VISITE ROYALE : Jour après jour, le Rabbi avait l’habitude de rendre visite à sa mère, la Rabbanit ‘Hanna. Voici comment cela commença et se déroula par la suite :

L’organisation de la visiteLes visites qui avaient lieu aux heures du soir se tenaient habituellement entre 18h et 19h et duraient un court moment (de 5 à 15 minutes). Lors de ces visites, le Rabbi discutait avec sa mère et prenait de ses nouvelles. Les soirs de Chabat et des fêtes, les visites se déroulaient à un moment proche de l’allumage des bougies. Une rencontre supplémentaire se passait chaque vendredi soir après la prière pendant laquelle le Rabbi restait dans la maison de la Rabbanit un plus long moment. Il arriva plusieurs fois que le Rabbi fit une autre visite le jour du Chabat ; et à des périodes particulières, à la sortie de Chabat également.

Rav Leib Pachkess raconte qu’un ‘Hassid qui habitait à cette période au numéro 1418 de President Street (l’immeuble dans lequel habitait la Rabbanit) raconta : « Nous avions eu moi­ même ou un de mes fils, à plusieurs reprises, le mérite de descendre ouvrir la porte d’entrée au Rabbi lorsqu’il venait rendre visite à sa mère. Le Rabbi nous remerciait toujours. Parfois, il souriait aussi à mes enfants ou s’intéressaient à l’endroit où ils étudiaient, à ce qu’ils apprenaient…»

Rav Chmouel Lipsker ajoute que sa famille habitait aussi dans le voisinage de la Rabbanit ; il s’avéra que la Rabbanit évoqua une fois le fait que nous avions ouvert la porte de l’immeuble au Rabbi, sous-entendant par-là que ce dernier n’en était pas satisfait. (Selon une autre source, la Rabbanit demanda de ne pas le faire, exprimant un désir personnel à ce que le Rabbi – qui n’effectuait presqu’aucun effort physique – ait au-moins cette «gymnastique » à réaliser celle d’ouvrir la lourde porte…)

Afin de prévenir sa mère de son arrivée, le Rabbi lui téléphonait avant. Il avait dans sa poche la clé de la porte de l’appartement qu’il ouvrait lui-même pour ne pas la fatiguer. Il arriva plus d’une fois que la Rabbanit sortit dans la rue, devant sa maison, à la rencontre du Rabbi. A ces occasions, ils restaient un petit moment à l’extérieur, discutaient et rentraient ensuite à la maison. « C’était impressionnant de voir le Rabbi et sa mère, la Rabbanit debout, dehors, en train de discuter», racontent des témoins.

La famille Friedman habitait l’immeuble voisin, au 1414. Il s’avéra à plusieurs reprises que le fils Avraham (devenu depuis le célèbre chanteur ‘hassidique Avraham Fried) doué d’un talent musical remarquable, regardait par la fenêtre du troisième étage, chantait « Oufarasta », « Hochia Ete Amé’ha » ainsi que d’autres chants au moment où le Rabbi venait rendre visite à sa mère. Le Rabbi levait alors les yeux dans sa direction et agitait sa main vers l’enfant, en signe d’encouragement.

Le déroulement de la visite

Lorsqu’il entrait dans la maison, le Rabbi et sa mère, la Rabbanit ‘Hanna s’asseyaient au salon et discutaient la plupart du temps en buvant du thé. Le Rabbi faisait toujours attention à ne pas s’asseoir tant que sa mère ne s’était pas elle-même assise. Quelques fois, le Rabbi préparait lui-même les tasses de thé. Durant la discussion, le Rabbi prenait de ses nouvelles et s’enquérait à propos des évènements la concernant. Il s’intéressait même à des détails« secondaires », comme par exemple : « est-ce que la femme de ménage est venue ce matin ?». Tout ceci avait pour objectif de faire en sorte que sa mère soit confortablement installée.

A part cela, le Rabbi s’efforçait de lui parler d’événements qui lui faisaient plaisir ; il lui apportait de la lecture (comme le quotidien « Morguène journal » 0ournal du matin) et différents objets susceptibles de l’intéresser et de lui plaire. La Rabbanit, de son côté, lui répondait de la même façon. Elle lui rapportait des bonnes nouvelles, consciente de le réjouir ainsi. Elle profitait également de ce moment passé avec son fils aîné pour le consulter sur différents sujets personnels.

Plus d’une fois, certaines de ses connaissances lui exposaient leurs problèmes afin qu’elle les soumette au Rabbi. La Rabbanit les évoquait au cours de la visite afin d’entendre l’avis du Rabbi et transmettait ensuite la réponse à ceux qui l’avaient sollicitée. Durant la visite et la discussion avec le Rabbi, elle s’efforçait d’avoir toujours un visage souriant; même si quelque chose la peinait ou l’attristait elle tentait de ne pas en parler du tout.

L’événement le plus connu et le plus surprenant est sans doute celui du décès de son fils, Reb Israël Arié Leib en 5712 (1952). Bien que ceci lui ait été tout le temps caché, elle finit par se douter que les choses n’allaient pas bien avec ce fils. Malgré cela, jamais elle n’en fit part au Rabbi et elle cacha ses craintes à ce sujet.

Vers la fin de sa vie, la Rabbanit ‘Hanna était aidée par Madame Haya Sarah Weiner. Le fils de cette dernière, Rav Bentsion, raconte : « Lorsque le Rabbi venait rendre visite à sa mère, ma mère avait l’habitude de leur préparer des tasses de thé. A l’une de ces occasions, le Rabbi se tourna vers elle et la questionna : « Et pour vous ? Ne buvez-vous pas de thé ? » Ma mère répondit: « J’en ai une à la cuisine. » Le Rabbi rétorqua : « Vous pouvez la boire en notre compagnie », ce à quoi elle répondit:« Non, merci beaucoup. Une maman et son fils n’ont besoin d’aucun étranger… »

Lorsque la rencontre touchait à sa fin, le Rabbi souhaitait à sa mère : « tout le meilleur » ou : « Puisses-tu mériter d’accueillir Machia’h » (de vivre avec Machia’h) ou d’autres souhaits semblables. Par ailleurs, quand la Rabbanit ne se sentait pas bien, le Rabbi ne lui souhaitait pas « bonne guérison ». La Rabbanit expliqua que le Rabbi agissait ainsi afin de ne pas laisser de place à une pensée qui laisserait supposer qu’elle ne se portait pas bien.

En sortant de la maison, le Rabbi entamait une marche rapide en direction du 770. Même si chaque minute lui était très précieuse, le Rabbi faisait preuve d’une patience débordante envers sa mère, durant la visite, comme s’il n’était pas du tout pressé.

Il n’a jamais tourné le dos

Voici un témoignage particulier au sujet de la conduite exceptionnelle du Rabbi lorsqu’il sortait de la maison de la Rabbanit, rapporté par Rav Tsvi Hirsch qui avait eu souvent l’habitude de visiter la maison de la Rabbanit. Il fut présent à plusieurs reprises lors de la visite du Rabbi. « La première fois que je vis le Rabbi sortir de la maison, je remarquai quelque chose d’inhabituel : la démarche du Rabbi était très « étrange » à mes yeux. Tout en marchant vers l’extérieur, il rangeait les chaises, redressait les cadres suspendus au mur.

Lorsque j’assistai à cela pour la première fois, je pensais : Ah bon ? Il y a des personnes qui quittent une maison de cette manière ? Mais quand cet épisode se répéta deux, trois fois, cela me parut extrêmement étonnant. La Rabbanit qui avait lu l’impression d’étonnement sur mon visage, attendit le départ du Rabbi, puis s’adressa à moi : « je vois que tu as observé la manière avec laquelle mon fils part. Pas tout le monde n’y prête attention, mais toi tu l’as fait. Permets-moi alors de te raconter quelque chose … Depuis que mon fils est devenu Bar Mitsva, je n’ai jamais vu ses épaules. Il ne m’a jamais tourné le dos, et il pense que je ne m’en rends pas compte!»

Là, tout devint clair pour moi. Le Rabbi ne voulait pas sortir en tournant le dos, à la manière dont un Juif quitte le lieu de l’Arche Sainte afin que son comportement minutieux passe inaperçu, il tentait de ranger les chaises et sortait en marchant de côté.

L’attitude de la Rabbanit

« Ces visites me font vivre », « Sa visite me procure de la vitalité pour vingt-quatre heures », « Je vis avec la force que m’apportent ses visites » font parties des expressions notées par la Rabbanit ‘Hanna dans ses mémoires, nous informant de la place importante qu’occupaient ces visites dans sa vie.

A la suite d’une période remplie de souffrances et de tribulations, d’une vie de solitude sans son éminent mari, ces visites représentaient pour elle une source de consolation. Qui mieux qu’elle était à même de le décrire comme elle le nota dans ses mémoires:
« La chambre dans laquelle j’habite maintenant n’est pas du tout grande (à ce moment-là, elle habitait à la rue Lincoln), mais pour une certaine raison lorsqu’il se trouve ici, la chambre me paraît plus grande. Beaucoup de sujets dont l’objet est source d’inconfort, s’atténuent tout d’un coup à ce moment. ))

A une autre occasion, elle écrivit : « Lorsque les nuages de mon cœur s’assombrissent, au point qu’il est presque possible de les couper au couteau, après avoir vu mon fils, ils s’affaiblissent considérablement)).

Voici le témoignage du secrétaire de la Rabbanit, Rav Dovber Younik, qui comptait parmi les habitués de la maison : « Les visites du Rabbi étaient pour la Rabbanit le moment le plus spécial de la journée. On peut dire qu’elle «vivait)) toute la journée à travers la rencontre avec son fils, le Rabbi. A l’approche de la visite, elle se préparait à sa venue, même matériellement : elle se revêtait une belle robe et s’asseyait en attendant son arrivée … Durant toutes les discussions, elle cherchait à lui apporter de la satisfaction. Par nature, elle s’intéressait beaucoup au sort des ‘Hassidim et de leurs familles, des activités publiques ‘Habad. Elle allait toujours glaner de telles informations auprès de ses connaissances ou de ses lectures, puis les mentionnait au Rabbi pour lui faire plaisir. »

Rav Bentsion Weiner raconte : « Ma mère était très impressionnée par les visites du Rabbi, elle complimenta son comportement devant la Rabbanit :  » Il est tellement occupé, il trouve le temps de venir et de repartir… Un tel fils qui rend visite chaque jour sans exception… !  » La Rabbanit réagit « Effectivement, il accomplit l’injonction « honore ton père et mère » avec beaucoup d’embellissement, au­ delà de ce qui est imaginable ! ».

Avec le Rabbi et la Rabbanit

Nombreux furent les ‘Hassidim et les élèves de la Yechiva qui avaient l’habitude de rendre visite à la Rabbanit ‘Hanna chez elle. La Rabbanit, de son côté, avait exprimé le plaisir que cela lui procurait ; de leur côté ceux qui étaient présents chérissaient particulièrement le mérite de rester un moment auprès de cette dame si distinguée et intelligente. C’est ainsi qu’il leur arriva de rencontrer le Rabbi au moment de sa visite quotidienne. Parfois, c’est le Rabbi qui apparaissait au moment de leur visite et d’autres fois, c’était l’inverse.

Rav Chalom Dovber Fouterfass raconte : « Très souvent, je rendais visite à la Rabbanit et nombre de fois, le Rabbi apparut au moment où je m’y trouvais. A l’une de ces occasions, lorsque j’entendis le Rabbi approcher, je me dépêchai de me cacher à la cuisine. Tout à coup, le Rabbi demanda à sa mère: « Où est-il ?» La Rabbanit dit: « Fouterfass? » Le Rabbi dit : « Je dois lui passer le bonjour de la part de son père! » En sortant de la cuisine, le Rabbi me transmit de la part de Rav Holland, qui était venu le voir à son retour de Russie, le bonjour de mon père que je n’avais pas vu depuis des années et dont j’avais très peu de nouvelles à cause du Rideau de fer qui nous séparait des Juifs d’URSS.»

Rav Yehouda Leib Raskin, l’émissaire du Rabbi au Maroc rapporta : « Durant ma jeunesse, je m’efforçais de rendre visite à la Rabbanit ‘Hanna pratiquement chaque jour. Une fois, en arrivant, j’aperçus le Rabbi lors de sa visite quotidienne. Bien entendu, je quittai les lieux immédiatement. »
Rav ‘Hitrik raconte : « Conscient de réaliser le souhait du Rabbi, j’avais l’habitude de rendre visite à la Rabbanit ‘Hanna ; en effet, elle avait besoin de compagnie, vu les nombreuses heures qu’elle passait dans la solitude. Elle aimait parler en Russe, elle le parlait bien et voulait parler avec moi. Je passais toujours une demi-heure, voire une heure avec elle.

Le Rabbi m’ouvrit plusieurs fois la porte. Je tentais de savoir à quel moment le Rabbi repartait car tant que le Rabbi était là, elle n’avait besoin d’aucune visite. Lorsque le Rabbi ouvrait la porte, il avait coutume de dire : « Merci de venir passer du temps avec ma mère»
Nous avons un invité

Rav Zalman Chmoulker rapporte une ‘visite’ semblable mais ‘prévue d’avance’ : « Ma mère connaissait la Rabbanit ‘Hanna du camp de réfugiés Pouking en Allemagne où elle lui apporta son aide autant que possible. En 5713 (1953), elle arriva elle aussi à New York ; la Rabbanit l’invita chez elle un soir. Lorsque ma mère en parla à son amie, cette dernière réagit:« C’est impossible, c’est le moment où le Rabbi lui rend visite ; elle ne fixe aucune rencontre à ce moment-là » Ma mère pensa alors s’être trompée, appela la Rabbanit en s’excusant : j’ai cru comprendre que vous m’aviez fixé un rendez-vous à tel et tel moment. Il s’agit peut-être d’une erreur. Mais la Rabbanit lui répondit: « Non, non, il ne s’agit pas d’une erreur, je souhaite vous voir à ce moment-là!» C’est ainsi que ma mère se présenta au rendez-vous à l’heure dite.

Au milieu de la conversation, le Rabbi entra. Ma mère ne savait que faire ; la Rabbanit lui dit : « Reste-ici », se tourna vers le Rabbi en lui présentant ma mère : « Voici la Rabbanit dont je t’ai parlée. » C’est alors que ma mère comprit la raison pour laquelle la Rabbanit avait fixé la rencontre à ce moment précis : elle avait tenu à la présenter à son fils pour qu’il puisse lui aussi la remercier pour son aide.

Mme Sarah Raskin raconte une histoire semblable : « Cela se passa au cours d’une visite de mon mari Rav Mena’hem Mendel à New York. Avant d’être reçu en audience privée avec le Rabbi, il fut invité à rendre visite à la Rabbanit ‘Hanna. Mon mari répondit à l’invitation. Ils s’assirent et se remémorèrent ensemble des souvenirs de Alma Ata où ils avaient habité. Soudain la porte s’ouvrit, le Rabbi entra. Mon mari pâlit et se mit à reculer jusqu’à la cuisine. La Rabbanit remarqua sa ‘détresse’, sourit puis dit au Rabbi : « Nous avons un invité important, Rav Mendel Raskin. Aux heures les plus difficiles passées à Alma Ata, il se souciait de nous procurer les deux pains pour le Motsi du Chabat … Le Rabbi sourit à mon mari et lui adressa une pluie de bénédictions … ».

Je sors tout de suite

Rav Yehochafat Alpert, un éducateur d’lsrael, qui fut invité plusieurs fois chez la Rabbanit ‘Hanna et qui fut chargé d’exécuter plusieurs missions en sa faveur, rapporte son témoignage d’une rencontre personnelle avec la Rabbanit : à la fin de sa visite, la Rabbanit disait : « Dans peu de temps, le Rabbi viendra me rendre visite, je vous le dis au cas où vous ne vous sentirez pas à l’aise lorsqu’il sera là. » Je lui dis que je préférais effectivement sortir avant que le Rabbi ne vienne et je quittai la maison. Rav Yehochafat ajoute : « Lorsque j’entrai par la suite en audience privée chez le Rabbi, il me dit ‘bravo’. Je le regardai avec étonnement, ne comprenant pas à quoi il faisait allusion ; le Rabbi qui avait compris me dit : « Pour la visite chez ma mère. »

Voici l’histoire d’un élève de la Yechiva, un habitué de la maison de la Rabbanit, qui alla habiter en dehors des Etats Unis après son mariage et de ce fait n’avait pas rencontré la Rabbanit pendant une longue période. Lorsqu’il arriva avec sa femme et son fils âgé d’un an à New York, ils se rendirent chez la Rabbanit. Soudain, le Rabbi entra dans la maison de sa mère. Les invités, surpris, se levèrent ; mais le Rabbi leur dit de rester assis et ajouta : «Je n’ai pas l’intention de déranger, je sors tout de suite. » Entre temps, un ballon que l’enfant avait reçu de la dame de compagnie de la Rabbanit roula à terre. Avant que quelqu’un n’ait eu le temps de réagir, le Rabbi se baissa, ramassa le ballon et le tendit à l’enfant … A nouveau, le ballon roula, mais cette fois roula jusqu’à une fenêtre éloignée. Le Rabbi se baissa une seconde fois et apporta le ballon à l’enfant.

Une rencontre dans la rue

Rav Acher Tsailngold, encore élève à la Yechiva du 770 dans les années soixante, témoigne d’une visite exceptionnelle : « Ce jour-là, le Rabbi alla au Ohel. A son retour, il pria Min’ha au 770 et s’en retourna chez lui. Nous savions que le Rabbi s’arrêterait en chemin pour aller rendre visite à sa mère, comme à son habitude. Alors que la voiture du Rabbi roulait vers President Street, plusieurs élèves de la Yechiva avancèrent à pas rapides à l’angle de President Street et de Kingston Avenue pour assister à la rencontre particulière. En nous approchant, nous avions remarqué que la Rabbanit ‘Hanna était assise dehors sur un banc en train de bavarder avec un groupe d’enfants. La voiture s’arrêta à proximité de la Rabbanit, le Rabbi sortit et s’approcha de sa mère. Il ne nous était pas possible d’entendre correctement leur discussion, mais toujours est-il qu’à travers le regard de la Rabbanit, nous avions compris qu’elle disait une phrase dans le sens : «Je veux que tu rentres chez toi ». Le Rabbi avait l’air un peu surpris et réagit avec étonnement « Pourquoi voudrais-tu que je rentre chez moi ? » (Je ne sais évidemment pas si ce sont les mots exacts). La Rabbanit répondit : « Je sais que tu n’as pas encore mangé; tu étais au Ohel aujourd’hui … ». Le Rabbi questionna : « Comment sais-tu que j’étais au Ohel ? ». La Rabbanit pointa du doigt la voiture en disant:« Krinski est là, n’est-ce pas ? » La Rabbanit l’avait déduit du fait que le Rabbi était arrivé en voiture, alors que d’ordinaire il venait à pied. Elle saisit par sa finesse d’esprit que le Rabbi s’était rendu au Ohel ce jour-là. Le Rav Tsailngold conclut sa description : « Lorsque le dialogue entre le Rabbi et la Rabbanit prit fin, ils se tinrent debout et sourirent longtemps, … ensuite le Rabbi regagna sa voiture et s’en alla chez lui »… Qui fait Farbrenguen?

La Rabbanit avait l’habitude de sortir tous les jours et de se mettre debout à l’angle de Kingston et President, tout en observant les passants et en discutant avec des amis et des connaissances. Le Chabat 14 Kislev 5714 marque la date anniversaire des vingt-cinq ans de mariage du Rabbi et de la Rabbanit. Ce n’était pas le Chabat qui bénit le mois, on ne s’attendait pas à ce que le Rabbi fasse un Farbrenguen (réunion ‘Hassidique). Cependant, en l’honneur de ce grand événement, les ‘Hassidim en organisèrent un de leur propre initiative. A la plus grande surprise de tous, le Rabbi entra et s’assit. Lors de ce Farbrenguen, beaucoup d’expressions rares et particulières en relation avec le mariage furent évoquées. A midi, ce même Chabat, la Rabbanit sortit comme à son habitude et se mit au coin de la rue. Lorsque Rav Shaya Sharf passa par-là, elle voulut savoir ce qui se passait au 770 ; et lui – ayant quitté le 770 avant l’arrivée du Rabbi – lui répondit que les ‘Hassidim s’étaient réunis avec Rav Benstsion Chemtov en l’honneur du 14 Kislev. Plus tard, le Rabbi vint rendre visite à sa mère. Elle lui dit qu’elle avait entendu que Rav Bentsion Chemtov avait fait Farbrenguen au 770. Le Rabbi sourit et dit « J’ai fait Farbrenguen, mais le mérite revient à Rav Bentsion.»

Lorsque la Rabbanit raconta cela à un des ‘Hassidim qui lui rendait visite, elle lui révéla la raison de la présence du Rabbi lors de ce Farbrenguen: c’était son souhait.

La force d’être vertueux

Rav Yaakov Dov Katz raconte : « Mon premier voyage chez le Rabbi se déroula en Tichri 5724 (1964). Le Chabat précédant Roch Hachana, le Rabbi fit Farbrenguen. A la fin de celui-ci, j’accompagnai le ‘Hassid Rav Avraham Drayzin (Mayor) chez lui. En passant à côté de la maison de la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hanna, Rav Avraham me suggéra d’entrer chez elle et de lui souhaiter« Gut Shabess ». La Rabbanlt me conna salt depuis le camp des réfugiés Pouking en Allemagne, car nous y habitions dans le même immeuble.

On entra chez la Rabbanit, nous lui souhaitâmes « Gut Shabess ». Elle nous dit que son fils était là et le prévint de notre arrivée. Il fut décidé que le mardi suivant nous aurions une audience privée avec le Rabbi. Lorsque Rav Avraham raconta à la Rabbanit le Farbrenguen du Rabbi, elle s’exprima en Yiddish : « Que Dieu lui donne la force, il travaille tellement dur… ! ».

Précaution extraordinaire

Nous allons conclure par un fait exceptionnel chargé d’enseignement relatant les marques d’honneurs particulières que le Rabbi témoignait à sa mère. Rav Chmouel Lipsker raconte : « En 5724 (1964), lors des Farbrenguen de Sim’hat Torah, le Rabbi parla de la tendance qu’ont certaines personnes de croiser les mains derrière le dos et il fit remarquer que, d’après la Kabala, il faut éviter de se tenir dans une telle position. Un des jours suivants le Farbrenguen, alors que le Rabbi s’approchait de la maison de sa mère, il constata que celle-ci marchait les bras croisés derrière le dos … En voyant cela, il l’imita aussitôt tout en marchant vers elle… Il l’avait fait, bien-entendu, pour qu’elle ne soit pas vexée, à D.ieu ne plaise, lorsqu’elle entendrait que sa « conduite » n’était pas conforme à la remarque que le Rabbi avait faite lors du Farbrenguen.

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