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Le 19 du mois de Kislev, le Youd Teth Kislev, est le jour anniversaire de la libération de Rabbi Schnéour Zalman de Liady, fondateur de la ‘Hassidout ‘Habad, des prisons tsaristes. Cet évènement, pris dans sa linéarité, semble assez simple. Et pourtant, les ’hassidim lui accordent une signification de toute évidence très profonde.

 

Les faits : en 1798 Rabbi Schnéour Zalman est, à la suite du Baal Chem Tov et du Maguid de Mézeritch dont il a été le disciple, l’un des grands Maîtres du ‘hassidisme en plein essor. Il se heurte à l’opposition souvent farouche des tenants du judaïsme synagogal d’alors, inquiets de ce mouvement qui embrase les masses juives laissées jusque-là à l’écart. Calomnies et machinations (on osera, par exemple, dénoncer l’envoi de subsides aux ‘hassidim de Terre Sainte, laquelle est sous la domination de l’empire turc, le grand ennemi de la Russie) aboutiront à l’arrestation du Rabbi par la police tsariste. Crime de haute trahison : Rabbi Schnéour Zalman est conduit à Petersbourg dans le sinistre fourgon noir dont la seule vue inspire la terreur. Il est emprisonné dans la terrible forteresse bâtie sur une ile au milieu de la Neva.

A son procès, le Rabbi doit répondre à de nombreuses questions sur les pratiques et la foi juives. On fait traduire en russe le Tanya, l’immense livre sur lequel il a travaillé vingt ans, dont il a pesé chaque mot, chaque lettre, un ouvrage fondamental de la ‘Hassidout.

Le 19 Kislev enfin, cinquante-trois jours après son arrestation, on annonce à Rabbi Schnéour Zalman qu’il a été reconnu innocent des crimes dont on l’accusait. Il est libre. Depuis, le 19 Kislev est une grande fête ‘hassidique : on l’appelle le « Roch Hachana, le Nouvel an, de la ‘Hassidout ». C’est que, pour les ‘hassidim, ce moment dépasse infiniment sa ponctualité historique. Il marque un tournant capital de notre histoire spirituelle telle qu’elle s’inscrit dans ce monde.

Un tribunal, ici-bas, a en effet tranché. Mais quelle était la question vraiment posée ? Le tribunal d’en-bas, le tribunal russe, renvoie à celui d’En-Haut. Et la question réellement débattue, celle qui était posée En-Haut et à la résolution de laquelle était attachée la sentence des magistrats tsaristes était celle-ci : Rabbi Schnéour Zalman, le grand Maître qui avait porté à un tel degré d’achèvement la pensée ‘hassidique, pouvait-il propager son enseignement ?

Quelques siècles auparavant déjà, Rabbi Yts’hak Louria avait annoncé que, dans les dernières générations, il deviendrait nécessaire de dévoiler la sagesse de la Cabbale. La ’Hassidout la porte en elle. Et les ‘hassidim savent aussi que le Baal Chem Tov a interrogé, au cours d’une élévation que nous sommes impuissants à seulement imaginer, le Machia’h, le Messie lui-même :

« Maître, quand viendras-tu ?

– Lorsqu’au dehors seront répandues les sources de ton enseignement ».

 

Mais pourquoi, peut-on s’interroger, les dernières générations au mérite semble-t-il plus limité que les générations plus anciennes, doivent-elles recevoir pareille révélation ? Parce que, nous dit le Rabbi dans l’un de ses discours, « l’obscurité de l’exil se fait de plus en plus intense. Pour la vaincre, il faut donc avoir recours à une lumière de plus en plus forte. C’est pour cela qu’a été révélée l’âme de la Torah mettant en éveil et révélant les forces les plus profondes de l’âme juive ».

Bien sûr, la dissémination de ces « sources » avait déjà commencé. Les disciples du Baal Chem Tov d’abord, puis ceux du Maguid (qui a quitté ce monde le 19 Kislev de l’année 1772) en avaient reçu le premier surgissement. Il s’exprimait par des commentaires d’une grande concision. Rabbi Schnéour Zalman, cependant, avait voulu aller bien plus loin. Expliquant largement chaque concept, il entendait apporter la dimension la plus profonde de la Torah à la population la plus large, à ce petit peuple à la vie humble et difficile, ignoré des pesants docteurs de la Loi.

Certes, le Tanya peut être l’objet d’une étude méditative toute une vie durant sans même que soit dépassé un niveau encore assez superficiel de son sens. Mais l’important est d’entrer dans ce champ  de sens-là dont la plénitude apparaitra avec l’ultime libération, celle des temps messianiques. Or, chacun, dans le Tanya comme dans toute la ‘Hassidout héritée de Rabbi Schnéour Zalman, peut trouver une entrée à sa mesure. Chacun peut recevoir les vivifiantes sources.

Ainsi, la libération de Rabbi Schnéour Zalman par un tribunal terrestre ne peut que signifier l’acquiescement du Tribunal céleste. Oui, les temps annoncés peuvent maintenant s’accomplir, désormais les sources de la Hassidout peuvent être pleinement libérées, jaillir avec une force encore inconnue et, partout, se répandre.

Alors aussi, c’est l’horizon même du temps qui  apparait et  la fin de l’Histoire qui peut être aperçue. Comment les ‘hassidim pourront-ils jamais danser toute la grandeur, chanter toute la joie d’un tel moment ?

Barou’h Ziegelman

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