L’attaque du Beth Habad de Sydney, survenue à la veille de Hanouka, a bouleversé nos certitudes. Ce drame nous rappelle que la Messirout Nefech ne se mesure pas à la distance géographique, mais à l’engagement total envers la mission du Rabbi. Chacun de nous porte en lui la capacité d’agir quand personne d’autre ne le fera.

 

Par Mendel Steingart

 

Le souvenir de Mumbaï

L’un de mes premiers souvenirs d’enfance remonte au jour où le Beth Habad de Mumbaï a été attaqué.

Je me souviens de ma mère recevant la nouvelle.

Je me souviens de ses larmes.

Je me souviens de la peur et de la douleur d’avoir perdu des Chloukhim.

Nous grandissons en entendant parler des attaques en Erets Israël. Là-bas, la tragédie est constante, presque attendue.

Mais ceci était différent.

C’étaient des Chloukhim. Des gens comme nous.

Si cela pouvait leur arriver, cela pouvait arriver à n’importe qui.

À l’époque, je me suis dit quelque chose de réconfortant : l’Inde n’est pas une civilisation normale. C’est chaotique, instable, imprévisible. On ne peut pas comparer cela à l’Occident.

Cette illusion a volé en éclats la veille de Hanouka, à Sydney.

La vraie Messirout Nefech

Il existe une idée reçue selon laquelle la Messirout Nefech serait une question de géographie.

Les Chloukhim à New York auraient la vie facile : ils ne sont qu’à quelques heures de route du Rabbi et de Loubavitch.

Les Chloukhim dans l’Amérique rurale auraient plus de difficultés : ils doivent faire l’école à la maison à leurs enfants, et qui sait où se trouve le Mikvé le plus proche, etc.

Les Chloukhim dans les pays arabes sacrifient leur sécurité physique réelle, en plus de tout le reste.

Et seule une personne extraordinaire pourrait renoncer entièrement au confort moderne.

Sydney a détruit cette hiérarchie.

La Messirout Nefech ne se mesure pas à la distance qui vous sépare d’une glace cachère, au nombre d’heures de route pour l’école, ni au fait que vous marchiez avec des gardes armés.

La véritable Messirout Nefech, c’est de se donner entièrement aux Inyonim du Rabbi, grands et petits, où que l’on soit.

D’où vient ce courage ?

Où une personne « ordinaire » trouve-t-elle le courage de charger un terroriste armé avec seulement une brique ?

Où une jeune fille de quatorze ans puise-t-elle l’instinct de protéger des enfants qu’elle n’a jamais rencontrés ?

Où un Ba’hour trouve-t-il la force de risquer sa vie pour sauver un autre Juif ?

La réponse est inconfortable : cela vient quand vous réalisez que si vous n’agissez pas, personne d’autre ne le fera.

Et d’où un enfant de huit ans tire-t-il le courage de demander à un inconnu s’il est juif ?

D’où un adolescent de quatorze ans trouve-t-il l’élan d’organiser un Farbrenguen pour sa communauté, d’organiser tout un défilé de Youd-Aleph Nissan ?

Cette prise de conscience libère quelque chose enfoui au plus profond de nous.

Notre mission

Telle est la mission que le Rabbi nous a confiée.

Chaque Juif est responsable de la Yiddishkeit et de la ‘Hassidout de son entourage.

On n’attend pas que quelqu’un d’autre se lève.

Vous êtes ce quelqu’un d’autre.

Nous ne pouvons pas attendre que d’autres agissent pour sauter dans le train en marche.

Chacun d’entre nous a la responsabilité et la capacité de changer son environnement.

Qu’allez-vous faire ?