Conception juive du travail - Likoutei sihot - Volume 3 - Chemot - Paragraphes 9-13

1er janvier 2024 · 20 téveth 5784 · 20:19 · 29 vues

Rav Menahem Altabe Likoutei Si'hot Paracha Chemot Série : ChemotSérie : Likoutei sihot

Partager sur WhatsApp

9. La vitalité profonde d’un Juif n’est pas celle de son existence physique, mais bien sa spiritualité, comme l’explique Iguéret Hakodech, au chapitre 27, à propos de la vie du Juste. Or, il est dit que “ tout Ton peuple est constitué de Justes ”. Et, combien plus en est-il ainsi pour un Juste, au sens propre, celui dont la vie est uniquement spiritualité.

On peut en conclure que la Torah, quand elle affirme que les Egyptiens “ rendirent leur vie amère ”, au delà du sens premier de ces termes, puisque “ le verset ne peut être départi de son sens simple ”, selon le traité Chabbat 63a, signifie que les Egyptiens souillèrent la vie spirituelle des enfants d’Israël, en leur imposant un âpre exil, “ par le mortier et par les briques ”.

Une question peut être soulevée. Un âpre exil peut, certes, affecter la vie physique. En revanche, quel effet peut avoir la servitude, “ par le mortier et par les briques ”, sur la vie morale d’un Juif ? Certes, l’esclavage fait entrave à la spiritualité, à l’étude de la Torah et à la pratique des Mitsvot. Néanmoins, le verset dit bien qu’ils “ rendirent leur vie amère ”, que la servitude ne fit pas que déranger leur vitalité morale, mais que leur existence spirituelle fut, à proprement parler, amère. Or, comment la dimension morale peut-elle être affectée par l’esclavage physique ?

10. La Hala’ha précise que l’on ne peut imposer un dur esclavage à un serviteur juif et le Rambam, dans ses lois des serviteurs, chapitre 1, paragraphe 6, donne la définition de ce dur esclavage. Il est “ un travail qui n’a pas de limite et pas d’utilité ”. Et, les Hagahot Maïmoni, à cette même référence, précisent que cette définition est déduite de la servitude qui fut imposée aux enfants d’Israël, en Egypte. Ceci nous permettra de comprendre pourquoi leur vie morale devint amère.

Lorsqu’un Juif réalise une action matérielle, de la manière qui convient, d’après la Torah, il accomplit ce qui a effectivement une limite et une utilité. Et, la Torah fixe elle-même cette limite, cette mesure. Elle précise jusqu’à quel point un homme doit s’investir dans son commerce. Il lui faut assurer sa subsistance matérielle, dans la mesure où une action concrète est nécessaire, de sa part, pour obtenir la bénédiction de D.ieu. Les forces qu’il investira dans ses affaires resteront donc limitées, ainsi qu’il est dit : “ Tu mangeras par l’effort de tes mains ”, c’est-à-dire par ce que l’on possède de plus superficiel et de plus bas, mais non par son intellect et par ses forces les plus profondes.

L’activité commerciale reçoit également une limite par le fait qu’on ne lui consacre qu’un certain temps. Car, un commerçant doit également se joindre à la communauté pour la prière, garder un temps fixé pour l’étude de la Torah, maintenir tous les actes du service de D.ieu.

Un commerce est également utile. Celui qui le conduit de la manière qui est préconisée par la Torah, forge effectivement un réceptacle pour la bénédiction de D.ieu, ainsi qu’il est dit (Devarim 15, 18) : “ L’Eternel ton D.ieu te bénira en tout ce que tu feras ”.

A l’opposé, celui qui investit également son intellect dans ses affaires, qui recherche différents moyens, divers stratagèmes pour augmenter ses bénéfices, réalise effectivement “ un travail qui n’a pas de limite et pas d’utilité ”.

Son travail est inutile car il est dit (Kohélet 9, 11) que “ le pain n’est pas accordé à ceux qui sont avisés ”. Les moyens de la subsistance sont donnés par D.ieu et, de ce point de vue, les fourberies des hommes ne sont d’aucun effet. Bien au contraire, elles ne peuvent que nuire, comme le montre le Dére’h Mitsvoté’ha, à la page 107b.

De plus, ce travail n’a pas de limite, car l’effort qu’il impose ne parvient jamais à son terme. Le soir, les employés et les salariés rentrent chez eux et le magasin est fermé, mais le commerçant, lui, continue à se préoccuper de ses affaires. Même lorsqu’il ne travaille plus et regagne son domicile, il ne se consacre pas à l’étude de la partie révélée de la Torah ou à la ‘Hassidout. Il continue à courir, de manière concrète ou, tout au moins, par la pensée, afin de poursuivre ses affaires.

Par la suite, le commerçant va dormir, mais il est dit (Daniel 2, 29) : “ Des pensées ont surgi en toi, sur ta couche ”. Il recherchera donc différentes ruses commerciales et, bien évidemment, lorsqu’il dormira, il rêvera encore de ses affaires, auxquelles il a pensées, tout au long du jour, comme le dit le traité Bera’hot 55b.

Par ailleurs, celui qui se consacre à l’étude peut également vivre une situation similaire. Certes, il n’a pas d’activité commerciale. Il peut, cependant, se lancer à la recherche de prétendus honneurs. Etant un grand érudit, il se dira que quiconque s’en prend à lui manque, en fait, de respect à la Torah elle-même. Or, “ les Justes ressemblent à leur Créateur ” et il doit donc imiter le comportement du Saint béni soit-Il, Qui agit “ mesure pour mesure ”. ...

Autres cours de la série Chemot

Toutes les vidéos

Autres cours de Rav Menahem Altabe

Toutes les vidéos