Pendant des décennies, l’Altalena est demeurée un vestige englouti, témoin muet de l’un des épisodes les plus douloureux des premiers jours de l’État d’Israël. Cette nuit, le navire a été localisé dans son intégralité, reposant par 503 mètres de fond, à une vingtaine de kilomètres des côtes israéliennes. Fruit de longs mois de recherches et de technologies de pointe, cette découverte ouvre la voie à une documentation inédite de l’épave et à une réflexion sur son avenir.

 

Soixante-dix-huit ans après avoir atteint les rivages du pays et être devenue le théâtre de l’un des événements les plus douloureux de l’histoire du jeune État, l’Altalena a été retrouvée cette nuit dans son intégralité, gisant par 503 mètres de fond, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest des côtes israéliennes.

 

 

 

 

Une localisation au terme de longs mois de préparation

La localisation a été effectuée à 00h30, dans le cadre d’une opération de recherche maritime menée après des mois de planification minutieuse et de préparatifs. L’expédition a pris la mer sous la direction de Roni Sadé, responsable de la division de cartographie marine au Centre de cartographie d’Israël.

Pour parvenir jusqu’au navire, à une profondeur inaccessible aux plongeurs, les équipes ont eu recours à un bâtiment équipé de capteurs spéciaux et de systèmes de sondage avancés. Parmi les moyens déployés figuraient notamment des sonars, qui permettent de détecter des objets et de cartographier les fonds marins grâce aux ondes sonores.

Les premières images des profondeurs

Le travail ne s’est pas achevé avec la localisation de l’épave. Lors d’une conférence de presse qui se tiendra prochainement seront présentées les découvertes les plus récentes de l’opération, ainsi que les documents recueillis dans les abysses.

Roni Sadé, responsable de la division de cartographie marine, a déclaré : « Nous avons réussi à atteindre le navire, à plus de cinq cents mètres de profondeur, grâce à des technologies de pointe et au travail acharné d’une équipe professionnelle et dévouée sur le terrain marin. »

‘Haggaï Ronen, directeur général du Centre de cartographie d’Israël, a pour sa part souligné : « La localisation de l’Altalena constitue un moment historique et émouvant, où le savoir, la technologie et les capacités cartographiques avancées nous permettent de toucher un chapitre majeur de l’histoire de l’État d’Israël. Le Centre de cartographie d’Israël est fier de prendre part à cet effort national de mise au jour du passé, sous la conduite de Roni Sadé, et d’œuvrer à sa documentation précise ainsi qu’à sa préservation pour les générations futures. »

Comment l’Altalena est arrivée en Israël

Pour saisir la portée de cette découverte, il faut remonter à l’été 1947, lorsque l’Altalena fut acquise aux États-Unis par une organisation liée à l’Irgoun. À l’origine, le bâtiment servait de barge de débarquement de chars dans la marine américaine.

En juin 1948, le navire fit voile vers Israël. Il transportait à son bord près de neuf cent trente immigrants, parmi lesquels des rescapés de la Choah, ainsi que des combattants de l’Irgoun, du matériel militaire et une importante quantité d’équipement médical.

Mais l’arrivée du navire sur les côtes du pays survint à une période particulièrement délicate. Après la création de l’État et le démantèlement des organisations clandestines, un différend éclata entre la direction de l’Irgoun et le gouvernement au sujet des armes qui se trouvaient à bord.

Le commandant de l’Irgoun, Mena’hem Begin, exigeait qu’une partie de l’armement soit remise aux bataillons de l’organisation à Jérusalem. Le premier chef du gouvernement, David Ben Gourion, refusa cette demande et ordonna que la totalité des armes soit livrée à Tsahal.

L’affrontement de Kfar Vitkin

Le désaccord se mua en affrontement à Kfar Vitkin. Après les échanges de tirs qui s’y déroulèrent, le navire poursuivit sa route en direction de Tel-Aviv, dans l’espoir d’atteindre le rivage de la ville.

Or, même à Tel-Aviv, la crise ne trouva pas d’issue. Le 22 juin 1948, les échanges de tirs reprirent, l’Altalena fut bombardée et prit feu.

Au cours de l’affrontement, dix-neuf personnes trouvèrent la mort : seize membres de l’Irgoun et passagers du navire, ainsi que trois soldats de Tsahal.

L’événement est devenu l’un des chapitres les plus douloureux et les plus déterminants des premiers jours de l’État, et la controverse qu’il a suscitée s’est prolongée au fil des années.

Le sort du navire après le bombardement

Une fois embrasée, l’Altalena ne disparut pas immédiatement de l’horizon. Selon les informations publiées, le navire dériva plusieurs mois au large de Tel-Aviv, jusqu’à ce que David Ben Gourion ordonne de le saborder.

Les restes du bâtiment furent coulés au large des côtes de Nabi Roubin, où ils demeurèrent durant des décennies.

Au fil du temps, plusieurs tentatives furent menées pour localiser l’Altalena, voire pour envisager de la renflouer, dans le désir d’utiliser ses vestiges à des fins commémoratives et d’ériger un monument à la mémoire des victimes.

Mais la profondeur des eaux et la complexité technique firent de cette mission un défi particulièrement ardu.

Une recherche étalée sur des décennies

La localisation de l’Altalena ne fut pas une opération menée à bien en quelques jours. Durant de longues années, des tentatives furent entreprises pour atteindre le navire, mais celui-ci demeura enseveli dans les profondeurs.

Les recherches actuelles ont exigé des mois de planification et de préparation, avant que des moyens de cartographie et de sondage avancés ne permettent enfin de repérer le bâtiment par 503 mètres de fond.

À présent que le navire a été retrouvé, une nouvelle question se pose : que peut-on faire de ces vestiges ?

Renflouer l’Altalena ?

D’après les informations publiées, l’hypothèse consistant à ramener l’ensemble du navire à la surface est très probablement jugée irréalisable. Il s’agirait d’un projet d’ingénierie extrêmement complexe, sans précédent connu.

Plusieurs autres pistes sont à l’étude. L’une d’elles serait l’édification d’un monument flottant ou d’un centre du patrimoine maritime. Une autre possibilité envisagée consisterait à extraire certaines parties du navire, si son état le permettait.

À ce stade, l’état de l’Altalena après des décennies passées au fond de la mer demeure incertain. C’est pourquoi un effort est engagé pour la documenter au cœur des abysses et évaluer son état de conservation.

Boucler un cercle historique

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré : « Nous bouclons cette nuit un cercle historique autour de l’un des événements les plus douloureux et les plus fondateurs de l’histoire de la société israélienne. Nous avons travaillé sur ce dossier dans la discrétion durant de longues années, et aujourd’hui, les fruits de l’effort de renseignement et opérationnel ont porté un résultat émouvant, au service de la vérité historique, de la mémoire des disparus et de l’unité du peuple d’Israël. »

L’annonce de la localisation a été communiquée par le service de presse du parti Otsma Yehoudit, le projet ayant été mené sous l’égide du ministère du Patrimoine et de son ministre, Ami’haï Eliyahou. Selon les informations publiées, le ministère du Patrimoine lui-même ainsi que le ministère du Logement, dont relève le Centre de cartographie d’Israël, n’ont pas diffusé de communiqué officiel sur le sujet à ce stade.

Il y a environ un an, plusieurs ministres s’étaient adressés au ministre de la Défense, Israël Katz, pour lui demander de transférer le canon qui avait tiré sur le navire, depuis le Collège de commandement et d’état-major de Glilot vers le Centre du patrimoine Begin à Jérusalem.

Désormais, l’Altalena elle-même ayant été localisée dans les profondeurs, s’ouvre à nouveau la possibilité de documenter ses vestiges et de réfléchir aux moyens de préserver, pour les générations à venir, le récit historique qui s’y rattache.