La tradition des Yar’hei Kalla se poursuit cette année encore avec un séminaire d’exception niché au cœur des Alpes. Des centaines de participants ont afflué vers ces journées d’étude, aux côtés des Rabbanim et des Chlou’him venus s’y joindre. La rencontre s’est tenue sous l’égide du Beth Loubavitch.

 

Vidéo de David Sabbah

 

 

Une tradition d’étude renouvelée au cœur des Alpes

Comme chaque année, le séminaire des Yar’hei Kalla du Beth Loubavitch s’est tenu dans les Alpes, rassemblant des centaines de participants venus prendre part à des journées d’étude et d’élévation. Fidèle à une tradition solidement établie, l’événement a offert à chacun un cadre propice au recueillement et à l’approfondissement de la Torah, loin de l’agitation du quotidien.

Aux sources d’une tradition d’étude millénaire

L’expression Yar’hei Kalla plonge ses racines dans l’époque talmudique. Dans les grandes académies de Babylone, à Soura et à Poumbedita, on désignait ainsi les mois d’assemblée durant lesquels les érudits, dispersés à travers le pays et retenus le reste de l’année par leurs occupations, se rassemblaient pour étudier ensemble un traité entier de la Torah. Le mot Kalla, qui évoque à la fois le rassemblement et la totalité, exprimait cette réunion de toutes les forces vives autour d’une même étude. En perpétuant cet usage, le séminaire alpin du Beth Loubavitch renoue avec l’esprit de ces grandes assemblées et offre aux participants un temps suspendu, tout entier voué à l’étude commune.

Sous la direction du Beth Loubavitch

Le séminaire s’est déroulé sous l’égide du Beth Loubavitch, présidé par le Chalia’h principal, le Rav Mendel Azimov, et avec la participation de nombreux Rabbanim et Chlou’him. Les journées se sont écoulées dans une atmosphère singulière, tout entière consacrée à l’étude de la Torah et au rassemblement, tandis que les centaines de participants prenaient part aux séances d’étude aux côtés des Rabbanim et des Chlou’him venus les rejoindre.

Des Rabbanim et des Chlou’him venus de plusieurs communautés

Parmi les Rabbanim et les Chlou’him présents figuraient le Rav El’hanan Marasov, le Rav Binyamin Mergui et le Rav Mendy Uzan, ainsi que le Chalia’h principal de la ville de Marseille, le Rav Yossef Its’hak Labkovski, qui ont pris part au séminaire aux côtés de l’ensemble de l’assistance.

Une étude approfondie des lois du vol dans Baba Kama

Le Rav El’hanan Marazov a consacré son cours à un développement du traité Baba Kama portant sur le voleur, le Gazlan, dont le bien dérobé s’est transformé — un veau devenu taureau, un agneau devenu bélier. Toute la question tient au Chinouï, la transformation : celle-ci acquiert-elle l’objet au profit du voleur ? Suivant l’explication de Rachi, l’orateur a montré que ce n’est pas la transformation en elle-même qui opère l’acquisition. Dès l’instant du vol, le bien est déjà sorti de la possession de son propriétaire, et seule l’obligation de le restituer empêchait cette acquisition de se parachever. Lorsque l’objet se trouve transformé, il n’est plus le même : l’obligation de rendre ce bien précis tombe, puisqu’il n’existe plus en tant que tel, et le voleur peut le conserver en remboursant sa valeur au jour du vol. À l’appui de sa démonstration, le cours a rapproché ce cas de celui du présent interdit, l’Etnan, où la Torah enseigne par la voie de l’exégèse qu’un bien transformé devient un objet nouveau. L’orateur a enfin distingué la transformation véritable, opérée par le voleur lui-même, qui acquiert pleinement le bien, de celle qui survient d’elle-même avec le temps et qui, selon Rachi, ne l’acquiert qu’à demi.

Le Juif n’est jamais en vacances de son identité

Le Rav Sultan a développé une idée puisée dans la Paracha et dans l’histoire du roi David. Peut-on prendre des vacances de son identité juive ? La réponse, a-t-il souligné, se trouve tout entière dans la question. Il a rappelé le récit du roi David en guerre contre les Philistines : au cœur de la nuit et des combats, le roi réclame de l’eau. Or Rachi enseigne qu’il ne s’agissait pas d’eau, mais de Torah — d’une question adressée au Sanhédrin siégeant à la porte de la ville. Ainsi, jusque dans les conditions les plus terribles de la guerre, le véritable dirigeant d’Israël demeure immergé dans la Torah, qu’il vit à chaque instant. De la Paracha, l’orateur a tiré la même leçon à travers les signes de pureté des animaux, les sabots fendus et la rumination. La Torah met en garde contre l’animal qui ne présente qu’un seul de ces signes, et, à la lumière de l’enseignement du Maharal, il a expliqué que le Juif est appelé à être entier. Celui qui ne montre qu’une part de lui-même en dissimulant le reste n’est pas complet, car la Torah attend un Juif qui vit pleinement son judaïsme, en tout lieu et en toute circonstance.

Dans le sillage de Rabbi Levi Its’hak et de l’Iguéret Hatechouva

Le discours du Rav Yossef Itshak Labkovsky a ravivé le souvenir du père du Rabbi, Rabbi Levi Its’hak Schneerson. Il a évoqué son propre père qui, en Russie, eut le mérite de passer un Chabbat auprès du père du Rabbi à Yekaterinoslav et en revint profondément marqué : Rabbi Levi Its’hak percevait dans chaque détail du monde le reflet de la sagesse divine, comme en témoignent ses commentaires sur le Zohar et le Tanya, rédigés en exil sur d’infimes fragments de papier, brefs mais d’une profondeur insondable. L’orateur a ensuite exposé un enseignement de l’Iguéret Hatechouva : la Techouva ne se réduit pas à la seule résolution de ne plus fauter. Elle ressemble au serviteur qui, ayant offensé son roi, dépêche d’abord un défenseur pour implorer le pardon, puis, une fois gracié, apporte un présent afin de renouer un lien plus étroit encore qu’auparavant. Le jeûne tient aujourd’hui lieu de ce présent, l’homme offrant de sa propre substance à la place du sacrifice. S’appuyant sur l’explication de Rabbi Levi Its’hak, il a montré comment chaque membre du corps recèle trois dimensions — le membre lui-même, l’ensemble des membres qu’il contient et son influence sur le corps entier — ce qui éclaire le nombre de jeûnes prescrits selon la gravité et la répétition de la faute. Il a conclu sur la force du lien au Rabbi : lorsqu’on s’attache à lui, le Rabbi accompagne partout celui qui étudie ses enseignements, et c’est en cela que l’étude menée au séminaire ouvre des portes que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Une étude placée sous le signe du 20 Av

Cette année, le Kinous Torah s’est tenu à proximité du 20 Av (Kaf Av), jour de la Hilloula de Rabbi Levi Its’hak Schneerson, père du Rabbi. Grand kabbaliste et Rav de la ville de Yekaterinoslav, Rabbi Levi Its’hak fut arrêté puis exilé par le régime soviétique en raison de son dévouement inébranlable à la vie juive, et il rendit son âme le 20 Av 5704 (1944) dans la lointaine Alma-Ata, au Kazakhstan. Fidèle à l’enseignement du Rabbi, qui exhortait à multiplier l’étude de la Torah — et tout particulièrement de sa dimension intérieure — en mérite de l’âme de son père, les participants ont lié leurs journées d’étude au souvenir de cette grande figure, faisant de leur assemblée un hommage vivant à la mémoire de Rabbi Levi Its’hak. Ainsi, année après année, le séminaire des Yar’hei Kalla du Beth Loubavitch se tient dans les Alpes, offrant un cadre d’étude privilégié à tous ceux qui viennent y prendre part.e part.