La communauté juive de Sarcelles a vécu le mardi 6 mai 2026 (18 Iyar 5786) une journée d’exception avec la 39e Grande Parade de Lag BaOmer, l’une des plus grandes manifestations juives de France. Des milliers d’enfants issus d’une dizaine d’établissements scolaires d’Île-de-France ont défilé dans les rues du quartier de la Petite Jérusalem, portant flambeaux, chants et psoukims dans une atmosphère de joie et d’unité. Organisé par les institutions Loubavitch de Sarcelles et du Val-d’Oise, sous la direction du Rav Yaakov Biton, Chalia’h du Rabbi pour cette région depuis plus de trente ans, l’événement a réuni personnalités politiques, responsables communautaires et représentants religieux autour d’un message commun : la lumière de la Torah ne s’éteint jamais.
Un miracle de plus : la pluie tient sa promesse de ne pas tenir la sienne
Depuis des années, l’échange est devenu rituel entre David, le commentateur du direct, et Chalom Biton, le directeur logistique de l’événement. « Méfie-toi, il risque de pleuvoir », lance l’un. « Non, il ne pleuvra pas », répond l’autre. Et chaque année, Chalom Biton a raison. En ce mardi matin de mai 2026, malgré des prévisions météorologiques défavorables qui avaient contraint l’organisation à déplacer l’après-midi festif au Salon Venise en prévision de la pluie, le ciel s’est dégagé pour laisser défiler les enfants sous une lumière douce et généreuse. « Une fois de plus, miracle, il ne pleut pas », a constaté le commentateur depuis sa régie mobile, tandis que des centaines d’élèves en uniformes colorés prenaient position dans les rues.
Ce souffle protecteur, la communauté ne l’attribue pas au hasard. Depuis 39 ans, l’événement a traversé orages, canicules, confinement et vents contraires sans jamais s’interrompre. Même en période de Covid, la parade avait été maintenue dans une forme adaptée, les familles aux fenêtres saluant le cortège dans le respect des distances. « C’est important pour la ville, c’est important pour la communauté de se retrouver dans des moments comme ça », a résumé le commentateur, et nul n’était en mesure de le contredire.
Le upshernish : premiers cheveux coupés, premières Mitsvot
La journée s’est ouverte par l’une des traditions les plus émouvantes de Lag BaOmer : la cérémonie du upshernish, la première coupe de cheveux des garçons de trois ans. Noam, Nan et un troisième enfant dont le prénom n’a pas été capté par les micros, tous âgés de trois ans, ont pris place sur une chaise devant l’assemblée réunie. Leurs pères ont procédé au geste symbolique sous les applaudissements nourris de la foule, après une courte exhortation de l’animateur rappelant que le Rabbi lui-même, par-delà le temps et l’espace, accompagnait de son regard ces enfants entrant dans la vie des Mitsvot.
« À partir d’aujourd’hui, on va leur mettre un talit katan et ils vont faire la prière », a expliqué l’animateur avec une simplicité chaleureuse, avant de souhaiter aux parents de « couper encore beaucoup d’autres cheveux ». Des bonbons ont été lancés depuis les gradins, perpétuant la tradition de l’ange Michaël, et des pièces d’or symbolisant le poids des cheveux coupés ont été évoquées dans l’émotion générale.
Les psoukims : douze versets pour faire s’écarter les nuages
Vint ensuite la récitation des psoukims, douze versets bibliques que le Rabbi avait demandé aux enfants d’apprendre et de proclamer lors des rassemblements publics. « C’est important parce que le Rabbi l’a demandé, et c’est surtout important parce qu’on sait que ces versets ont une force spirituelle qui peut bouleverser les nuages dans le ciel », a déclaré l’animateur en introduisant cette séquence.
Des élèves de plusieurs établissements — Gan Guivat Israël, collège Otsar HaTorah, écoles Schnor — se sont succédé au micro pour réciter, à deux voix ou en chœur, le Chema Israël, Berechit, Yaagati et les autres versets du programme. L’animateur commentait chacun d’un mot de sagesse : « Quand on fait quelque chose, il faut savoir que Hachem est avec nous, il nous regarde et il nous encourage. Il ne faut avoir peur de personne, de rien. » La séquence s’est conclue sur une prière collective pour la délivrance, récitée face aux ballons que les enfants s’apprêtaient à lâcher vers le ciel.
Les discours des personnalités : unité, transmission et gratitude
Après les psoukims, la parole a été donnée aux responsables institutionnels et politiques. Le Chalia’h du Rabbi, Rav Yaakov Biton, dont la voix porte trente-neuf ans d’histoire dans cette ville, a ouvert le bal en rendant grâce à D.ieu pour le beau temps, en remerciant l’ensemble des donateurs, bénévoles, forces de l’ordre et équipes municipales, et en rappelant la signification du jour : « C’est aujourd’hui le matin de la Torah intérieure que Rabbi Chimon nous a révélé dans les parties les plus cachées, les plus intimes. »
Le Grand Rabbin Chalom Beros, Grand Rabbin de Sarcelles et du Val-d’Oise, a livré un discours centré sur la leçon de vie de Rabbi Chimon bar Yohaï : « L’exigence envers soi et la tolérance envers les autres. C’est ce que Rabbi Chimon nous apprend et en même temps ce que le mouvement Habad nous enseigne exactement. »
Moïse Carloun, président de la communauté juive de Sarcelles, a insisté sur la dimension civique de la fête, en saluant chaleureusement le nouveau maire Bassi Konaté pour son soutien sans faille : « C’est un enfant de Sarcelles qui est aujourd’hui à la tête de cette ville et qui a voulu que rien ne change. »
Le maire en personne a pris le micro avec une sincérité manifeste, déclarant avoir appris dès sa jeunesse à reconnaître les belles illuminations de la parade depuis sa fenêtre. « Le feu de Lag BaOmer, c’est la flamme de la fraternité, de l’unité, de la solidarité et du partage », a-t-il dit en récitant avec application une prière apprise pour l’occasion, sous les applaudissements enthousiastes de la foule.
David Eydia, directeur de l’action scolaire du Fonds Social Juif Unifié, et le Rav Yossef Its’hak Pevsner, directeur général des institutions Sinaï, ont également pris la parole pour souligner que la grandeur de cet événement repose avant tout sur la qualité de l’éducation transmise au quotidien dans les écoles juives d’Île-de-France.
Le défilé des chars : chaque roue porte un message
Puis le cortège s’est élancé. Des dizaines d’écoles et institutions — Schnor, Sinaï (qui regroupe six établissements parisiens), Gan Guivat Israël, l’école de la Gan Colombe de Courbevoie, la Yéchiva de Brunoy, Zaratoura et bien d’autres — ont pris place dans l’avenue Albert Camus puis dans la rue Raymond Lamontagne, constituant un cortège de chars, de clowns, d’échassiers et de petits trains qui a sillonné le quartier de la Petite Jérusalem pendant plusieurs heures.
Le char des institutions Sinaï représentait les Chlou’him du Rabbi envoyés aux quatre coins du monde, avec en son centre une grande photo du rassemblement annuel des émissaires, rappelant que plus de 6 000 Chlou’him sont aujourd’hui présents de Sarcelles à l’Australie, du Maroc à l’Amérique du Sud. Le char de l’école de Courbevoie était dédié à l’étude quotidienne du Maïmonide, illustrant les trois formules d’apprentissage — un chapitre, trois chapitres par jour — que l’application numérique permet désormais de suivre partout. Un autre char évoquait l’histoire du grand maître qui, en plein Yom Kippour, avait interrompu sa prière pour venir en aide à une jeune mère en détresse, incarnant ainsi le principe que le secours prochain prend le pas sur tout.
À travers chaque décoration, chaque banderole, chaque mascotte, le commentateur rappelait inlassablement la dimension spirituelle : « Ce n’est pas du tout juste décoratif. Il y a du sens à travers toutes les décorations qu’on peut y trouver. »
Rav Mendel Biton et David : dialogue en direct sur le sens d’une fête
Depuis leur cabine de régie mobile, le commentateur David et le Rav Mendel Biton ont entretenu tout au long du défilé un échange nourri sur la signification de Lag BaOmer. Rav Mendel a rappelé les deux raisons principales de cette fête : d’une part, la cessation des décès parmi les 24 000 élèves de Rabbi Akiva, qui avaient péri pour n’avoir pas suffisamment honoré leurs compagnons d’étude — une leçon intemporelle sur le respect mutuel ; d’autre part, le hilloula de Rabbi Chimon bar Yohaï, l’élève rescapé qui, après treize ans de refuge dans une grotte, avait émergé pour révéler les secrets de la Torah à travers le Zohar, le grand livre de la kabbale.
« Rabi Chimon avec la lumière du Zohar va nous expliquer la profondeur qu’il y a derrière chaque chose, la positivité et la pensée de D.ieu du pourquoi de toutes ces choses-là. Et quand tu apprends la Torah à la lumière de Rabbi Chimon, toute la Torah brille », a expliqué le Rav Mendel.
Sur le sens de la parade elle-même, il a évoqué le terme hébreu taloua — avancer, prendre l’élan : « Tu ne restes pas statique dans un endroit, tu avances. Il faut toujours progresser. C’est l’idée de l’enfant, l’idée de l’élève. »
L’incubateur, le club ados, la Yéchiva : la relève de Sarcelles
Parmi les chars qui ont suscité le plus de commentaires, celui de la Yéchiva Tiféret Bahourim de Sarcelles mettait à l’honneur deux programmes en plein essor : le club adolescents, qui accueille désormais quelque 80 jeunes sur quatre semaines chaque été, venus de toute l’Île-de-France et au-delà, et l’incubateur technologique dirigé par Dan Benny, dont les effectifs ne cessent de croître et qui permet aux jeunes de concilier compétences numériques et valeurs juives.
« Il y a toujours quelque part dans toute association un peu l’ADN de Sarcelles qui ressurgit », a observé Rav Mendel avec un sourire, rappelant qu’une bonne partie du char des institutions Sinaï avait été construite par des enfants de Sarcelles. La transmission, d’une génération à l’autre, est peut-être le vrai sujet de cette journée.
Les campagnes du Rabbi : un rappel en direct depuis la régie
À l’approche de la clôture du direct, Rav Mendel Biton a tenu à rappeler l’ensemble des campagnes du Rabbi pour enrichir la vie juive au quotidien. Il a évoqué l’importance de poser les Téfilines chaque jour, de placer une Mezouza à chaque porte, d’étudier la Torah au maximum de ses capacités, de glisser une pièce de Tsedaka dans la boîte avant chaque prière — sauf Chabbat et jours de fête —, de remplir sa maison de livres de Torah, d’observer les règles de pureté familiale et de la cacherout, d’allumer les bougies de Chabbat et de Yom Tov, d’étudier le Rambam selon le programme institué par le Rabbi il y a plus de quarante ans, d’acquérir une lettre dans le Sefer Torah des enfants inscrit à Jérusalem sur le site kidsora.org, et de célébrer son anniversaire hébraïque à travers l’étude et le rassemblement familial.
Il a conclu sur la campagne de la rédemption — Machia’h — en soulignant que chaque acte accompli aujourd’hui contribue à précipiter la révélation du roi Machia’h : « Ce qui va précipiter d’une manière exceptionnelle la révélation du Machia’h, c’est de faire des cours de Torah sur la délivrance, comprendre ce qui va se passer, comment le monde va changer. »
39 ans et toujours debout : l’histoire d’une tradition sarcelloise
La première parade a eu lieu il y a trente-neuf ans, dans des conditions rocambolesques : le Rav Yaakov Biton avait organisé l’événement sans autorisation préalable, et Raymond Lamontagne, maire de l’époque, l’avait quelque peu grondé. Depuis, tous ses successeurs — Dominique Soscan, François Pupponi, Patrick Hadad et aujourd’hui Bass Konaté — ont non seulement toléré mais activement soutenu l’événement, renouvelant chaque année les subventions nécessaires à son organisation.
« La mairie de Sarcelles sera toujours au côté de la communauté pour célébrer, pour accompagner tous les événements. C’est la tradition sarcelloise », a déclaré le maire actuel, dont l’implication a été saluée par tous les orateurs. En coulisses, c’est Chalom Biton qui tient les rênes logistiques depuis une dizaine à quinze ans, coordonnant six à sept caméras, des écrans géants dans les rues, des dizaines de bénévoles et des centaines de mètres de barrières pour sécuriser le parcours. Joint en audio depuis sa régie en fin de direct, il a résumé son état d’esprit avec une économie de mots caractéristique : « C’est une question de détermination pour le bien de la communauté, des enfants, de la communauté juive de France en généralité. »
Clôture et rendez-vous au Salon Venise
Lorsque le cortège a bouclé sa boucle et que les trompettes et tambours sont apparus à nouveau devant la tribune, signalant la fin du défilé, le commentateur a pris congé avec une émotion contenue, remerciant l’ensemble de l’équipe technique, les forces de l’ordre, la mairie et, en premier lieu, Chalom Biton et ses équipes pour « un spectacle exceptionnel qui rassemble énormément de monde ». La grande parade 5786 (2025-2026) était officiellement terminée — mais la journée, elle, ne l’était pas encore.
L’après-midi festif s’est poursuivi au Salon Venise, où jeux, spectacles et convivialité attendaient les familles, dans la continuité d’une journée qui, quarante années durant, n’a jamais cessé de prouver que la joie de Lag BaOmer résiste à tout : à la pluie, au vent, au Covid et aux prévisions météorologiques. L’année prochaine, la parade de Sarcelles soufflera sa 40e bougie. Les surprises sont d’ores et déjà annoncées.
















