Le contenu profond de l'exil - Likoutei sihot - Volume 2 - Devarim Paragraphes 3-7

17 juillet 2023 · 28 tamouz 5783 · 16:40 · 41 vues

Rav Menahem Altabe Likoutei Si'hot Paracha Devarim Série : DevarimSérie : Likoutei sihot

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3. L’annonce de la délivrance fut faite, pour la première fois, lors de l’alliance entre les parts du bélier, contractée avec notre père Avraham. Il est dit, en effet, que “ une crainte sombre et intense s’empara de lui ”, qui fait allusion aux quatre exils.

On peut donner d’une alliance la définition suivante. Celle-ci permet à un sentiment d’amitié de se manifester dans toute son intensité, quelle que soit la situation, même lorsqu’il n’a plus aucune justification logique, même lorsque le contraire semble plus logique. Seule une alliance permet d’obtenir un tel résultat.

Lorsque l’amitié a toute raison d’être effective, l’alliance n’a aucune raison d’être. En fait, elle a pour effet de pérenniser ce sentiment. Grâce à elle, celui-ci se maintient toujours, même quand il ne s’explique pas, même lorsque sa cause disparaît, ce qui devrait supprimer également l’effet. L’amitié émane alors de l’essence et elle transcende toutes les limites.

Lorsque l’alliance est conclue, l’amitié, émanant de l’essence qui est indépendante de toute cause, se révèle à l’évidence. Et, cette alliance peut être immuable, n’être nullement affectée par une quelconque évolution de la situation.

Ce qui vient d’être dit conduit à s’interroger. Pourquoi l’exil fut-il annoncé lors de l’alliance entre les parts du bélier ? N’est-il pas le contraire de l’amour, y compris de celui qui a une justification logique et donc, a fortiori, de celui qui émane de l’essence? En conséquence, quand apparaît, à l’évidence, l’amour le plus intense, pourquoi évoquer l’exil ?

On aurait pu répondre à cette question en fonction de l’affirmation de nos Sages, selon laquelle “ notre père Avraham préféra l’assujettissement aux nations à l’enfer ”. De ce point de vue, l’exil est un bien et il fut donc choisi lorsque l’amour se révéla.

Mais, l’on ne peut pas se contenter de cette réponse. Car, quand se manifeste l’amour, en particulier celui qui émane de l’essence, il ne devrait être question ni d’enfer, ni d’assujettissement aux nations.

4. Nous comprendrons tout cela en définissant, au préalable, la dimension profonde de l’exil, telle qu’elle est présentée par la ‘Hassidout. Cette idée nous permettra, en outre, de comprendre un passage difficile de la Guemara et du Midrach.

Le traité Yoma 54a décrit la position des Chérubins. Le texte précise que, quand le moment était propice et que les Juifs mettaient en pratique la Volonté de D.ieu, ceux-ci se trouvaient face à face, “ selon l’espacement de chacun et des degrés tout autour ”. A l’opposé, quand les Juifs s’écartaient de la Volonté de D.ieu, quand le moment n’était donc pas propice, les chérubins se tournaient le dos.

Le Midrach dit que les non-Juifs, quand ils pénétrèrent dans le Saint des Saints, trouvèrent les chérubins face à face, “ selon l’espacement de chacun et des degrés tout autour ”. Ils les montrèrent ensuite à toutes les nations en disant :
“ Regardez ce qui fait l’objet d’un service de la part de ce peuple ”.

Une question se pose ici. La destruction du Temple était le contraire d’un moment propice. Comment les chérubins se trouvaient-ils alors face à face ?

La ‘Hassidout définit l’exil par l’image du maître délivrant son enseignement au disciple.

Lorsque le maître enseigne, il doit s’intéresser à son élève. Si le maître découvre une idée nouvelle, il doit y réfléchir immédiatement, faute de quoi celle-ci pourrait disparaître et ne plus être retrouvée par la suite, même au prix de l’effort. Si cette idée nouvelle surgit pendant l’enseignement, le maître qui éprouve une affection réelle pour son élève, souhaitera la comprendre, afin de pouvoir la lui transmettre par la suite.

Quand l’attention du maître est captée par une idée nouvelle, son enseignement s’en trouve compromis. Plus il réfléchit à cette idée, plus il devra délaisser son élève.

Or, plus l’idée nouvelle est abstraite et complexe, plus elle requiert de l’attention et plus il faut alors négliger le disciple. Dès lors, ce dernier se trouve en “ exil ”, dans une situation de “ destruction ”.

Mais, il n’y a là qu’une apparence. Plus profondément, il y a bien là une profonde révélation. Bien plus, le simple fait que le maître, dans l’intérêt de l’élève, puisse le délaisser afin de formaliser un nouveau concept, fait la preuve de la grande valeur de cet apport intellectuel, justifiant que l’élève soit momentanément placé en situation d’exil et de destruction, pour pouvoir le percevoir par la suite.

En conséquence, plus le voile est épais, plus la révélation qui lui fait suite est importante. Le maître percevra d’emblée la profondeur du concept et il voudra le transmettre à l’élève, pour lequel il éprouve un sincère amour. Ceci justifie l’occultation et le retrait momentanés, pourvu qu’au final, le disciple puisse acquérir cette notion.

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