Au cœur des heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, le courage n’attendait pas le nombre des années. Animé par un sens viscéral du devoir, le jeune Ray J. Kaufmann s’est engagé dans l’armée américaine à seulement 17 ans. Sur les champs de bataille d’Europe, il emportait avec lui bien plus que son paquetage : un héritage spirituel incarné par une simple mézouza. Voici le récit incroyable d’un héros discret dont la vie fut miraculeusement épargnée par la foi de sa mère, et dont l’héritage de bravoure continue de vivre, soixante ans plus tard, à travers son petit-fils.

 

 

Par Tzemach Feller 

 

L’Appel du Devoir Avant l’Âge

Alors que la guerre faisait rage en 1943, Ray J. Kaufmann savait ce qu’il avait à accomplir, et il n’allait pas laisser un simple détail comme son jeune âge se mettre en travers de son chemin.

« Il sentait que c’était de son devoir d’y aller, comme tout le monde à cette époque, et il en était fier », se souvient son fils Lenny. Les frères de Kaufmann servaient déjà sous les drapeaux, et son père s’était engagé comme policier auxiliaire.

À 17 ans, Ray J. s’engage dans l’armée américaine en mentant sur son âge pour être accepté. Après avoir terminé sa formation de base, il est envoyé en Europe. Dans ses affaires, une mézouza que sa mère lui avait confiée l’accompagne. Bien que les mézouzas soient traditionnellement fixées aux encadrements de portes, il arrive souvent qu’on en porte une sur soi ou qu’on la garde près de son lit en guise de protection. Le soldat de première classe Kaufmann, lui, portait sa mézouza dans un petit étui en métal accroché à une chaîne autour de son cou.

Un Miracle sur la Ligne Maginot

Alors que les Alliés repoussaient les forces allemandes, son unité a été déployée pour tenir un fort sur la Ligne Maginot, près de Metz, en France. Une nuit, à 1 heure du matin, le soldat Kaufmann est réveillé par ses camarades. Sortant de son trou de combat, on lui demande d’escorter un soldat malade jusqu’au poste de secours situé à l’arrière.

« Après environ 10 minutes de marche, j’ai entendu un tintement, comme si des bracelets ou des anneaux s’entrechoquaient », s’est remémoré Kaufmann dans ses mémoires. « J’ai ouvert ma veste pour voir si la chaîne de ma plaque d’identité et ma mézouza étaient à l’origine de ce bruit. Elles l’étaient. En les touchant, j’ai pu sentir l’endroit exact où elles venaient d’être endommagées. »

« Puis, je me suis évanoui. »

Kaufmann venait d’être touché à la poitrine par un éclat d’obus d’artillerie allemand de 88 millimètres. Lorsqu’il a repris connaissance, il se trouvait sur un brancard qu’on chargeait dans une ambulance.

« Une fois l’intervention chirurgicale terminée, alors que je me trouvais dans le service, on m’a expliqué qu’un éclat de 88 avait transpercé ma poitrine à une fraction de pouce de mon cœur, avait traversé mon poumon gauche, perforé mon diaphragme pour finalement se loger quelque part dans mes intestins », a-t-il écrit.

« Je suis convaincu que l’éclat a été dévié de mon cœur par ma mézouza. J’ai eu une chance inouïe d’être en vie. »

Le Retour du Héros et la Fondation d’un Foyer

Kaufmann est rentré chez lui en tant que vétéran hautement décoré. Il a reçu l’Étoile de bronze (Bronze Star) pour avoir transporté son camarade au poste de secours sous le feu ennemi, le Cœur violet (Purple Heart) pour ses blessures, et le Badge du fantassin de combat (Combat Infantryman Badge) pour son engagement direct contre l’ennemi.

Cependant, sa plus grande fierté restait sa famille. Il a transmis à ses enfants et petits-enfants cet amour du judaïsme qui lui avait littéralement sauvé la vie.

« Papa et Maman ont veillé à ce que nous, les six enfants, grandissions dans un foyer profondément juif, avec une forte connexion à la Yiddishkeit [l’identité et les valeurs juives] », a déclaré Bruce, l’un des fils de Ray J. « Nous nous levions chaque matin pour nous assurer d’avoir un miniane. Ils ont bâti de solides fondations juives qui ont été transmises à la génération suivante. »

Une Tradition de Service qui Traverse le Temps

Paradoxalement, Ray J. décourageait fermement ses enfants de suivre ses traces militaires. Lorsque son fils Avrum a envisagé de s’engager, Ray l’a averti : « L’armée n’est pas un endroit pour un garçon juif. »

« Mais Papa, tu t’es engagé, toi ! » s’est étonné Avrum.
« C’était différent à l’époque », lui a répondu Ray. « Il y avait quelque chose qu’il fallait absolument faire, alors je me suis levé et je l’ai fait. »

Soixante ans après que Ray ait raccroché son uniforme, le devoir a de nouveau appelé, et un autre Kaufmann a revêtu l’uniforme. haïm Barou’h Kaufmann, le petit-fils de Ray J., est aujourd’hui capitaine dans une division de réservistes parachutistes de Tsahal. La nature exacte de ses missions est classifiée, mais il perpétue l’esprit familial : fier de son identité juive, sans zèle aveugle pour la guerre, mais toujours prêt à se lever et à risquer sa vie pour son pays et pour le peuple juif.