À l’approche de Tich’a BeAv, jour où le peuple juif pleure la destruction des deux Temples, les usages du Minhag Habad confèrent à la lecture des Lamentations une sobriété toute particulière. Loin des parchemins et des bénédictions, la Meguilat Eikha se lit dans le recueillement d’un simple livre imprimé, chacun murmurant les versets pour son propre compte. Un éclairage sur ces coutumes, ainsi que sur la règle qui permet de lire les Kriot du jour dès que trois jeûneurs sont réunis.

 

 

Une lecture sans bénédiction

Selon le Minhag Habad, on ne récite jamais de Bera’ha avant la lecture d’Eikha, le Livre des Lamentations que le prophète Jérémie composa sur la destruction du premier Beth Hamikdach. Cette abstention demeure la règle en toutes circonstances : même lorsque la lecture se déroule en présence d’un Minyan, et même dans le cas où l’on disposerait d’un parchemin parfaitement cachère. Le principe est ferme et ne souffre pas d’exception, alors que dans certaines autres communautés l’officiant qui lit sur un rouleau prononce, lui, la bénédiction avant de commencer.

Cette réserve s’explique par un fondement bien établi de la Halakha, selon lequel on ne récite pas de bénédiction sur un simple usage. La lecture des Lamentations n’ayant pas le statut d’une obligation formelle assortie d’une Bera’ha, l’usage Habad choisit le silence liturgique, en parfaite cohérence avec l’atmosphère de deuil qui enveloppe cette nuit-là.

Le livre imprimé plutôt que le parchemin

Dans le prolongement de cette même sobriété, la coutume Habad veut que l’on lise Eikha dans un livre imprimé, qu’il s’agisse d’un recueil de Kinot ou d’un ‘Houmach, et non sur un parchemin. Cet usage rejoint une explication rapportée au nom du Levouch : les scribes n’avaient pas coutume de rédiger de tels parchemins, tant les rouleaux d’Eikha demeuraient rares. On y voit volontiers le signe d’une espérance, celle de voir le Neuf Av transformé en jour de joie et de fête avec la venue de la Guéoula, de sorte que ces parchemins de tristesse n’aient plus lieu d’être.

À cette première coutume s’en ajoute une seconde, qui touche à la manière même de dire les versets. L’usage veut que chacun lise Eikha pour son propre compte, à voix basse, et non que seul le Chalia’h Tsibour en fasse la lecture à voix haute pour l’ensemble de l’assemblée. Ainsi, tandis que l’officiant entonne les Lamentations sur une mélodie plaintive, chaque fidèle accompagne la lecture en murmurant les mots, comme pour épouser personnellement le deuil de la nation tout entière.

Trois jeûneurs suffisent pour les Kriot du jour

Le Minhag Habad se distingue également par une règle concernant la lecture de la Torah propre au jour de jeûne. Il suffit en effet que se trouvent dans l’assistance trois personnes accomplissant le Taanit pour que l’on puisse procéder aux Kriot réservées à cette journée. Cette condition allégée permet de préserver la lecture publique de la Torah même lorsque l’assemblée compte peu de jeûneurs.

Ces Kriot sont au nombre de deux, chacune à son office. Le matin, on lit le passage de Ki Tolid, où Moché évoque l’exil et le retour vers D.ieu ; l’après-midi, à Min’ha, on lit Vaye’hal, ce moment où Moché implore la miséricorde divine et où sont proclamés les treize attributs de clémence. Ainsi, du matin au soir, la journée de deuil demeure traversée par la parole de la Torah et par l’appel constant au pardon.