Au début du mois de Mena’hem Av, la Yechiva Loubavitch de Vincennes a célébré sa cérémonie officielle de remise des diplômes, devant la communauté rassemblée et les soutiens de l’institution. L’année aura été marquée par la fondation d’un Kollel, structuré en deux groupes et fréquenté par plus de quarante étudiants répartis en huit niveaux. L’examen final, conduit par le Rav Nethanel Loeb, Roch Kollel du Kollel Lehoraa de Yerres et membre du Vaad Rabané Loubavitch, a été l’occasion pour ce dernier de saluer publiquement la qualité de l’étude fournie.
Il est des cérémonies qui ne se contentent pas de clore une année scolaire. Celle qui s’est tenue au début du mois de Mena’hem Av à la Yechiva Loubavitch de Vincennes appartient à cette catégorie : elle a scellé la première année d’existence d’une structure appelée à modifier durablement le paysage de la formation rabbinique en région parisienne.
Devant les familles, les amis et les soutiens de l’institution, ce sont des diplômes qui ont été remis. Mais ce que la salle célébrait tenait davantage à ce que ces parchemins annoncent : la possibilité, désormais offerte sur place, de mener un cursus d’étude jusqu’à la Semi’ha sans quitter la France.
La fondation du Kollel, événement de l’année
La grande nouveauté de cette année à la Yechiva de Vincennes aura été sans conteste la fondation du Kollel. Adossée à une institution qui accompagne depuis plus de vingt ans les élèves sortant du ‘Heder dans un cursus d’études talmudiques, la nouvelle structure prolonge vers le haut un édifice éducatif jusque-là centré sur les plus jeunes.
Le choix n’a rien d’anodin. Un Kollel n’est pas un cours du soir : c’est un cadre d’étude intensive, exigeant, où l’on travaille les textes de la Halakha avec la perspective assumée d’une maîtrise pratique. Dans la tradition Habad-Loubavitch, cette exigence rejoint l’insistance constante du Rabbi sur l’étude approfondie comme fondement de toute action communautaire : un Chalia’h incapable de répondre aux questions de Halakha qui lui sont posées ne saurait remplir pleinement sa mission.

Une année scandée par les examens
Le premier cycle n’a rien eu d’un parcours de complaisance. Les élèves du Kollel ont traversé une année d’études intensives ponctuée d’examens intermédiaires, dispositif qui interdit le rattrapage de dernière minute et impose un travail régulier tout au long des mois d’étude.
Cette architecture d’évaluation continue est caractéristique des cursus orientés vers l’ordination. La Semi’ha n’atteste pas d’une performance ponctuelle mais d’une maîtrise sédimentée, vérifiée par étapes, matière après matière. C’est à ce prix qu’un diplôme rabbinique conserve sa valeur aux yeux des communautés qui, un jour, s’en remettront à celui qui le détient.
L’épreuve finale et l’admiration du Rav Nethanel Loeb
Le jour de l’examen final venu, c’est le Rav Nethanel Loeb qui est venu procéder à l’interrogation. Roch Kollel du Kollel Lehoraa de Yerres et membre du Vaad Rabané Loubavitch — le Rabbinat Loubavitch de France —, il avait suivi les élèves tout au long de l’année, ce qui conférait à son évaluation le poids d’un regard informé plutôt que celui d’un jugement extérieur.
Figure reconnue du corps rabbinique Loubavitch français, notamment pour son travail sur les lois et coutumes Habad, le Rav Loeb n’a pas manqué de manifester son admiration pour la qualité de l’étude des élèves. Le compliment, venant d’un examinateur de ce rang, vaut validation : il situe le niveau atteint à Vincennes dans le référentiel exigeant des institutions rabbiniques du mouvement.

Une communauté rassemblée autour de ses institutions
La cérémonie officielle a réuni, en fin de cycle, la communauté dans son ensemble ainsi que les soutiens et amis de la Yechiva. Autour des diplômés se tenaient les principaux responsables des institutions Loubavitch de Vincennes–Saint-Mandé, signe de la place que le Kollel occupe désormais dans l’organigramme local.
Y assistaient notamment le Rav Yossef Taïeb, Roch Hayechiva, Chalia’h du Rabbi pour les villes de Vincennes et de Saint-Mandé et Dayan de la communauté, ainsi que le Rav Lévi Its’hak Taïeb, responsable des institutions Loubavitch de Vincennes et Saint-Mandé. Étaient également présents le Rav Mendel Taïeb, directeur de l’école l’Avenir de nos Enfants, le Rav Chimon Edery, directeur du Kollel de la Yechiva, le Rav Menahem Mendel Dodisco, Maguid chiour du chiour alef, le Rav ‘Haïm Elezam, délégué des institutions pour la ville de Saint-Mandé, et le Rav Mordé’hai Gabison, directeur de la Yechiva.
À leurs côtés figuraient le Rav Nethanel Loeb, venu conduire l’interrogation finale, et le Rav Meïr Sim’ha Kalmenson, Chalia’h du Rabbi pour la ville d’Aubervilliers et responsable de la Kehilat Chneor. Cette présence croisée de responsables venus d’autres villes de la région parisienne dit assez que l’initiative vincennoise est perçue comme une affaire collective, dépassant le seul périmètre du Val-de-Marne.
Deux groupes, deux trajectoires
L’architecture du Kollel repose sur une distinction claire entre deux publics. Le premier groupe s’adresse aux débutants : il a vocation à faire entrer dans le monde de la Halakha des étudiants qui n’en possédaient pas encore les codes, en les conduisant progressivement, et à terme, à pouvoir prétendre à une Semi’ha — cette ordination qui atteste de la capacité à trancher la loi, Halakha lemaassé, c’est-à-dire dans son application concrète.
Le second groupe, avancé, poursuit un objectif différent. Il permet à des Ba’hourim de passer leur Semi’ha tout en demeurant en région parisienne, sans devoir rejoindre une Yechiva à l’étranger, et il ouvre parallèlement ses portes à des hommes mariés désireux de parfaire leur niveau jusqu’au titre de Moré Tsédek. Ce dernier point mérite d’être souligné : il élargit le public du Kollel à des adultes engagés dans la vie professionnelle et familiale, pour qui l’étude de haut niveau demeurait jusqu’ici difficilement accessible.
Cette double porte d’entrée traduit une conception pragmatique de la transmission. Plutôt que de réserver l’étude approfondie à une élite déjà formée, la Yechiva a fait le choix d’ouvrir un chemin continu, du premier pas dans la Halakha jusqu’à la responsabilité rabbinique.
Plus de quarante étudiants, huit groupes de niveau
Les chiffres de cette première année témoignent d’une adhésion qui a dépassé les prévisions. Ce sont plus de quarante personnes qui ont fréquenté le Kollel, réparties en huit groupes constitués à la fois selon les niveaux et selon les matières abordées.
Cette granularité pédagogique n’est pas un détail d’intendance. Elle permet à chacun de progresser à son rythme, dans un cadre adapté à ses acquis, sans que les plus avancés ne soient freinés ni que les débutants ne soient découragés. Elle suppose en revanche un encadrement dense et une équipe enseignante disponible, ce qui constitue précisément l’un des atouts revendiqués par l’institution vincennoise, dont la direction opérationnelle du Kollel a été confiée au Rav Chimon Edery.

Étudier au mois de Mena’hem Av
Le calendrier retenu pour la cérémonie n’est pas indifférent. Le mois d’Av, que la tradition nomme Mena’hem Av — « Av le consolateur » —, est celui du deuil de la destruction du Beth Hamikdach. Le Rabbi a maintes fois enseigné que la réponse à cette destruction passe par l’étude, en particulier celle des lois du Temple, et par l’intensification de la Torah et des Mitsvot dans le monde.
Célébrer, en ces jours, l’achèvement d’un cycle d’étude et la formation de nouveaux érudits prend dès lors une résonance particulière. Ce que le Kollel de Vincennes a produit cette année n’est pas seulement un lot de diplômes : c’est une contribution concrète à cette reconstruction par l’étude que la période appelle.
Un enjeu qui dépasse Vincennes
L’initiative résonne bien au-delà des murs de la Yechiva. Le judaïsme français a longtemps dépendu, pour la formation de ses cadres rabbiniques, de structures situées en Israël, aux États-Unis ou en Angleterre. Les jeunes gens partaient, et tous ne revenaient pas. Créer en région parisienne une filière permettant d’obtenir la Semi’ha sans rupture géographique répond directement à cette hémorragie de compétences.
Il y a également, dans la formule retenue, une réponse à la demande croissante d’un public adulte. Les hommes mariés qui rejoignent le groupe avancé pour atteindre le niveau de Moré Tsédek incarnent une génération qui refuse de considérer que l’étude sérieuse s’arrête au seuil de la vie active. Le Kollel leur offre un cadre où cette ambition trouve à s’exercer, encadrée et évaluée.
Reste désormais à inscrire cette première année dans la durée. Une structure d’étude ne se juge pas à son lancement mais à sa capacité de tenir sur plusieurs cycles, de voir ses premiers étudiants achever leur parcours et, le moment venu, prendre à leur tour des responsabilités communautaires. Les diplômes remis cette année à Vincennes sont, en ce sens, moins un aboutissement qu’une promesse.
Souhaitons à ces étudiants une grande réussite dans la poursuite de leurs études, et qu’ils sortent éclairer le monde de la lumière de la Torah, jusqu’à la venue de Machia’h et la Rédemption véritable et complète. Amen.
Note de transparence : cet article a été rédigé à partir d’une information communiquée par la Yechiva Loubavitch de Vincennes, complétée par des éléments de contexte issus de recherches documentaires sur les institutions Habad-Loubavitch de Vincennes–Saint-Mandé et sur le Vaad Rabané Loubavitch (Rabbinat Loubavitch de France). Aucun lien source n’était disponible à la publication.































