Devant eux - Likoutei sihot - Volume 3 - Parachat Michpatim - Paragraphes 1-5

15 février 2025 · 17 chevat 5785 · 48:37 · 54 vues

Rav Menahem Altabe Likoutei Si'hot Paracha Michpatim Série : Likoutei sihotSérie : Likoutei sihot - Volume 3

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1. “ Et, voici les Jugements que tu placeras devant eux ”. Nos Sages s’interrogent sur l’expression “ devant eux ” et ils en déduisent plusieurs principes :

A) Ces Jugements doivent être placés “ devant eux et non devant les non-Juifs ”, comme le remarque le traité Guittin 88b, cité par Rachi, dans son commentaire du début de la Parchat Michpatim. Ainsi, tout différend survenant entre des Juifs doit être soumis à une juridiction juive, qui énoncera le verdict en fonction des lois de la Torah. En revanche, les partis ne se présenteront pas devant une juridiction non-juive, y compris lorsque sa législation est identique à celle d’Israël.

B) L’expression “ devant eux ” indique, en outre, que le maître, enseignant à son disciple, doit “ lui en donner la dimension intérieure ”, comme le disent le traité Erouvin 54b et les lois de l’étude de la Torah de l’Admour Hazaken, chapitre 4, paragraphe 18. Il doit apporter des explications, préciser clairement la Hala’ha qu’il enseigne, jusqu’à ce que le disciple la perçoive clairement. Il ne peut lui dire, en revanche : “ Telle est la loi. Recherches-en toi-même la signification ”.

C) Dans le Torah Or, au discours ‘hassidique intitulé “ Et, voici les jugements ”, l’Admour Hazaken dit : “ Que tu placeras devant eux : en la profondeur d’eux-mêmes ”. La perception de D.ieu doit donc être profondément intériorisée par chaque Juif, jusque dans la dimension la plus cachée de son âme.

De plus, chaque explication de la ‘Hassidout apparaît également, au moins en allusion, dans la partie révélée de la Torah. En l’occurrence, commentant le verset “ que tu placeras devant eux ”, le Yerouchalmi Avoda Zara, chapitre 2, paragraphe 7, dit : “ Comme s’il s’agissait d’un trésor ”, lequel, par nature, reste caché. Ainsi, il est bien fait allusion ici à ce qui est dissimulé, à l’enseignement occulte de la Torah, qui a la propriété de mettre en éveil la dimension profonde de l’âme, comme le soulignent le Zohar, tome 3, page 73a et le Likouteï Torah Vaykra, page 5c.

Nous avons rappelé, à différentes occasions, que plusieurs explications énoncées à propos d’un même mot de la Torah sont nécessairement liées entre elles. En l’occurrence, il nous faut donc comprendre le lien entre les trois interprétations de l’expression “ devant eux ” qui viennent d’être énoncées.

Nous devons expliquer également pour quelle raison la Torah énonce ces enseignements, découlant de l’expression “ devant eux ”, précisément à propos des Jugements. Pourquoi est-ce ces Jugements qui doivent être placés “ devant eux ” ?

Dans le discours ‘hassidique intitulé “ Si vous marchez dans mes Décrets ” de 5700, au chapitre 4, les commentateurs de la Torah, sur le verset Vaét’hanan 6, 20 et ceux de la Haggadah, à propos de la question posée par l’enfant sage, classent les Mitsvot de la Torah en trois catégories, les Décrets, les Témoignages et les Jugements, en fonction de la manière dont on peut les comprendre.

Les Décrets sont des Mitsvot qui n’ont aucune explication rationnelle. Ils sont respectés uniquement parce que telle est la Volonté de D.ieu et le Midrach Bamidbar Rabba, au début de la Parchat ‘Houkat, dit, à leur propos : “ J’ai émis un Décret, pris une Décision ”. Les Témoignages, par contre, peuvent se concevoir logiquement. Si la Torah ne les avait pas introduits, la rationalité des hommes n’aurait pas été suffisante pour les établir et n’aurait pas permis d’aboutir à une telle conclusion. Néanmoins, après que la Torah les ait définis, on peut les expliquer et même les justifier, de manière logique. Les Jugements, enfin, constituent une évidence rationnelle et ne sont pas uniquement des principes que l’on peut admettre. Ainsi, le traité Erouvin 100b dit : “ Si la Torah n’avait pas été donnée (ce qu’à D.ieu ne plaise), nous aurions établi les règles de la pudeur en observant le chat et l’interdiction du vol, en voyant la fourmi ”. Si la Torah n’avait pas énoncé ces Mitsvot, la logique aurait donc permis aux hommes de les comprendre.

Or, c’est précisément à propos de cette dernière catégorie de Mitsvot, celle des Jugements, que la Torah précise la nécessité de les placer “ devant eux ”.

On peut donc se demander pourquoi l’enseignement relatif à la nécessité de placer les Commandements “ devant eux ” est plus directement liée aux Jugements qu’aux Décrets et aux Témoignages. De fait, la première explication qui a été citée permet de répondre à cette question. En effet, le caractère logique des Jugements fait que l’on peut en retrouver l’équivalent auprès des juridictions non-juives. S’agissant des Témoignages et, a fortiori, des Décrets, il est donc inutile d’interdire la consultation d’une juridiction non juive. Cette règle est une évidence, car de telles juridictions ne possèdent pas l’équivalent de ces Préceptes. Car, leur démarche est rationnelle et elles rejettent donc tout ce qui transcende l’entendement.
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