לע״נ הרה״ח ר׳ שמואל וזוגתו מרת בתי׳ ע״ה אזימאוו
שלוחי כ״ק אדמו״ר כיובל שנה במדינת צרפת

7 min de lecture

À quelques jours de l'ouverture des urnes, nous remontons trente-huit années en arrière, vers l'une des campagnes électorales les plus mémorables de l'histoire du Habad en Terre sainte. Sur fond de scission au sein du judaïsme ‘harédi et de crainte de voir la liste Agoudat Israël échouer à franchir le seuil électoral, le Rabbi lança un appel qui déclencha une vaste mobilisation des ‘Hassidim du Habad. Des centres d'opérations du Beth Tsa'h jusqu'à la surprise des studios de télévision le soir de la proclamation des résultats, retour sur un épisode aussi singulier que nostalgique.

 

 

 

À quelques jours seulement de l'ouverture des bureaux de vote, en 1988, la scène politique israélienne vit au rythme le plus intense de la campagne. Pour nombre de ‘Hassidim vétérans du Habad, ces journées ravivent les souvenirs de la campagne pour la douzième Knesset, qui se tint au mois de ‘Hechvan 5749 (ç 1988) et s'est gravée dans la mémoire collective grâce à la mobilisation exceptionnelle de Anash.

Ce fut l'année où la ‘Hassidout Habad, qui d'ordinaire se tient à distance de l'arène partisane, entra de plein cœur dans la bataille publique, afin d'accomplir la directive du Rabbi et de renforcer la puissance du judaïsme ‘harédi.

Le contexte de la bataille : scission et crainte du seuil électoral

Pour saisir la portée de la directive du Rabbi en ces jours-là, il faut revenir au contexte politique de la fin de l'année 5748 (1988). Le public ‘harédi connut alors une scission majeure, lorsque le parti Degel HaTorah fut fondé et se détacha de la vieille Agoudat Israël, sur fond de divergences et de luttes internes au monde ‘harédi.

Cette scission laissa Agoudat Israël (qui réunissait alors dans ses rangs le Poalei Agoudat Israël sous le nom d’"Agoudat Israël unie, Judaïsme de la Torah et du Chabbat", dont le symbole était la lettre Guimel) dans une position délicate. Après un mandat durant lequel elle n'avait détenu que deux sièges seulement (à cette période, un seul siège suffisait à franchir le seuil électoral), une crainte bien réelle surgit : à la suite de la division, le parti peinerait à passer le seuil ou perdrait de son poids politique.

Le Rabbi, voyant le péril qui se profilait, lança un appel clair à Anash et aux sympathisants du Habad en Terre sainte : se mobiliser et agir pour la réussite de la liste Agoudat Israël, symbolisée par la lettre Guimel.

"Maté Haber" et "Maté Lerer" : les foyers d'activité de Tsa'h

Dès la réception de la directive venue du 770, les bureaux des Tseirei Agoudat Habad (Tsa'h), à Kfar Habad et à travers tout le pays, se transformèrent en foyers d'activité bouillonnants. Les ‘Hassidim se mobilisèrent pour cette mission avec un profond sentiment de devoir et de responsabilité.

Un document d'époque montre Reb Chimon Beckerman, l'une des figures clés de Kfar Habad et militant dévoué de Tsa'h, debout au standard téléphonique central, en plein marathon d'appels de persuasion, d'autres combinés et des listes d'électeurs posés sur la table devant lui.

Derrière lui, au mur, on distingue les tableaux de suivi répartis entre les cellules d'action portant les noms des responsables de Tsa'h : le "Maté Haber" (dirigé par le Chalia'h, le Rav Yéchayahou Haber, de mémoire bénie) et le "Maté Lerer" (dirigé par Reb Mena'hem Lerer). Chaque cellule œuvrait à recruter des bénévoles, à mener des appels téléphoniques de maison en maison et à rallier des sympathisants de toutes les couches de la société.

L'appel au grand public : Am E'had, un seul peuple

La stratégie menée par les Chlou'him et les ‘Hassidim du Habad, en coordination avec la campagne du parti, se concentra sur une adresse directe au public traditionaliste, séfarade et général d'Israël : un auditoire qui ne votait pas nécessairement pour un parti ‘harédi, mais qui nourrissait une grande estime pour le Rabbi et pour l'action des Chlou'him du Habad en Israël et dans le monde.

Dans le cadre de la campagne furent produits des clips électoraux diffusés à la télévision, présentant l'action du Habad dans les domaines de l'éducation, de l'entraide, du rapprochement des cœurs et de l'observance du Chabbat. Dans l'un des clips les plus marquants apparaissait le Rav Tsvi Grinwald, de mémoire bénie, qui exposa la conception éducative du Habad, laquelle voit le bien en chaque Juif, et conclut par cet appel aux téléspectateurs : "Si le Rabbi vous est cher et que l'éducation du Habad vous tient à cœur, votez tous Guimel !" À ses côtés paraissaient des anciens élèves, filles et garçons, des institutions du Habad (tels le séminaire Beth Rivka et les institutions du Habad au Maroc), expliquant pourquoi ils soutiendraient la liste que le Rabbi souhaitait renforcer.

Un autre clip mettait l'accent sur le message d’"unité" et de réunification des courants, en mêlant des images de la maison d'étude du Rabbi au 770 à des entretiens avec des citoyens ordinaires. Parmi eux, des traditionalistes déclaraient face à la caméra : "Ces gars du Habad, je les croise au quotidien lorsqu'ils proposent de poser les Téfilines ; ils vont d'usine en usine… et j'ai finalement décidé de voter Guimel, uniquement parce que ces gens-là, je les vois réellement sur le terrain."

Un autre pilier central de la campagne fut le ralliement de Rabbanim et de dirigeants communautaires issus de diverses communautés, sous le mot d'ordre "Am E'had". Dans un clip resté célèbre de cette campagne, on voyait le fils et continuateur du Baba Sali, l’Admour Rabbi Barou'h Abou'hatsira, se tenir près de la tombe de son père et appeler ceux qui chérissaient sa mémoire à voter pour la liste Agoudat Israël, symbolisée par la lettre Guimel. À ses côtés paraissaient des Rabbanim de la communauté yéménite, qui évoquaient l'aide spirituelle et éducative apportée par les militants du Habad aux enfants des maabarot dès l'année 5713 (1953), ainsi que le Rav Lviov, de mémoire bénie, de la communauté boukhare, qui rappela le dévouement du Rabbi envers les Juifs d'Union soviétique et appela à soutenir le parti Guimel.

Le jour du scrutin et les vrais résultats : un bond de deux à cinq sièges

Le jour même du vote, les ‘Hassidim du Habad se postèrent aux carrefours, dans les rues et les centres commerciaux à travers tout le pays. Du matin jusqu'à la fermeture des bureaux de vote, ils s'employèrent à convaincre les passants et veillèrent à exploiter pleinement le potentiel de voix.

Lorsque les urnes se refermèrent et que les résultats commencèrent à être annoncés sur le plateau de télévision présenté par ‘Haïm Yavin, l'ampleur de la surprise apparut : Agoudat Israël (Guimel) non seulement franchit sans encombre le seuil électoral malgré la scission, mais plus que doubla sa force, passant de deux sièges aux élections de 1984 à cinq sièges en 1988.

Les chiffres relevés dans différentes villes du pays attestaient d'une progression impressionnante, y compris dans des centres non ‘harédim. À Tel Aviv-Jaffa, Agoudat Israël tripla sa force, grimpant de 1,2 % aux élections de 1984 à 3,5 % en 1988. À ‘Haïfa, la liste enregistra un bond de plus du triple au sein d'une population diverse, passant de 0,7 % à 2,4 %. Dans les villes de développement et à Jérusalem, un renforcement notable se refléta lui aussi dans les résultats définitifs.

"Une force météorique dans le système politique"

Sur le plateau électoral de la Première chaîne, on chercha à analyser ces chiffres surprenants. ‘Haïm Yavin invita sur le plateau le journaliste Amnon Lévy afin d'expliquer le phénomène qui se cachait derrière cette flambée de voix.

"Il s'est produit une chose étrange, qu'il est encore difficile d'évaluer", commença Lévy dans son analyse. "Des gens non ‘harédim, peut-être même pas religieux, ont voté pour des partis ‘harédim. Prenez ‘Haïfa, par exemple : de 0,7 % à 2,4 %, c'est-à-dire le triple. D'où sont venus ces gens ? Nous connaissons ‘Haïfa comme" ‘Haïfa la rouge ". L'appel du Rabbi de Loubavitch aux traditionalistes, à des gens un peu religieux mais assurément pas ‘harédim, voilà, je suppose, ce qui a apporté une grande partie des voix."

Poursuivant son propos, Lévy aborda l'implication du Habad dans la campagne : "Pour la première fois de son histoire, le Habad est entré dans le système politique, et il y est entré comme une force météorique, à ce qu'il nous apparaît. Ils ont apporté cinq sièges à Agoudat Israël… L'honneur du Rabbi dépendait du nombre de sièges qu'ils obtiendraient, et les forces furent tout simplement mobilisées jusqu'au bout."

Cette nuit-là s'acheva dans une grande joie à Kfar Habad et dans les centres de Anash à travers le pays, dans un immense sentiment de satisfaction des ‘Hassidim qui avaient eu le mérite d'accomplir la directive du Rabbi et de remporter un succès remarquable, ayant surpris l'ensemble de la classe politique.