L'argumentation des éclaireurs - Likoutei Sihot - Volume 4 - Parachat Chela'h - Paragraphes 1-8

22 juin 2024 · 16 sivan 5784 · 46:00 · 51 vues

Rav Menahem Altabe Likoutei Si'hot Paracha Chela'h Série : Chla'hSérie : Likoutei sihot

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1. Dans la Parchat Chela’h, la Torah rapporte les propos des éclaireurs, qui effrayèrent les enfants d’Israël et tentèrent de les persuader qu’ils ne pourraient conquérir Erets Israël, “ car le peuple résidant sur la terre est puissant ”. Il était donc impossible de les vaincre, affirmèrent-ils, “ car il est plus fort que nous ”. Et, nos Sages précisent, au traité Sotta 35a, ce qu’ils voulaient réellement dire : “ plus fort que D.ieu ”, si l’on peut s’exprimer ainsi. En effet, “ le Propriétaire ne peut pas reprendre Ses propres instruments, se trouvant dans cet endroit ”.

Tous les récits de la Torah nous délivrent un enseignement pour notre service de D.ieu, à chaque époque. En l’occurrence, on peut cependant s’interroger. Que déduire du récit des éclaireurs ? Certes, nous devons savoir ce qui s’est passé, afin de réparer ce que le traité Sotta 35a appelle “ un motif de lamentation pour toutes les générations ”, conséquence de leur argumentation. Néanmoins, il n’était nullement nécessaire, pour cela, de fournir autant de précisions sur ce qu’ils avancèrent et sur les réponses qu’on leur apporta.

On peut également se demander comment les éclaireurs, par leur discours, parvinrent à effrayer les enfants d’Israël, à les convaincre que “ nous ne pourrons pas y monter ” ? Ceux-ci n’avaient-ils pas déjà observé tous les miracles que D.ieu avait accompli pour eux ?

Les enfants d’Israël se trouvaient dans un désert empli “ de serpents et de scorpions ”. Les Midrachim, Tan’houma, Bechala’h, chapitre 18, Yalkout Chimeoni, paragraphe 255 et Me’hilta, Bechala’h 15, 22, précisent à quel point ces serpents et ces scorpions étaient redoutables. Or, les enfants d’Israël observaient régulièrement un miracle surnaturel, lorsque l’arche sainte tuait ces serpents, selon le Yalkout Chimeoni, paragraphe 729, ou bien quand les colonnes de nuées le faisaient, selon la Me’hilta, Bechala’h, 13, 21, le Sifri Beaalote’ha, 10, 34, le Bamidbar Rabba, chapitre 1, paragraphe 2et le Tan’houma, Bechala’h, chapitre 3.

Il en fut de même chaque fois que les enfants d’Israël devaient être préservés du mal. Ce fut aussi le cas pour l’influence que le bien devait avoir. Chaque jour, ils recevaient la manne, le pain du ciel, pour s’alimenter et ils buvaient l’eau du puits de Myriam. Les Midrachim font état de nombreux autres miracles, qui transcendaient les lois de la nature.

Le comportement des enfants d’Israël, dans le désert, fut donc miraculeux. De même, chaque fois qu’ils luttaient contre un autre peuple, ils remportaient une victoire merveilleuse. Quand les Egyptiens les poursuivaient, D.ieu Lui-même combattit pour eux et Il ouvrit la mer pour qu’ils puissent la traverser. Le passage de la mer Rouge est, de fait, l’un des plus grands miracles, au point que les Sages le citent comme référence de ce qui est “ difficile ”, au traité Sotta 2a.

Les enfants d’Israël n’eurent pas recours à la foi, pour tout cela. Ils observèrent ces miracles de leurs propres yeux. Ils auraient donc dû comprendre que les merveilles réalisées pour eux lors de la guerre contre l’Egypte se reproduiraient, dans le combat contre Canaan.

Cette question se pose avec d’autant plus de force que Kalev, lorsqu’il s’opposa aux autres éclaireurs et chercha à réfuter leur argumentation, ne tira aucune preuve des miracles qui avaient accompagné la sortie d’Egypte et la traversée du désert. Il dit simplement : “ Nous monterons et nous en hériterons ”. Pourquoi ne chercha-t-il pas à leur montrer qu’ils n’avaient pas de crainte à avoir, du fait de la puissance du peuple de Canaan, en faisant référence aux miracles de l’Egypte et du désert ?

2. Et, l’on ne peut penser que la victoire sur le Pharaon ne permettait pas d’établir qu’il en serait de même pour les trente et un rois de Canaan, qui étaient forts et courageux, comme le souligne Rachi, dans son commentaire du verset Bamidbar 14, 15. En effet, lors du passage de la mer Rouge, tous les enfants d’Israël s’écrièrent (Chemot 15, 15) : “ Tous les habitants de Canaan s’emplissent de crainte ”, en observant la victoire d’Israël en Egypte.

De fait, la peur des habitants de Canaan était si grande que, quarante ans plus tard, quand les éclaireurs envoyés par Yochoua parvinrent à Yeri’ho, ils purent vérifier que l’on y évoquait encore le fait que “ D.ieu a asséché la mer Rouge ” (Yochoua 2, 10), que l’on se souvenait des miracles qui accompagnèrent sa traversée et que l’on en concevait encore une immense terreur. Il est donc bien évident que, lorsque Moché envoya ses propres éclaireurs, peu après la sortie d’Egypte et le passage de la mer Rouge, les enfants d’Israël auraient dû être certains qu’ils l’emporteraient sur les trente et un rois.

Bien plus, le traité ‘Haguiga 13b dit et la Me’hilta, Bechala’h 14, 5, de même que le Zohar, Chemot 6, 1 expliquent, que D.ieu confère la plus grande puissance au peuple qui assujettit Israël.
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