Le pain de pauvreté - Likoutei sihot - Volume 3 - Pessa'h - Paragraphes 1-4
Rav Menahem Altabe Likoutei Si'hot Pessa'h Série : Likoutei sihotSérie : Likoutei sihot - Volume 3
1. “ Voici le pain de la pauvreté… L’an prochain nous serons libres ”.
Tel est le premier paragraphe de la Haggadah. Celui-ci n’est pas dit au tout début du Séder, avant le Kiddouch ou bien tout de suite après lui, mais au commencement de la Haggadah, conformément à l’avis du Rambam, à la fin de ses lois du ’Hamets et de la Matsa: "Voici dans quel ordre ces Mitsvot sont accomplies. On récite le Kiddouch, puis l’on commence la Haggadah par ’Voici le pain de la pauvreté’."
Le but de la Haggadah est de faire le récit de la sortie d’Egypte. L’étymologie de son nom est à rapprocher du verset "Tu raconteras (Vehigadta) à ton fils". Selon certains, ce terme fait également allusion à la louange et à l’action de grâce adressées à D.ieu, du fait de la sortie d’Egypte. Ainsi, le Yerouchalmi explique le verset "J’ai dit, en ce jour, à D.ieu", de la manière suivante: "J’ai fait l’éloge, en ce jour, de D.ieu". C’est également l’interprétation de Rabbi Saadya Berrebi, selon le Abudarham.
Le terme générique désignant la Haggadah est donc Maguid, celui qui relate. De plus, en récitant ce paragraphe, on soulève le plateau, selon le Roch, à la fin du traité Pessa’him et le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken, Ora’h ’Haïm, chapitre 473, paragraphe 36. D’après notre coutume également, on découvre partiellement les Matsot. En effet, la lecture et le récit de la sortie d’Egypte doivent être prononcés "sur les Matsot", comme le précise le Choul’han Arou’h, à la même référence, paragraphe 20.
Le fait de lire ce paragraphe dès le début du Séder est la preuve qu’il n’a pas uniquement pour but d’inviter d’emblée à la table du Séder ceux qui n’ont pas les moyens de célébrer la fête, "qui ont faim", "qui sont dans le besoin". Car, si tel était le cas, il aurait fallu le faire beaucoup plus tôt, dès que l’on entre à la maison, ou même avant cela, encore à la synagogue, là où il y a de nombreuses personnes qui peuvent entendre cette invitation.
En fait, ce paragraphe marque, à proprement parler, le début du récit de la sortie d’Egypte et sa place est donc bien dans le Maguid. C’est, du reste, pour cette raison que nos maîtres, qui commentaient la Haggadah, le soir de Pessa’h, puisqu’il est alors une Mitsva de faire le récit de la sortie d’Egypte, introduisaient leurs explications en évoquant ce paragraphe.
Or, on peut s’interroger sur cette conclusion. Que fait le paragraphe "Voici le pain de la pauvreté" dans le Maguid? Bien plus, il en est l’introduction et il porte en lui tout le développement qui sera donné par la suite. Pourtant, d’après le texte que nous en avons, il ne fait pas même allusion à la sortie d’Egypte, ce qui n’est cependant pas le cas, d’après le Rambam, qui introduit ce paragraphe par: "C’est à la hâte que nous avons quitté l’Egypte".
On peut aussi se demander pourquoi trois phrases, en apparence totalement indépendantes l’une de l’autre, constituent ce paragraphe. Tout d’abord, on proclame que la Matsa posée sur la table est "le pain de la pauvreté que nos ancêtres ont consommé en Egypte". Puis, l’on invite tous ceux qui ont faim et sont dans le besoin à venir célébrer le Séder. Enfin, on formule la requête et l’on exprime le vœu que, même si "cette année, nous sommes ici" en exil et "cette année, nous sommes esclaves", "l’an prochain" néanmoins, nous serons "sur la terre d’Israël" et "libres".
2. Certains commentateurs précisent la relation entre les deux premières phrases de ce paragraphe. Le traité Baba Metsya 83a dit que celui qui emploie des ouvriers juifs doit les nourrir pendant leur temps de travail. Néanmoins, les Juifs sont des descendants d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov, c’est-à-dire des "fils de roi", selon le traité Chabbat 67a et le Zohar, tome 1, page 27b, ou même des "rois", d’après le traité Bera’hot 9b et l’introduction des Tikouneï Zohar, page 1b. En conséquence, leur offrir "le festin du roi Chlomo, à son époque" ne suffirait même pas pour s’acquitter de son obligation. La seule solution est donc de fixer avec eux, à l’avance, ce qui va leur être servi, du pain, des légumes.
Il en est de même pour l’invitation du soir du Séder. Certes, les convives sont alors des Juifs "qui ont faim" ou bien "qui sont dans le besoin". Ils n’en sont pas moins des "fils de roi" et des "rois", pour lesquels "le festin du roi Chlomo, à son époque" ne serait pas suffisant. Il faut donc, d’emblée, les prévenir: "Voici le pain de la pauvreté" qui fait l’objet de cette invitation, au delà duquel ne va pas l’engagement pris par l’hôte.
Néanmoins, selon cette explication, il aurait suffi de dire: "Voici le pain de la pauvreté". Pourquoi préciser, en outre, "que nos ancêtres ont mangé en Egypte"?
Concernant le lien entre la seconde et la troisième phrases de ce paragraphe, "que celui qui a faim…" et "cette année, nous sommes ici", certains commentateurs proposent une explication basée sur l’affirmation de nos Sages, au traité Baba Batra 10a, selon laquelle "grande est la Tsédaka qui hâte la délivrance".
...
Tel est le premier paragraphe de la Haggadah. Celui-ci n’est pas dit au tout début du Séder, avant le Kiddouch ou bien tout de suite après lui, mais au commencement de la Haggadah, conformément à l’avis du Rambam, à la fin de ses lois du ’Hamets et de la Matsa: "Voici dans quel ordre ces Mitsvot sont accomplies. On récite le Kiddouch, puis l’on commence la Haggadah par ’Voici le pain de la pauvreté’."
Le but de la Haggadah est de faire le récit de la sortie d’Egypte. L’étymologie de son nom est à rapprocher du verset "Tu raconteras (Vehigadta) à ton fils". Selon certains, ce terme fait également allusion à la louange et à l’action de grâce adressées à D.ieu, du fait de la sortie d’Egypte. Ainsi, le Yerouchalmi explique le verset "J’ai dit, en ce jour, à D.ieu", de la manière suivante: "J’ai fait l’éloge, en ce jour, de D.ieu". C’est également l’interprétation de Rabbi Saadya Berrebi, selon le Abudarham.
Le terme générique désignant la Haggadah est donc Maguid, celui qui relate. De plus, en récitant ce paragraphe, on soulève le plateau, selon le Roch, à la fin du traité Pessa’him et le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken, Ora’h ’Haïm, chapitre 473, paragraphe 36. D’après notre coutume également, on découvre partiellement les Matsot. En effet, la lecture et le récit de la sortie d’Egypte doivent être prononcés "sur les Matsot", comme le précise le Choul’han Arou’h, à la même référence, paragraphe 20.
Le fait de lire ce paragraphe dès le début du Séder est la preuve qu’il n’a pas uniquement pour but d’inviter d’emblée à la table du Séder ceux qui n’ont pas les moyens de célébrer la fête, "qui ont faim", "qui sont dans le besoin". Car, si tel était le cas, il aurait fallu le faire beaucoup plus tôt, dès que l’on entre à la maison, ou même avant cela, encore à la synagogue, là où il y a de nombreuses personnes qui peuvent entendre cette invitation.
En fait, ce paragraphe marque, à proprement parler, le début du récit de la sortie d’Egypte et sa place est donc bien dans le Maguid. C’est, du reste, pour cette raison que nos maîtres, qui commentaient la Haggadah, le soir de Pessa’h, puisqu’il est alors une Mitsva de faire le récit de la sortie d’Egypte, introduisaient leurs explications en évoquant ce paragraphe.
Or, on peut s’interroger sur cette conclusion. Que fait le paragraphe "Voici le pain de la pauvreté" dans le Maguid? Bien plus, il en est l’introduction et il porte en lui tout le développement qui sera donné par la suite. Pourtant, d’après le texte que nous en avons, il ne fait pas même allusion à la sortie d’Egypte, ce qui n’est cependant pas le cas, d’après le Rambam, qui introduit ce paragraphe par: "C’est à la hâte que nous avons quitté l’Egypte".
On peut aussi se demander pourquoi trois phrases, en apparence totalement indépendantes l’une de l’autre, constituent ce paragraphe. Tout d’abord, on proclame que la Matsa posée sur la table est "le pain de la pauvreté que nos ancêtres ont consommé en Egypte". Puis, l’on invite tous ceux qui ont faim et sont dans le besoin à venir célébrer le Séder. Enfin, on formule la requête et l’on exprime le vœu que, même si "cette année, nous sommes ici" en exil et "cette année, nous sommes esclaves", "l’an prochain" néanmoins, nous serons "sur la terre d’Israël" et "libres".
2. Certains commentateurs précisent la relation entre les deux premières phrases de ce paragraphe. Le traité Baba Metsya 83a dit que celui qui emploie des ouvriers juifs doit les nourrir pendant leur temps de travail. Néanmoins, les Juifs sont des descendants d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov, c’est-à-dire des "fils de roi", selon le traité Chabbat 67a et le Zohar, tome 1, page 27b, ou même des "rois", d’après le traité Bera’hot 9b et l’introduction des Tikouneï Zohar, page 1b. En conséquence, leur offrir "le festin du roi Chlomo, à son époque" ne suffirait même pas pour s’acquitter de son obligation. La seule solution est donc de fixer avec eux, à l’avance, ce qui va leur être servi, du pain, des légumes.
Il en est de même pour l’invitation du soir du Séder. Certes, les convives sont alors des Juifs "qui ont faim" ou bien "qui sont dans le besoin". Ils n’en sont pas moins des "fils de roi" et des "rois", pour lesquels "le festin du roi Chlomo, à son époque" ne serait pas suffisant. Il faut donc, d’emblée, les prévenir: "Voici le pain de la pauvreté" qui fait l’objet de cette invitation, au delà duquel ne va pas l’engagement pris par l’hôte.
Néanmoins, selon cette explication, il aurait suffi de dire: "Voici le pain de la pauvreté". Pourquoi préciser, en outre, "que nos ancêtres ont mangé en Egypte"?
Concernant le lien entre la seconde et la troisième phrases de ce paragraphe, "que celui qui a faim…" et "cette année, nous sommes ici", certains commentateurs proposent une explication basée sur l’affirmation de nos Sages, au traité Baba Batra 10a, selon laquelle "grande est la Tsédaka qui hâte la délivrance".
...