-père.
Le Rav David Bouskila était directeur du réseau d’écoles Otzar HaTorah – Neve Shalom au Maroc, puis en France. Bien qu’issu d’un milieu séfarade, il entretenait des liens très forts avec les émissaires Habad au Maroc et admirait profondément leur esprit de sacrifice. Sa réputation au Maroc fut telle que le Rabbi de Loubavitch lui adressa un courrier lui demandant de traduire le Tanya en judéo-arabe. Malgré des activités quotidiennes fort exigeantes — gérer de nombreuses écoles —, le Rav Bouskila accepta cette mission et commença par étudier en profondeur le Tanya avec le Rav Yehouda Leib Raskin.
Les deux hommes s’assirent pendant deux ans, apprenant et traduisant, révisant et éditant, jusqu’à ce que la traduction soit achevée. Le 3 Kislev 5737 (1976), ils la terminèrent. En janvier 1980, le Rav Bouskila ayant complété une grande partie du travail, le Rabbi l’invita à New York pour un Farbrenguen. Lors de cette rencontre mémorable, le Rabbi de Loubavitch prononça des mots restés gravés dans la mémoire de la communauté : grâce à la traduction du Tanya en arabe par le Rav Bouskila, la Rédemption finale arriverait bien plus tôt.
Son fils témoigna qu’il partageait les enseignements du Tanya chaque Chabbat avec ses proches, tandis même qu’il travaillait à la traduction. Il dit un jour à ses dix enfants que quiconque n’étudie pas le Tanya ne saura jamais comment servir D.ieu de la bonne manière.
Décédé le 10 Tevet 5780 (2020) à Bayit Vegan, en Israël, il repose au cimetière de Har Haménoukhot à Jérusalem, laissant dans le deuil son épouse Esther et ses enfants, dont Ruth Sénior — Créteil, France.
Ruth Bouskila, devenue Ruth Sénior, est l’épouse du Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior. C’est dans cette atmosphère imprégnée de Tanya, de ‘Hassidout et d’amour pour Habad que s’est construite la vie de famille du nouveau Grand Rabbin de Paris — un foyer où la traduction du livre fondamental du ‘Hassidisme Habad se vivait chaque Chabbat à table.
Les premières années de rabbinat : Montpellier, puis Paris
Nommé en 1983 à son premier poste, à Montpellier, le Rav Sénior redynamise une communauté longtemps privée de chef spirituel : il structure la cacherout, tisse des liens forts avec les étudiants, crée un restaurant universitaire, organise des cours et des Chabbatot complets, impulse l’ouverture d’un jardin d’enfants — embryon de la future école communautaire — et anime des émissions de radio quotidiennes sur la fréquence juive.
Il s’installe ensuite à Paris, où il participe à la création et prend la direction de l’école Ozar Hatorah du 11e arrondissement — un établissement de plus de 400 élèves — et poursuit son activité rabbinique au service des communautés de Magen David et de Toratenou dans le 19e arrondissement.
Quinze ans aux côtés du Grand Rabbin de France
En 1993, il est appelé à collaborer avec le Grand Rabbin de France Yossef Haïm Sitruk au sein de son secrétariat particulier. Il intervient au nom du Grand Rabbin de France auprès du Sénat, de l’Assemblée nationale et de différents ministères. Chargé de multiples missions de représentation dans les milieux universitaires, lors de colloques, symposiums et rencontres interreligieuses, il rédige de nombreux articles de presse et travaille avec le ministère de l’Éducation nationale pour concilier le respect du Chabbat avec le calendrier des examens. Cette collaboration se poursuit jusqu’en 2008.
Grand Rabbin de Créteil : trente ans au service d’une communauté de 20 000 âmes
En 1995, il est nommé à la tête de la communauté de Créteil, forte de plus de 20 000 âmes, regroupant plus d’une vingtaine d’oratoires, deux kollelim, plus de 1 000 élèves du réseau Ozar Hatorah et des dizaines de cours hebdomadaires dispensés à tout public.
C’est là, à Créteil, que Ruth Bouskila-Sénior et lui bâtissent leur foyer. Le nom de leur ville figure d’ailleurs dans les faire-part de deuil du Rav Bouskila, où Ruth Sénior est mentionnée parmi les enfants endeuillés — ancrant ainsi pour toujours le lien entre la famille Bouskila et la communauté de Créteil.
Parmi ses réalisations figure un séminaire fondé à l’intention des femmes, leur permettant l’accès à l’étude des textes de la Tradition, ainsi que l’aumônerie d’établissements hospitaliers importants — Henri-Mondor et l’Intercommunal — et l’aumônerie des Armées depuis plus d’une vingtaine d’années.
Un itinéraire électoral tenace
Le Rav Sénior s’est présenté à trois reprises aux plus hautes fonctions rabbiniques françaises, construisant patiemment sa légitimité à chaque scrutin.
En 2012, candidat au Grand Rabbinat de Paris, il obtient 5 voix au premier tour et 8 au second, avant que ses voix se reportent sur Michel Gugenheim au troisième tour. En 2014, candidat au Grand Rabbinat de France, il recueille 32 voix au premier tour — soit 14,09 % des suffrages — avant que Haïm Korsia soit élu au second. En 2019, à nouveau candidat au Grand Rabbinat de Paris, il obtient 16 voix face à Michel Gugenheim, réélu avec 25 voix au troisième tour.
En 2026, il est enfin élu Grand Rabbin de Paris, au terme d’une campagne conduite avec la sérénité de celui qui a appris, au fil des décennies et d’un foyer imprégné de Tanya, que chaque chose arrive en son temps.
Portrait : l’héritier de deux mondes
Le Rav Alain Chlomo Sénior incarne une synthèse rare dans le paysage rabbinique français. Par son père, il est l’héritier d’une tradition rabbinique consistoriale de quatre générations, enracinée dans le judaïsme séfarade algérien et le service de la République. Par son beau-père, le Rav David Bouskila, il est connecté à l’univers spirituel de Habad-Loubavitch, à la profondeur du Tanya et à la conviction que la Torah peut et doit parler à toutes les âmes — y compris en arabe.
Cette double appartenance — l’institution et la spiritualité, le Consistoire et le Tanya — fait de lui un Grand Rabbin de Paris particulièrement bien armé pour affronter les défis du judaïsme contemporain : antisémitisme croissant, quête de sens des jeunes générations, nécessité de réinventer le lien entre tradition et modernité.
Le nouveau Grand Rabbin de Paris face à l’avenir
La communauté juive de Paris — l’une des plus importantes d’Europe — attend de son nouveau Grand Rabbin une vision, un élan et une présence. Le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior apporte avec lui quarante ans d’expérience communautaire, une connaissance intime des rouages institutionnels français et cette sensibilité particulière, héritée de son beau-père, à la puissance transformatrice de l’étude et de la transmission.
Comme le Rav David Bouskila avait traduit le Tanya pour que les juifs arabophones puissent y accéder, le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior est appelé à trouver les mots justes pour que le judaïsme parisien, dans toute sa diversité, continue de rayonner. Une mission de transmission — familiale, spirituelle, institutionnelle — qui ne fait que commencer.
















