Depuis quelques années, certains affirment que les Mitsva Tanks déployés lors de l’Israel Day Parade agiraient à l’encontre des instructions du Rabbi. Impliqué de longue date dans ces opérations, le Rav Its’hak Roness a choisi d’enquêter sérieusement sur ces accusations en s’adressant directement aux témoins concernés. Son enquête, menée auprès de ceux qui furent réellement présents, révèle une réalité bien éloignée des rumeurs colportées.

 

 

Par le Rav Its’hak Roness

 

La Journée d’Israël sur la Cinquième Avenue (anciennement le défilé Salute to Israel puis le défilé Celebrate Israel ) est un défilé annuel de soutien à Israël qui a lieu sur la Cinquième Avenue, à côté de Central Park, à New York.

Des accusations qui reviennent sans cesse

Depuis quelques années, des affirmations circulent selon lesquelles les Mitsva Tanks qui opèrent lors de l’Israel Day Parade agiraient en contradiction avec les instructions du Rabbi. Diverses citations sont partagées en boucle, notamment sur les statuts WhatsApp et d’autres plateformes, souvent assorties d’accusations selon lesquelles ceux qui organisent ces Mivtsa’im sous l’égide du Tsa’h bafoueraient les directives du Rabbi.

Ce qui rend ces accusations particulièrement déroutantes, c’est que ces Mivtsa’im sont menés depuis des décennies, sous la conduite de personnalités que le Rabbi lui-même avait chargées d’organiser les Mivtsa’im à New York, et qui étaient en contact direct avec le secrétariat du Rabbi.

Ayant moi-même participé activement aux Mitsva Tanks pendant plusieurs années, y compris aux Mivtsa’im menés lors de l’Israel Day Parade, j’ai estimé qu’il était important d’examiner ces accusations et de m’entretenir directement avec les personnes qui furent impliquées.

Au fil des années, le Bureau des Mitsva Tanks a constamment suivi les instructions transmises au Rav Kasriel Kastel, de l’Organisation de la Jeunesse Loubavitch, par le Rav ‘Hodakov. Les stands de Mivtsa’im étaient installés dans les rues adjacentes, et non sur le parcours même de la parade. Bien que les organisateurs de la parade aient proposé d’attribuer aux Mitsva Tanks un emplacement sur le site même de l’événement, ceux-ci se garaient malgré tout à une rue de distance. L’objectif était de mener des Mivtsa’im auprès des nombreux Juifs rassemblés dans le secteur, tout en veillant à ce que le mouvement Habad ne soit pas perçu comme participant à la parade.

Une source bien fragile

L’une des références fréquemment invoquées par ceux qui prétendent que le Rabbi s’opposait à ces activités figure dans l’ouvrage Leket OuPeret (Jérusalem, 5776, soit 2016, p. 114). Il m’a fallu de longs efforts pour mettre la main sur cette publication. Une fois que je l’ai trouvée, j’ai compris qu’elle ne constituait guère une source sérieuse sur la question.

L’ouvrage avait été imprimé en l’honneur de l’anniversaire du Rav Touvia Blau. L’une de ses sections contient une correspondance échangée entre le Rav Blau et une personne dont le nom n’est pas mentionné. Au détour de sa lettre, cet individu évoque incidemment avoir entendu dire que le Rabbi s’opposait à ce que l’on mène des Mivtsa’im lors de l’Israel Day Parade. Aucune source n’est citée. Aucun témoignage n’est fourni. L’auteur n’affirme nullement avoir entendu cela personnellement de la bouche d’un quelconque responsable.

Et pourtant, cette rumeur de seconde main, consignée par un individu resté anonyme, a été acceptée par certains comme une preuve faisant autorité, tandis que les témoignages directs de personnes réellement impliquées sont, eux, écartés.

Le témoignage du Rav Kastel

Au cours de mon enquête, j’ai recueilli les récits suivants.

Le Rav Kastel, de l’Organisation de la Jeunesse Loubavitch, raconte : « Le Rav ‘Hodakov m’a appelé et m’a dit que les Mivtsa’im devaient se faire dans les rues avoisinantes, et non dans la rue même où se déroulait la parade. »

Il convient de noter que le Rav Kastel ne fut pas le seul à recevoir une telle consigne. D’autres Chlou’him ont également rapporté avoir reçu, par l’intermédiaire du Rav ‘Hodakov, des instructions similaires les invitant à ne pas prendre part à des événements sionistes dans le but d’y mener des Mivtsa’im.

Ce que rapporte le Rav Katzman

Certains affirmaient que le Rav Yossef Katzman avait reçu du Rabbi l’instruction que Habad ne devait se trouver nulle part à proximité de la parade, pas même dans les rues adjacentes, mais à plusieurs rues de distance au minimum. Après m’être entretenu directement avec lui, j’ai entendu un récit quelque peu différent.

Le Rav Yossef Katzman raconte : « J’étais l’un des organisateurs des Mitsva Tanks durant ces années-là. Après avoir entendu le Rav Kastel, je me suis tourné vers le Rav ‘Hodakov pour approfondir la question. Je lui ai demandé si nous pouvions nous tenir à proximité sans pour autant participer à la parade. Le Rav ‘Hodakov m’a répondu que, si nous nous tenions à proximité, les gens risqueraient de penser que nous y prenions part. Sentant que j’insistais quelque peu pour trouver un moyen d’amener le plus grand nombre possible de personnes à mettre les Tefillin, le Rav ‘Hodakov me répondit qu’il n’était nullement nécessaire de se tenir à proximité, puisqu’il était possible de s’installer près d’une station de métro voisine et de proposer aux participants de mettre les Tefillin sur le chemin de la parade. »

Le Rav Katzman ajoute qu’il n’avait pas compris cela comme une Hora’a précise imposant une certaine distance par rapport à la parade. Le but était plutôt d’éviter tout ce qui aurait pu donner l’impression que Habad participait à la parade elle-même. En réponse à ses questions, le Rav ‘Hodakov avait suggéré la station de métro comme moyen concret d’atteindre les participants. Selon le Rav Katzman, mener des Mivtsa’im dans les rues latérales avoisinantes répondait tout autant à cet objectif, pourvu que cela fût fait d’une manière qui ne laisse pas croire que Habad se joignait à la parade.

L’expérience du Rav Cunin en Californie

D’autres ont mis en avant la position du Rav Chlomo Cunin, qui avait été confronté à une situation comparable en Californie.

Le Rav Chlomo Cunin raconte : « Une parade très semblable avait lieu en Californie. J’y ai amené un Mitsva Tank et j’y ai mené des Mivtsa’im. Les services de sécurité ont exigé que je quitte les lieux. Comme je refusais, ils ont braqué leurs armes sur moi. Des photographies montrant des agents de sécurité pointant leurs armes sur un Rav parurent dans un journal local, et ils furent finalement contraints de présenter leurs excuses. J’ai continué à mener des Mivtsa’im lors de ces événements par la suite, sans qu’on m’en empêche. J’ai évidemment rendu compte de ces activités au Rabbi, et je n’ai jamais reçu de réponse négative. Il m’est difficile de croire que le Rabbi s’y opposait. Le Rabbi n’hésitait jamais à me donner des instructions lorsque cela s’avérait nécessaire. Si le Rabbi avait été opposé à la tenue de Mivtsa’im lors de ces événements, je suis convaincu qu’il m’aurait ordonné de cesser. »

Un encouragement écrit de la main du Rabbi

Plus encore, dans un Ktav Yad Kodech de l’année 5734 (1974), le Rabbi répondit à un compte rendu du Vaad HaMivtsa’im rapportant que dix mille tracts faisant la promotion de la campagne des Mezouzot avaient été distribués lors de la parade du dimanche 19 Sivan, date à laquelle se tenait l’Israel Day Parade de cette année-là. Le Rabbi répondit par des paroles d’éloge et d’encouragement, et proposa de prendre en charge quatre-vingt-dix pour cent des dépenses.

Comme cela a été mentionné, le Bureau des Mitsva Tanks a toujours suivi la consigne transmise au Rav Kastel : ne pas se trouver sur le parcours même de la parade, mais mener les Mivtsa’im dans les rues avoisinantes.

Garder la juste distance

Lors de la parade, nous devions toujours veiller à la manière dont notre présence serait perçue. D’une part, Habad ne devait pas paraître participer à la parade. D’autre part, Habad ne devait pas non plus être confondu avec les groupes de protestataires qui se rassemblaient parfois dans les environs.

L’un des signes que nous maintenions la distance voulue résidait précisément dans la réaction de bon nombre de participants à la parade. Il était fréquent que des gens nous demandent pourquoi Habad ne défilait pas. Certains exprimaient même leur déception de ne pas voir de char de Habad ni de représentants du mouvement prendre part au cortège. J’ai toujours trouvé ces remarques rassurantes, car elles montraient que les spectateurs ne nous considéraient pas comme faisant partie de la parade elle-même.

Ni drapeaux ni confusion

Durant les années où j’ai dirigé les Mitsva Tanks, j’ai également veillé à ce qu’aucun drapeau israélien ni aucun autre objet semblable ne soit placé sur nos stands. À l’occasion, des personnes ignorant cette règle ajoutaient de tels objets, et nous les faisions bien entendu retirer. Malheureusement, certains Loubavitch d’aujourd’hui semblent ignorer la ferme opposition du Rabbi au sionisme et supposent que de tels affichages seraient appropriés. Il est vrai que certains bahourim venus pour les Mivtsa’im participent effectivement à la parade ; mais cela n’a rien à voir avec les Mivtsa’im organisés par le Tsa’h.

De la même façon, nous évitions d’utiliser les autocollants bleu et blanc portant la mention « J’ai accompli une Mitsva pour Israël ». Lorsque de tels autocollants étaient imprimés, ils l’étaient en orange à la place. Cela donna lieu à quelques plaisanteries bon enfant, selon lesquelles Habad était venu protester contre l’évacuation du Goush Katif.

Une rumeur n’est pas une directive

Des personnes raisonnables peuvent diverger quant à l’interprétation de tel ou tel événement ou de telle ou telle conversation. Ce qui, en revanche, ne saurait être admis, c’est la pratique consistant à prendre une rumeur, à l’élever au rang de directive du Rabbi, puis à s’en servir pour accuser le Tsa’h ainsi que des Chlou’him et des bahourim dévoués d’agir à l’encontre des instructions du Rabbi.

Si nous nous soucions véritablement de suivre les directives du Rabbi, nous devons d’abord nous assurer que nos affirmations reposent sur des sources fiables, et non sur de simples ouï-dire.