À l’occasion du Mélavé Malka du Motsaé Chabbat de la Paracha A’haré-Kedochim 5786 (2026), le Rav Chmouel Rabinovitch chli’ta a livré un enseignement profond sur l’essence même de la sainteté juive, fondé sur les notes laissées par son père, le Rav Hillel Rabinovitch z’l. Partant du commentaire surprenant de Rachi sur le verset « Soyez saints », il dévoile la tension féconde qui anime les deux versants de l’amour du prochain : la retenue qui empêche de blesser et l’élan qui élève autrui. À travers les figures d’Aharon le Cohen, de Yossef le Tsadik et les enseignements du Rabbi de Loubavitch, se déploie une vision où chaque petit geste positif porte une portée éternelle.
Rav Chmouel Rabinovitch
Commentaire fondé sur les notes laissées par son père, le Rav Hillel Rabinovitch z’l.
Pourquoi un repas après Chabbat ?
Le Choul’han Aroukh enseigne que tout homme doit instituer un repas à l’issue du Chabbat : c’est le Mélavé Malka, « l’accompagnement de la Reine ». Quel est le sens de ce repas ?
De même qu’il faut se préparer avant le Chabbat — « celui qui s’est donné de la peine la veille de Chabbat mangera Chabbat » (Avoda Zara 3a) —, il faut aussi, à son issue, en récolter les fruits. Le Chabbat est la source de sainteté pour tous les jours qui suivent, et chaque Paracha irradie sur les jours qui l’entourent, du mercredi qui précède au mercredi qui suit. Récolter les fruits du Chabbat ne se limite pas à manger, boire et se reposer : il s’agit de prolonger la sainteté du jour saint au coeur de la semaine. Tel est le sens profond du Mélavé Malka : escorter la Reine jusque dans la semaine à venir.
Et puisque nous lisons la Paracha Kedochim, méditons sur la sainteté qu’elle évoque.
Chapitre 1 : « Soyez saints » selon Rachi
La Paracha s’ouvre sur ces mots : « Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et tu leur diras : soyez saints, car saint Je suis, l’Éternel votre Dieu » (Vayikra 19, 2).
À première lecture, dire « sois saint » à un homme semble lui demander de prier davantage, d’étudier davantage, de viser plus haut. Or Rachi prend le contre-pied : « Soyez saints — séparez-vous des unions interdites et des transgressions, car partout où tu trouves une barrière dressée contre la débauche, tu trouves la sainteté. »
Trois questions se posent. L’union interdite paraît être ce qui s’éloigne le plus de la sainteté : pourquoi est-ce de là qu’on déduit la sainteté la plus élevée ? Pourquoi Rachi emploie-t-il une formulation négative — « séparez-vous » — plutôt que d’évoquer une oeuvre positive ? Et pourquoi écarter ici l’étude et la prière, qui sont des actes positifs ?
L’explication tient en deux points.
D’abord, la sainteté n’est pas une réalité que l’homme acquiert de l’extérieur. Le Juif est déjà attaché au Saint béni soit-Il dès l’origine : « la part de l’Éternel est Son peuple », « une part divine d’en haut ». Ce qui lui est demandé, c’est de ne pas abîmer cet attachement. D’où le langage de la séparation : l’essentiel du travail consiste à se retirer de ce qui contredit la sainteté.
Ensuite, le verset poursuit : « car saint Je suis » — c’est-à-dire « Je suis séparé », car kedoucha signifie séparation. Le Saint béni soit-Il dit en quelque sorte : puisque Je suis séparé du monde,
soyez vous aussi séparés des transgressions, et vous serez saints. L’agir ne procède pas alors de la compréhension propre de l’homme, mais du décret de la sagesse divine.
Le Baal Hatourim ajoute une parole admirable : si l’homme se garde du péché, plus aucun péché ne lui adviendra par sa main, et on le sanctifie d’En Haut. Sa décision même de tenir ferme suscite cette sanctification. La première question se résout ainsi : la « barrière dressée contre la débauche » est précisément le lieu de la sainteté parce que là où le penchant attaque l’homme avec violence, sa victoire révèle la part divine en lui.
Chapitre 2 : « Tu aimeras ton prochain » — une apparente contradiction
Plus loin, on lit : « Tu n’iras pas en colportant des médisances parmi les tiens… tu ne resteras pas inerte sur le sang de ton prochain… tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancune contre les enfants de ton peuple ; tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis l’Éternel » (Vayikra 19, 16-18).
Sur ces versets, les commentateurs semblent se contredire — et résoudre cette contradiction, c’est toucher à la racine du sujet.
L’amour en acte. La Torat Cohanim enseigne : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même — Rabbi Akiva a dit : c’est là un grand principe de la Torah. » Le Rambam tranche dans le même sens (Hilkhot Déot 6, 3) : « C’est une mitsva pour tout homme d’aimer chacun d’Israël comme lui-même. Il doit dire ses louanges, veiller sur son bien comme il veille sur le sien et désire son propre honneur. » L’amour requis est ici positif : aider, prendre soin, faire du bien.
La parole de Hillel. À l’inverse, la Guemara (Chabbat 31a) rapporte qu’un non-Juif vint trouver Hillel et lui demanda : « Enseigne-moi toute la Torah pendant que je me tiens sur un pied. » Hillel répondit : « Ce qui t’est haïssable, ne le fais pas à autrui — voilà toute la Torah, et le reste n’en est que le commentaire ; va et étudie. »
La difficulté est sérieuse. Le Rambam parle au mode positif — « aider, prendre soin » —, Hillel au mode négatif — « ne fais pas à autrui ». Et Hillel affirme que c’est là toute la Torah, sans rien dire du versant positif. Plus encore : la Torah elle-même emploie « tu aimeras », au mode positif. Pourquoi Hillel ramène-t-il alors son commentaire à la négation ?
Une indication apparaît dans l’agencement même des versets. La Paracha s’ouvre par des interdits : « tu n’iras pas colporter », « tu ne resteras pas inerte », « tu ne te vengeras pas » — toutes formulations négatives. Et c’est seulement après que vient « tu aimeras ton prochain comme toi-même », comme une suite et un fruit de ce qui précède.
C’est exactement ce que dit Hillel : « voilà toute la Torah, et le reste n’en est que le commentaire ». Notons le choix de ses mots : il ne dit pas que la négation est seulement un « fondement » ou un « commencement », mais qu’elle est « toute la Torah ». Pourquoi ? Parce que le versant positif est en réalité contenu dans le versant négatif : celui qui se garde vraiment de blesser son prochain parvient nécessairement à un amour positif. La retenue authentique prépare l’élan, et les deux sont inséparables. Cette articulation s’éclairera au chapitre 6, après qu’on ait clarifié l’amour en acte.
Chapitre 3 : Aharon le Cohen, ou l’amour en acte
La grandeur de l’amour d’Israël dans son versant positif se révèle chez Aharon le Cohen. Dans la Paracha Chemot, le Saint béni soit-Il dit à Moché Rabbenou au moment de sa mission : « Voici Aharon ton frère, le lévite, Je le sais, parlera à ta place ; et le voici qui sort à ta rencontre et te verra et se réjouira en son coeur » (Chemot 4, 14).
Rachi explique : contrairement à ce que tu pensais — qu’Aharon, le frère aîné, t’en voudrait d’avoir été choisi pour la grandeur —, il se réjouit au contraire de ta joie. Et Rachi ajoute : c’est par cette force qu’Aharon mérita le pectoral porté sur sa poitrine, « et de là, Aharon mérita la parure du pectoral porté sur le coeur ».
Nos Sages enseignent (Zeva’him 102a), et les commentateurs le précisent (Rabbenou Be’haïe et Or Ha’haïm), que Moché Rabbenou aurait dû recevoir la prêtrise en premier ; c’est uniquement parce qu’Aharon s’est sincèrement réjoui de la grandeur de son frère qu’il mérita la grande prêtrise.
Le Ramban nuance : « Je sais qu’il parlera » — il M’est révélé qu’il parlera en ta faveur de bon coeur, par amour pour toi, même si Je ne le lui avais pas commandé. La preuve : il sort de lui-même à ta rencontre et se réjouit en son coeur, sans te jalouser pour cette mission précieuse.
L’amour d’Israël comporte donc une dimension positive entière : se garder du mal ne suffit pas, il faut accomplir le bien — se réjouir de la joie du prochain et lui faire du bien.
Chapitre 4 : Le messager et le rav
Le Rabbi rapporte, dans une de ses Farbrenguens, au nom de son maître et beau-père, le précédent Rabbi (le Rayatz), un récit qui éclaire ce caractère positif.
Un jeune homme fut envoyé en mission par le précédent Rabbi dans une certaine ville, avec d’autres jeunes gens. Il entra à la synagogue, prit la parole devant la communauté, puis rencontra des personnes en privé. Il rentra chez lui sans avoir le sentiment d’avoir accompli quoi que ce soit de notable.
Quelque temps plus tard, le précédent Rabbi reçut une lettre du Rav de cette ville : « J’ai eu honte de moi-même après avoir vu ce jeune homme parler avec tant de beauté à la communauté et l’unifier ainsi. Il m’a fallu deux ou trois mois pour intérioriser ce que je devais faire. Jusqu’alors, je prononçais des discours et j’accomplissais ma fonction — mais seulement comme un commandement appris machinalement. Je ne m’approchais pas véritablement des membres de la communauté. Après avoir vu un jeune homme parler avec une telle force et rapprocher chacun, j’ai compris qu’il me revient d’aller vers chaque membre, de me rapprocher de chacun et d’aimer chacun. Jusqu’ici, j’avais accompli ma tâche de manière qu’on ne puisse rien me reprocher, mais je ne l’avais pas accomplie de manière positive. »
Un grand principe se dégage de ce récit : on croit parfois n’avoir rien fait de notable, sans savoir qu’une parole bonne, un seul élan positif peut porter du fruit pour des générations. Que l’on ne méprise donc pas les petites choses : le moindre geste de rapprochement a une valeur immense.
Le Rabbi a souligné un autre point : même celui qui se contente de s’abstenir du mal a déjà accompli quelque chose de grand. À plus forte raison celui qui pose un acte positif et rapproche autrui — la portée n’en a pas de mesure.
Chapitre 5 : La mesure du bien dépasse celle du châtiment
Pour saisir la force propre d’une action positive, il faut revenir à un principe de nos Sages : le Saint béni soit-Il agit avec Ses créatures « mesure pour mesure », à ceci près que la mesure du bien dépasse de beaucoup celle du châtiment.
Le fondement en est démontré par les versets des Dix Paroles (Chemot 20, 5-6) : « Il visite la faute des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération de ceux qui Me haïssent » — quatre générations ; « et Il fait grâce à des milliers de générations à ceux qui M’aiment » — au moins deux mille générations, car le pluriel hébraïque alafim en désigne le minimum. La mesure du bien excède donc celle du châtiment dans une proportion d’un pour cinq cents. Rachi l’écrit ainsi : « la mesure du bien est supérieure à la mesure du châtiment dans la proportion d’un à cinq cents, car celle-ci est de quatre générations et celle-là de mille » — ce que confirme la Tossefta Sota (4, 1).
De là un principe décisif : toute action positive envers son prochain pèse beaucoup plus que toute action négative. Plusieurs récits l’illustrent qualitativement.
Myriam et Moché. La Guemara au traité Sota (11a) rapporte que Myriam la prophétesse veilla sur Moché Rabbenou, alors nourrisson sur le fleuve : « et sa soeur se tint à distance pour savoir ce qu’il en serait de lui » (Chemot 2, 4). Selon le calcul de la Guemara, elle ne se tint là qu’une heure. En contrepartie, mesure pour mesure, lorsqu’elle fut frappée plus tard de la lèpre dans le désert, tout Israël retarda son voyage pour elle pendant sept jours entiers — « et le peuple ne partit pas avant que Myriam n’eût été recueillie » (Bamidbar 12, 15).
La Guemara objecte : « est-ce comparable ? Là, c’était une heure ; ici, c’est sept jours ! » Et elle conclut : « la mesure du bien est plus abondante que celle du châtiment ». Le récit de Myriam vient comme une illustration qualitative du principe, sans calcul exact — celui-ci provenant des versets des Dix Paroles. Toute action, même petite, qu’un homme accomplit envers son prochain a donc un poids considérable.
Yossef et Moché. La Guemara apporte une autre preuve (Sota 13a-b), tirée de la grandeur de Yossef le Tsadik. Yaakov notre père appela Yossef et lui fit prêter serment : « ne m’enterre pas, je te prie, en Égypte » (Béréchit 47, 29). Yossef mérita d’enterrer son père, et nul frère plus grand que celui qui ramène son père à la sépulture familiale.
À l’inverse — « et Moché prit les ossements de Yossef avec lui » (Chemot 13, 19). Au moment où tout Israël s’occupait des objets d’argent et d’or des Égyptiens, Moché Rabbenou s’occupait des ossements de Yossef. Et nos Sages ont dit : qui est plus grand que Moché — lui dont le Saint béni soit-Il en personne s’est occupé de la sépulture, « et Il l’enterra dans la vallée » (Devarim 34, 6).
Les commentateurs précisent que les autres tribus firent elles aussi monter leurs cercueils en Terre d’Israël, et il est connu que les sépultures des tribus s’y trouvent. Quel est donc la singularité du cercueil de Yossef, qui voyageait au côté de l’Arche sainte dans le désert ?
Ce cercueil portait un message particulier : enseigner à Israël la grandeur de Yossef le Tsadik, qui pardonna à ses frères et qui, loin de se venger, se conduisit envers eux avec un amour entier.
Le Saint béni soit-Il a payé Yossef mesure pour mesure : comme Yossef s’était occupé de son père, ainsi Moché s’occupa-t-il de Yossef. Plus encore : deux arches cheminaient ensemble dans le désert, l’arche de Yossef et l’arche sainte. Le Yerouchalmi Berakhot (2, 3) et le Talmud de Babylone (Bava Kama 17a) rapportent qu’on disait à ce sujet : « celui-ci a accompli ce qui est écrit dans celle-là » —
Yossef a accompli en actes ce qui est écrit dans l’arche de la Torah. Israël apprit ainsi quelle sainteté repose dans l’amour du prochain : un homme peut mériter par là d’accompagner l’arche de l’Alliance.
Le langage du Tanya. Sur ce point, l’Alter Rabbi écrit dans le Tanya, à la fin du chapitre 12 du Likoutei Amarim, au nom du Zohar : il faut apprendre de Yossef avec ses frères à se conduire avec eux selon la mesure ultime de la bonté. Non seulement l’homme ne se vengera pas — à Dieu ne plaise — et ne rendra pas le mal pour le mal, mais bien au contraire, il « rendra du bien aux fauteurs ». Voici le langage du Tanya : « se conduire avec eux avec la qualité de bonté et d’affection extrême connue à son égard, supporter venant de lui jusqu’à l’extrême limite et ne pas se mettre en colère, à Dieu ne plaise… mais au contraire, rendre du bien aux fauteurs, ainsi qu’il est écrit dans le Zohar qu’il faut apprendre de Yossef avec ses frères ». Telle est la qualité de l’amour d’Israël en mode positif.
Chapitre 6 : La racine de la vengeance et l’amour véritable
Revenons au fondement des paroles de Hillel l’Ancien et expliquons pourquoi c’est précisément le versant négatif qui constitue « toute la Torah ».
À première vue, c’est étonnant : on parle de « tu aimeras ton prochain » — un amour positif, un désir d’aider l’autre et de l’élever —, et voici que Hillel s’arrête à la négation : « ne fais pas à autrui ». Pourquoi ?
C’est précisément à partir du versant négatif que l’homme apprend la profondeur du versant positif. La retenue authentique est elle-même « toute la Torah », car l’élan positif y est déjà contenu. Celui qui se garde vraiment de blesser son prochain a déjà ressenti dans son coeur la douleur de l’autre comme la sienne, et il en arrive nécessairement à l’aimer positivement.
Deux hommes peuvent être amis dix, vingt, trente ans, et en un instant, sur un événement infime, le bon ami devient un ennemi total. De même entre frères : qu’une affaire d’héritage survienne — à Dieu ne plaise — et ils ne peuvent plus se parler. Tout cela cède devant un peu d’argent qui, hier encore, ne leur appartenait même pas, et c’est par lui que toute la querelle s’allume.
Il en va de même dans les petites choses : « Tu ne m’as pas invité au mariage — je ne t’inviterai pas non plus. » « Tu ne m’as pas rendu service — moi non plus. » « Je n’ai pas reçu d’invitation, alors pourquoi y aller ? » Ces formules entendues toute la journée prouvent à quel point la vengeance est une force puissante, dont l’homme se libère difficilement.
La profondeur de la vengeance et de la rancune se révèle même chez les frères de Yossef. Après que Yossef eut emmené Yaakov et l’eut enterré, ils lui dirent : « ton père a ordonné avant sa mort » (Béréchit 50, 16) — et les commentateurs débattent pour savoir si Yaakov l’avait réellement dit ou si les frères l’ont avancé « pour les voies de la paix ». On apprend ici à quel point l’instinct de vengeance et de rancune est ancré dans l’homme : même après que Yossef eut prouvé son amour en actes et peiné à enterrer leur père, ils craignaient encore en eux-mêmes qu’il puisse se venger. La vengeance touche au plus profond de l’âme.
Le Tsema’h Tsedek. Dans ses discours sur « tu aimeras ton prochain comme toi-même » — voir longuement le Derekh Mitsvotekha à la mitsva d’amour d’Israël —, l’Admour le Tsema’h Tsedek développe une lecture remarquable. On peut demander : « comme toi-même » — toi-même, c’est toi ; comment exiger d’un homme qu’il aime son prochain comme lui-même au sens strict ?
Le Tsema’h Tsedek pose alors une question : pourquoi est-ce justement quand quelqu’un nous blesse que la douleur est si vive qu’on ne peut plus le voir ? Et pourquoi un proche — épouse ou enfant — blesse-t-il davantage qu’un étranger ? Parce que tant que l’homme aime l’autre et le ressent comme une partie de lui-même, le blesser revient pour lui à se voir amputé : la rupture avec l’autre est une rupture avec soi.
Voilà le degré du « tu aimeras ton prochain comme toi-même » : ressentir l’autre comme une partie de soi. Le versant positif s’apprend précisément à partir du versant négatif : en mesurant à quel point la vengeance touche au coeur, l’homme apprend à quel point il doit s’attacher à ses prochains. L’amour n’est véritable que lorsque l’autre est tenu pour soi-même au sens le plus strict. Les paroles de Hillel se résolvent ainsi : la négation profonde contient déjà en elle l’affirmation.
Chapitre 7 : Le Rav Greenblatt et la valeur des petites choses
Voici un autre récit rapporté au nom du Rabbi, qui éclaire ce point sous un angle différent. Lorsque le Rav Greenblatt d’Argentine était jeune homme, il entra en yé’hidout chez le Rabbi et lui dit qu’il étudiait avec untel et avec untel, mais qu’il n’avait pas le sentiment d’accomplir quoi que ce soit de notable.
Le Rabbi lui répondit : « Lorsque tu étudies avec quelqu’un et accomplis une action positive, tu ne peux pas mesurer combien tes paroles peuvent agir pour des générations. Une seule parole bonne, un seul élan positif — que nul ne méprise les petites choses. »
Non seulement celui qui reçoit ne mesure pas la profondeur de ce qu’il a reçu, mais celui-là même qui transmet ne mesure pas la portée de ce qu’il donne.
C’est ce qui a été dit plus haut : la mesure du bien dépasse celle du châtiment dans la proportion d’un à cinq cents — la récompense reçue pour une action positive excède de loin la sanction qui pourrait répondre à une action négative, comme Rachi l’a démontré à partir des versets des Dix Paroles. La plus petite action positive l’emporte donc sur toute action du côté du châtiment. C’est ce que dit le Rabbi : que l’homme ne méprise pas les petites choses, car le moindre acte positif dépasse tout ce qui relève du négatif.
Conclusion : du Chabbat à la semaine, par l’amour d’Israël
Reprenons notre cheminement dans la Paracha Kedochim et rattachons-le au Mélavé Malka.
« Soyez saints, car saint Je suis, l’Éternel votre Dieu » — le Saint béni soit-Il dit à Israël : soyez saints, puisque vous avez « une part divine d’en haut » et que vous M’êtes attachés. Vous devez vous élever davantage que la nation, qui n’a pas cette part divine et pour laquelle la sainteté n’est pas une qualité propre. Israël, qui porte en lui une part divine d’en haut, possède la force de surmonter toutes les blessures, de « ne pas se venger ni garder rancune », et au contraire d’accomplir des actes positifs.
Tel est le sens même du Mélavé Malka : prendre la sainteté du Chabbat, dans laquelle nous avons mérité de nous élever et de méditer sur les sujets spirituels, et la prolonger jusque dans les jours profanes par un amour d’Israël en acte — par la retenue qui refuse la vengeance comme par l’élan qui porte l’autre. L’Arizal l’enseigne (Chaar Hakavanot, traité du repas de Mélavé Malka) : ce repas est l’écoulement de la lumière du Chabbat dans les jours profanes, et c’est en lui que se fixent les
forces de sainteté pour les six jours d’oeuvre. De même est-il expliqué dans les écrits du saint Baal Chem Tov : tout l’écoulement de la sainteté du Chabbat dans la semaine dépend de la manière dont on prend congé du Chabbat à son issue. Ce repas est donc l’heure propice pour prendre sur nous les deux versants de la Paracha Kedochim — la retenue et l’élan dans l’amour du prochain.
Car de même que le Chabbat sépare entre le saint et le profane, ainsi le Juif sépare-t-il entre la réaction naturelle de l’instinct — la vengeance — et la réaction sainte — l’amour et la bienfaisance.
Plaise au Ciel que nous méritions d’accomplir le verset de la Paracha en sa plénitude — « tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis l’Éternel » — dans l’élan comme dans la retenue, jusqu’à ce que notre prochain compte à nos yeux comme nous-mêmes. Et par ce mérite, puissions-nous voir la délivrance véritable et complète, bientôt et de nos jours, amen.
Le Rav Hillel Rabinovich zal, soixante ans au service de la Yéchiva Torat Emet
Le Rav Hillel Rabinovich naît à Jérusalem le 16 Sivan 5692 (1932), dans une famille Habad de la Vieille Ville. Son père, le Rav Chmouel Ben Tsion Rabinovich (Haïkin), lui donne le prénom de son grand-père, disparu trois mois plus tôt. Très jeune, l’enfant impressionne déjà : le Grand Rabbin de Jérusalem, le Rav Israël Its’hak Reizman, l’examine sur trois traités de Guemara, puis sur les commentaires les plus difficiles de Rabbi Akiva Eiger. Le petit Hillel répond à tout, sans hésiter.
Une jeunesse marquée par l’étude Pendant la guerre d’indépendance, il étudie à la Yéchiva Habad « Midrach Chmouel ». Sa famille s’installe ensuite dans le quartier de Katamon, où il aide son père à diriger une Yéchiva du soir pour jeunes en difficulté. À la disparition soudaine de son père, encore très jeune, il prend sa relève et fait vivre l’institution avec succès.
À la tête de la Yéchiva Torat Emet Après son mariage avec Hava Guitel, il rejoint la Yéchiva Torat Emet de Jérusalem, dont il devient bientôt Rosh Yéchiva. Sa première visite chez le Rabbi a lieu en Elloul 5729 (1969). Ce soir-là, le Rabbi demande à son secrétaire, le Rav Binyamin Klein, d’ajouter son nom à la liste des Yehidouyot. Le Rabbi le retient alors quarante minutes, alors que les autres Hassidim ne disposaient que d’une minute. Le même mois, lors du Farbrenguen de la sortie de Roch Hachana, le Rabbi lui demanda d’entonner le célèbre chant Perazot Techev Yerouchalaïm en le présentant comme « Rosh Yéchiva de Torat Emet ».
Soixante ans de Hassidout chaque Chabbat Après le décès de son père, le Rav Hillel reprend la mission de répéter publiquement les Maamarim de Hassidout chaque Chabbat. Il accomplira ce devoir sans interruption pendant plus de soixante ans, devenant l’une des voix vivantes de la transmission Hassidique à Jérusalem.
Un départ chargé de signes Le Rav Hillel s’éteint le vendredi 17 Chevat 5775 (2015), à 83 ans, et il est inhumé dans la section Habad du mont des Oliviers. Détail troublant : son père et son grand-père étaient eux aussi décédés un vendredi. L’Admour Tsema’h Tsedek avait jadis demandé à son grand-père d’apprendre les Michnayot par cœur : selon la tradition, lorsqu’un défunt n’a pas été inhumé avant l’entrée du Chabbat, son âme récite ces Michnayot tout au long du jour saint.
Sa famille Son épouse, la Rabbanit Hava Guitel, est rappelée à D.ieu le 8 Menachem Av 5771 (2011). Le couple a eu quatre fils et quatre filles : le Rav Chmouel Rabinovich (Ramat Chlomo, Jérusalem) ; le Rav Chimon Rabinovich, président du Vaad de Kfar Habad ; le Rav Israël Menachem Rabinovich (Canada), disparu le 21 Sivan 5776 (2016) ; le Rav Avraham Its’hak Rabinovich, Chalia’h du Rabbi à Mevasseret Tsion ; Madame Hanna Strobach (Bnei Brak), disparue le 11 Nissan 5773 (2013) ; Madame Léa Friedman, Madame Dvora Halperin et Madame Bat Cheva Spitzer, toutes trois à Jérusalem.
Le Rav Hillel Rabinovich naît à Jérusalem le 16 Sivan 5692 (1932), dans une famille Habad de la Vieille Ville. Son père, le Rav Chmouel Ben Tsion Rabinovich (Haïkin), lui donne le prénom de son grand-père, disparu trois mois plus tôt. Très jeune, l’enfant impressionne déjà : le Grand Rabbin de Jérusalem, le Rav Israël Its’hak Reizman, l’examine sur trois traités de Guemara, puis sur les commentaires les plus difficiles de Rabbi Akiva Eiger. Le petit Hillel répond à tout, sans hésiter.












