Muhammad Shahzeb Khan, citoyen pakistanais de 21 ans, a plaidé coupable devant la justice américaine pour avoir minutieusement préparé un attentat jihadiste contre le 770 Eastern Parkway, siège mondial du mouvement Habad-Loubavitch à Brooklyn. Le complot, inspiré par Daech et conçu pour coïncider avec le premier anniversaire du massacre du 7 octobre, visait à perpétrer ce que Khan lui-même qualifiait de « la plus grande attaque sur le sol américain depuis le 11 septembre ». Sa condamnation définitive, attendue le 12 août 2026, pourrait lui valoir la réclusion à perpétuité.

 

 

 

Un complot jihadiste visant le cœur de la communauté juive mondiale

Le Département de la Justice américain a annoncé mercredi que Muhammad Shahzeb Khan, également connu sous le pseudonyme de « Shahzeb Jadoon », a plaidé coupable de tentative d’actes terroristes transcendant les frontières nationales. L’acte de culpabilité a été enregistré devant le juge fédéral Paul G. Gardephe du District Sud de New York.

Selon les documents officiels de mise en accusation, Khan a commencé à diffuser de la propagande de l’État islamique dès novembre 2023, avant d’entreprendre rapidement la planification d’un attentat terroriste sur le sol américain. Il communiquait ses intentions à deux individus qu’il croyait être des complices — mais qui étaient en réalité des agents infiltrés des forces de l’ordre. À ces derniers, il donnait des instructions répétées pour se procurer des fusils d’assaut de type AR, des munitions et des couteaux de chasse, afin, selon ses propres termes, de « leur trancher la gorge ».

Du vague projet à la cible précise : le 770 dans le viseur

Si Khan envisageait initialement de frapper des « Habads juifs israéliens » répartis dans une autre ville américaine, il a recentré son projet sur Brooklyn dès août 2024. Il aurait confié aux agents infiltrés que New York constituait le cadre « parfait » en raison de sa forte concentration de population juive, affirmant avec cynisme que « même sans viser un événement particulier, on pourrait facilement tuer beaucoup de juifs ».

Il a ensuite transmis aux enquêteurs une photographie de l’espace intérieur précis du 770 où il comptait perpétrer le massacre, se vantant qu’une telle attaque serait « la plus grande attaque sur le sol américain depuis le 11 septembre ».

Le 770 Eastern Parkway — connu simplement sous le nom de « 770 » dans la communauté — est le siège mondial du mouvement Habad-Loubavitch. Ce bâtiment emblématique de Crown Heights, Brooklyn, attire des milliers de fidèles et de visiteurs du monde entier, notamment lors des grandes fêtes juives. Pour des centaines de milliers de ‘hassidim, il représente bien plus qu’un lieu de prière : c’est le centre spirituel d’un mouvement qui compte des émissaires — des Chlou’him — dans plus de cent pays.

Interpellé à vingt kilomètres de la frontière, extradé un an plus tard

Le complot meurtrier a finalement été déjoué le 4 septembre 2024. Khan a été intercepté près d’Ormstown, au Canada, à environ vingt kilomètres de la frontière américaine, alors qu’il tentait de la franchir clandestinement avec l’aide d’un passeur. Arrêté sur-le-champ, il a fait l’objet d’une procédure d’extradition vers les États-Unis, qui a abouti en juin 2025.

Cette extradition a été rendue possible grâce à l’action conjointe du Bureau des affaires internationales du Département de la Justice américain, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Groupe d’assistance internationale du ministère de la Justice canadien. Le dossier est instruit par l’Unité de sécurité nationale et des stupéfiants internationaux du District Sud de New York, sous la conduite des procureurs adjoints Kaylan E. Lasky et David J. Robles, avec l’assistance de l’avocat Kevin Nunnally de la section antiterroriste de la Division de la sécurité nationale.

Une mobilisation au sommet de l’État américain

Les déclarations des plus hauts responsables américains de la sécurité nationale ont été unanimes dans leur fermeté. John A. Eisenberg, procureur général adjoint chargé de la sécurité nationale, a affirmé que Khan avait planifié l’attentat « dans le but explicite de tuer le plus grand nombre possible de juifs », ajoutant que « la Division de la sécurité nationale œuvrera sans relâche pour que des terroristes comme Khan affrontent le plein poids de la loi américaine ».

Jay Clayton, procureur fédéral pour le District Sud de New York, a qualifié le projet de « terrible attaque contre un centre juif vénéré », rendant hommage au travail de la Joint Terrorism Task Force du FBI de New York, dont l’action a permis de neutraliser Khan avant même qu’il n’atteigne le territoire américain. « Le terrorisme et les violences fondées sur la haine n’ont aucune place à New York, a-t-il martelé. Nous continuerons à garantir la sécurité des groupes religieux qui ont le droit fondamental de se rassembler pacifiquement et sans crainte. »

Coult Markovsky, directeur adjoint par intérim de la division antiterroriste du FBI, a souligné que ce plaidoyer de culpabilité permettra à Khan « d’assumer les conséquences de la planification d’une fusillade de masse à New York, qui aurait pu tuer ou blesser de nombreuses personnes ». James C. Barnacle Jr., directeur adjoint chargé du bureau de New York du FBI, a précisé que Khan « avait prévu d’infliger des pertes considérables et de semer la terreur avant d’être intercepté à 20 kilomètres de notre frontière nord ».

La commissaire du NYPD, Jessica S. Tisch, a conclu : « Le NYPD, en étroite coordination avec ses partenaires fédéraux, a réussi à arrêter ce dangereux complot avant qu’il ne devienne une attaque dévastatrice. Cette affaire illustre une fois de plus le travail sophistiqué que réalise le NYPD pour protéger nos communautés. »

Quand un document fédéral explique ce qu’est Habad au grand public américain

Un détail du communiqué officiel du Département de la Justice n’a pas manqué d’être remarqué : le document comporte une note de bas de page explicitement destinée au grand public américain, définissant ce qu’est Habad. Il y est précisé que « Habad est une branche du judaïsme ‘hassidique, ainsi qu’un mouvement qui gère des institutions religieuses et éducatives juives dans le monde entier ».

Cette précision, inhabituelle dans un document judiciaire fédéral, témoigne de la portée symbolique de cette affaire, qui dépasse largement le cadre communautaire pour interpeller l’ensemble de la société américaine face à la montée des actes antisémites à motivation jihadiste.