À l’approche de Souccot, les rues de Crown Heights se transforment en un vaste marché à ciel ouvert consacré aux Quatre Espèces. Devant les magasins comme sur les trottoirs, les vendeurs proposent des ensembles de Loulav et d’Etrog à une clientèle venue du quartier et bien au-delà. Habitants et visiteurs prennent le temps d’examiner, de comparer et de choisir avec soin le set qui les accompagnera durant la fête.

 

 

Chaque année, dans les jours qui séparent Yom Kippour de Souccot, Crown Heights change de visage. Le célèbre quartier de Brooklyn, où se dresse le 770 Eastern Parkway, siège central du mouvement Habad-Loubavitch, vit au rythme d’une effervescence toute particulière. Les préparatifs de la fête battent leur plein, et la vente des Quatre Espèces en constitue l’un des temps forts.Les commerces spécialisés ne suffisent plus à contenir l’affluence : les vendeurs investissent l’espace public, installant leurs étals directement dans les rues de la communauté. Cartons de Loulavim alignés, boîtes d’Etroguim soigneusement emballés, bottes de Hadassim et d’Aravot fraîchement coupées : le décor est planté pour l’une des Mitsvot les plus visuelles du calendrier juif.

Une Mitsva qui se choisit avec soin

La Torah prescrit, dans le livre de Vayikra, de prendre le premier jour de la fête « le fruit de l’arbre splendide, des branches de palmier, des rameaux de l’arbre touffu et des saules de rivière ». La tradition en a précisé la composition : un Etrog, un Loulav, trois branches de Hadassim (myrte) et deux branches d’Aravot (saule), que l’on réunit et que l’on agite chaque jour de Souccot, à l’exception de Chabbat.

Mais l’achat ne se fait jamais à la légère. Le principe du « Hidour Mitsva », qui invite à embellir chaque commandement, pousse les acheteurs à scruter chaque détail. On inspecte la forme de l’Etrog, sa texture, la présence et l’intégrité du Pitam, l’absence de taches. On vérifie que le Loulav est bien droit et que ses feuilles centrales restent fermées. Les Hadassim doivent présenter des feuilles disposées par groupes de trois. Dans les allées improvisées, loupe à la main, les clients comparent longuement avant de se décider, sollicitant volontiers l’avis des vendeurs ou d’un Rav.

Dans la tradition Habad, l’Etrog de Calabre, dans le sud de l’Italie, occupe une place de choix. Transmise depuis les premiers Rabbéim, cette coutume explique pourquoi ces fruits allongés, à la peau généreuse, sont particulièrement recherchés sur les étals du quartier.

Le symbole de l’unité du peuple juif

Au-delà de leur dimension rituelle, les Quatre Espèces portent un message que les enseignements hassidiques ne cessent de rappeler. Selon le Midrash, elles représentent quatre catégories de Juifs : l’Etrog, qui a à la fois goût et parfum, évoque celui qui possède l’étude de la Torah et les bonnes actions ; le Loulav, issu du palmier dont le fruit a du goût mais pas d’odeur, celui qui étudie sans accomplir ; le Hadass, parfumé mais sans saveur, celui qui accomplit sans étudier ; et l’Arava, dépourvue des deux, celui qui n’a ni l’un ni l’autre.

Or la Mitsva ne peut s’accomplir que si les quatre sont réunis. Aucune espèce ne suffit à elle seule : c’est ensemble que tous les membres du peuple juif forment une entité complète. Une leçon qui résonne avec force dans un quartier où se croisent, le temps d’un marché, des familles installées depuis des décennies, de jeunes couples, des étudiants de Yechiva et des visiteurs de passage.

Dans l’esprit de la campagne du Rabbi

À Crown Heights, l’achat des Quatre Espèces dépasse souvent le cadre personnel. Le Rabbi a fait de la Mitsva du Loulav l’une de ses campagnes emblématiques, encourageant chacun à offrir à tout Juif rencontré la possibilité de réciter la bénédiction sur les Quatre Espèces. Depuis, chaque Souccot, des milliers de Ba’hourim et de Chlou’him parcourent les rues, les places et les lieux de travail du monde entier, Loulav et Etrog à la main.

Ce marché du quartier du Rabbi en est ainsi le point de départ naturel. Dans quelques jours, les ensembles choisis aujourd’hui avec tant de minutie passeront de main en main, dans la Soukka familiale comme au coin d’une rue, pour permettre au plus grand nombre de prendre part à la joie de la fête.

Entre les étals de Crown Heights, c’est déjà un avant-goût de « Zman Sim’hatenou », le temps de notre joie, qui se respire à chaque coin de rue.