Débat entre Mi'hal et David - Likoutei sihot - Volume 1 - Parachat Chemini - Paragraphes 11-16

10 avril 2023 · 19 nissan 5783 · 12:36 · 34 vues

Rav Menahem Altabe Likoutei Si'hot Paracha Chemini Série : ChminiSérie : Likoutei sihot

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11. La Haftara de notre Sidra raconte de quelle manière le roi David conduisit l’Arche sainte de la maison d’Oved Edom, le Guiti vers la cité de David. En chemin, David, ceint d’une étoffe de lin, faisait, de toutes ses forces, des pirouettes devant D.ieu. De fait, parvenant dans la cité de David, “ le roi David sifflait et cabriolait devant D.ieu ”.

On peut s’interroger sur ce texte, en comparant ce qui se passa à l’extérieur de la ville et dans la cité de David. Il est dit qu’avant de pénétrer dans la ville, David portait une ceinture en étoffe de lin, dont il n’est plus question lorsqu’il entra dans la ville. De plus, à l’extérieur de la ville, David faisait des cabrioles, alors que, pénétrant dans la cité, il se mit, en outre, à siffler.

Il nous faut comprendre également la suite de ce récit. Lorsque Mi’hal, fille de Chaoul, vit David qui sifflait et cabriolait, elle se moqua de lui et il lui répondit alors : “ J’ai dansé devant l’Eternel, Qui m’a élu de préférence à ton père et je suis prêt à m’humilier encore davantage ”. Or, pourquoi devait-il préciser “ Qui m’a élu de préférence à ton père ” ? Pourquoi ne se contenta-t-il pas d’expliquer la raison de sa joie ?

12. Le Rambam précise que cette ceinture en étoffe de lin n’est pas l’un des huit vêtements portés par les Cohanim. En effet, celle des Cohanim n’était pas en lin, mais en azur et en pourpre. Il en cite pour preuve le prophète Chmouel, qui était Lévi et que le verset présente cependant comme “ un jeune homme ceint d’une étoffe de lin ”.

Le Rambam en conclut que l’étoffe de lin était portée par “ les fils des prophètes ”, c’est-à-dire par ceux qui étaient susceptibles de recevoir l’inspiration divine, afin d’établir qu’ils étaient parvenus “ à la situation du Grand Prêtre qui, grâce à la tunique et au pectoral, pouvait recevoir l’inspiration divine ”.

Il est clair que la prophétie est un état relevant de la plus haute perfection. En effet, “ la Présence divine se dévoile uniquement à celui qui est sage, vigoureux, riche et de haute stature ”. Et, nos Sages allongent encore la liste de ces qualités. Or, malgré tout cela, les vêtements et la manière de les porter importent également. C’est à ce propos qu’il est dit : “ Il lui ôta ses vêtements ”. En l’occurrence, le fait de porter une ceinture en étoffe de lin faisait la preuve que l’on était apte à recevoir la révélation divine.

Le principe énoncé par le Rambam trouve sa source dans le Yerouchalmi. A Nov, ville de Cohanim, quatre vingt cinq d’entre eux portaient une ceinture en étoffe de lin. Et, le Yerouchalmi s’en étonne : “ Il n’y a, pourtant, qu’un seul Grand Prêtre ? ”. Il explique donc que tous les autres auraient pu être désignés comme Grand Prêtre. C’est également ce qu’explique le Rambam.

13. Pour se préparer à recevoir la prophétie, il faut s’isoler et on le fait, généralement, à l’extérieur de la ville. Lorsque David se trouvait en chemin, c’est-à-dire précisément hors de la ville, il s’apprêtait à recevoir la prophétie et le texte précise donc qu’il portait une ceinture en étoffe de lin.

C’est pour cette même raison qu’il “ cabriolait devant D.ieu ”. En effet, la Présence divine se révèle uniquement dans la joie. Bien plus, il louait D.ieu, disait des cantiques et des hymnes, afin de provoquer la révélation prophétique. En effet, on sait que de telles louanges révèlent les forces les plus cachées.

Lorsque le verset décrit son entrée dans la cité de David, il dit encore qu’il “ cabriolait ”, ce qui signifie qu’il multipliait les danses. Il n’en était pas de même à l’extérieur de la ville et peut-être même ne dansait-il pas du tout, se trouvant là-bas. La ‘Hassidout explique que la danse est l’expression de la joie la plus intense, qui pénètre tout le corps de l’homme et s’exprime même par ses pieds.

Le second verset explique encore que David “ sifflait ”. En effet, sa joie, à l’extérieur de la ville, avait un objectif précis, en l’occurrence l’obtention de la prophétie. Elle était donc, par nature, limitée, ne pénétrait pas l’ensemble de sa personnalité. Celle qui se manifesta dans la cité de David, par contre, n’avait pas d’objet défini. Elle ne subissait donc pas la limite et David, alors, siffla également.

14. Ce qui vient d’être dit nous permettra de comprendre pourquoi Mi’hal, la fille de Chaoul, ne put comprendre que son époux cabriole et siffle, dans la cité de David.

Car, la joie calculée a, certes, pour effet, d’empêcher que l’on voit le roi, afin de ne pas compromettre ce qui est la finalité même de sa nomination, c’est-à-dire le fait qu’il soit craint par le peuple. Malgré cela, une telle joie a bien un objet précis. Elle est rationnellement explicable. A l’opposé, cabrioler et siffler dans la cité de David sont des actes qui transcendent toutes les limites, qui défient toute logique et que la rationalité ne peut donc pas accepter.

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