Trois Mohélim d’Anvers font face à des poursuites pénales pour avoir pratiqué la Brit Mila, soulevant une tempête diplomatique internationale. L’ambassadeur américain en Belgique a dénoncé une « honte » et averti que cette affaire ne serait pas tolérée, tandis qu’Israël accuse Bruxelles de rejoindre une liste « infamante » de pays criminalisant la pratique du judaïsme.
Des perquisitions à l’origine de la crise
Un tribunal belge a prononcé des actes d’inculpation contre trois Mohélim d’Anvers, après qu’une enquête policière a été ouverte l’année précédente. En mai 2025, les forces de l’ordre avaient perquisitionné les domiciles de plusieurs Mohélim, dont ceux du Rav Aharon Eckstein et du Rav Mochè Landau, figures reconnues de la communauté. Lors de ces descentes, les couteaux rituels avaient été confisqués et les registres des circoncisions saisis. Les Mohélim sont aujourd’hui poursuivis pour avoir exercé un acte médical en l’absence d’un médecin agréé.
Les dirigeants juifs insistent sur un point fondamental : la Belgique n’a pas formellement interdit la Brit Mila, mais elle n’a jamais mis en place de voie légale permettant aux Mohélim qualifiés d’obtenir une certification. Cette lacune juridique expose les familles juives et les Mohélim à des poursuites pour l’accomplissement de l’une des Mitsvot les plus fondamentales de la vie juive.
Réactions israéliennes : une mise en demeure diplomatique
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Guideon Sa’ar, a condamné les inculpations sur le réseau X, écrivant que « la Belgique vient d’annoncer l’inculpation des trois Mohélim qui avaient été mis en cause l’année dernière à Anvers. » Il a ajouté : « Par cet acte, la Belgique rejoint une liste courte et honteuse, aux côtés de l’Irlande, des pays qui utilisent le droit pénal pour poursuivre des Juifs en raison de leur pratique du judaïsme. C’est une lettre écarlate sur la société belge. La Brit Mila est la pierre angulaire de la foi juive. »
Sa’ar a rappelé que de nombreux pays européens et dans le reste du monde ont mis en place des cadres juridiques garantissant la liberté religieuse juive à cet égard, et a appelé la Belgique à « agir immédiatement pour trouver une solution ».
Le Grand Rabbin ashkénaze d’Israël, Kalman Ber, s’est dit lui aussi « choqué » par les inculpations. Dans une lettre adressée à l’ambassade belge en Israël, il a écrit : « Il est profondément regrettable que ce pays rejoigne la liste peu flatteuse de ceux qui portent l’étendard d’une guerre contre le judaïsme, ce qui est universellement défini comme de l’antisémitisme. »
Washington hausse le ton
L’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, a réagi par une déclaration publique particulièrement ferme, qualifiant les poursuites de « honte indélébile pour la Belgique ». Il a écrit : « La poursuite de ces figures religieuses — des Mohélim, dont l’un est citoyen américain — est INJUSTE et ne sera pas tolérée. La Belgique sera désormais perçue comme antisémite aux yeux du monde entier. Tant que cette situation ne sera pas résolue, il n’y a pas d’autre façon de le voir. »
White a précisé que l’administration Trump « condamne cette décision judiciaire » ainsi que « l’inaction politique du gouvernement belge qui n’a pas su trouver une solution en concertation avec les belles communautés juives de Belgique ». Il a lancé un appel pressant : « Nous demandons au gouvernement belge de travailler avec les dirigeants et les communautés juives pour trouver immédiatement une solution de certification. Pour la réputation de la Belgique dans le monde, j’espère que le gouvernement belge agira MAINTENANT. » L’ambassadeur a également annoncé que de nouvelles déclarations suivraient après des rencontres avec les autorités belges.
Ce n’était pas la première fois que White intervenait sur ce dossier. Il avait déjà interpellé directement le ministre belge de la Santé, Frank Vandenbroucke, en lui enjoignant de créer une disposition légale permettant aux Mohélim juifs d’exercer leur mission : « Il faut créer une disposition légale permettant aux Mohélim religieux juifs d’exercer leurs fonctions ici en Belgique. C’est pratiqué dans tous les pays civilisés comme une procédure légale encadrée. »
Bruxelles campe sur ses positions
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a rejeté les critiques de Sa’ar, affirmant que la justice belge est indépendante et que la procédure avait été initiée à la demande de représentants de la communauté juive elle-même. Il a qualifié les accusations portées contre la Belgique de « diffamatoires » et assuré que la liberté religieuse « n’a jamais été remise en question et ne le sera jamais » dans son pays.
Sa’ar a répondu que Prévot « manquait complètement le cœur du problème » : « Cette enquête n’aurait jamais dû être ouverte si la question de la Brit Mila avait été réglementée comme dans d’autres pays européens qui respectent la liberté religieuse juive. Cela est d’autant plus vrai dans un pays abritant l’une des plus anciennes communautés juives d’Europe. »
Un vide juridique que d’autres pays ont comblé
La revendication d’un cadre légal est devenue l’enjeu central de cette bataille. Les dirigeants juifs ont cité l’exemple de l’Allemagne, où le gouvernement a adopté une loi après qu’une décision judiciaire de 2012 avait menacé la circoncision religieuse, autorisant explicitement les Mohélim formés à pratiquer la Brit Mila dans des conditions encadrées. D’autres pays européens ont également instauré des systèmes de reconnaissance, de supervision ou d’accréditation. La Belgique, elle, n’a ouvert aucune voie de certification à ses Mohélim.
Les représentants juifs européens tirent la sonnette d’alarme
Le Rav Mena’hem Margolin, président de l’Association juive européenne, a réagi avec une vivacité particulière, qualifiant les poursuites d’« antisémites par nature » et avertissant que la vie juive en Belgique devenait de plus en plus intenable. « Une nouvelle ligne rouge a été franchie, a-t-il déclaré. Ces poursuites sont antisémites par nature. Pas à la limite, pas de manière ambiguë — antisémites. »
S’adressant directement à Prévot, le Rav Margolin a écrit que les responsables belges « bafouaient déjà nos droits » et a rappelé que ces inculpations surviennent après l’interdiction de la che’hita casher dans plusieurs régions du pays. « Vous et vos collègues du gouvernement ne vous souciez pas des Juifs de Belgique. Point final. C’est pourquoi l’abattage rituel casher est interdit en Belgique. Maintenant, c’est la circoncision qui est également visée, et les Mohélim sont accusés sur la base d’allégations absurdes et sans fondement. »
Il a conclu par un avertissement solennel : « Les Juifs de Belgique devront se préparer à émigrer si le gouvernement les force à choisir entre vivre en tant que Juifs et demeurer en Belgique. »
Une confrontation diplomatique d’ampleur internationale
L’affaire a désormais pris une dimension de crise diplomatique majeure. Des responsables israéliens, américains et des dirigeants juifs européens font front commun pour exiger de Bruxelles qu’elle mette fin aux poursuites et établisse un cadre juridique clair permettant aux Mohélim qualifiés de continuer à pratiquer la Brit Mila sans risquer d’être traduits en justice. La pression internationale s’intensifie, et la Belgique se retrouve isolée face à un concert de condamnations sans précédent.















