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Le «Cocorico!» du peintre
Magazine - Récits
Mercredi, 13 Septembre 2017 14:02

 

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En ce qui me concerne, je suis prêt pour Roch Hachana. J’y suis même prêt depuis avant Pessa’h... Laissez-moi vous expliquer :

 

Avant Pessa’h, j’ai eu la chance de trouver ‘Haïm, un peintre qui accepte de repeindre mon appartement, un garçon particulièrement efficace et consciencieux, mais néanmoins joyeux.

 

Alors qu’il était perché sur son échelle pour repeindre le plafond, la main serrant sa brosse, il chantait des versets des Psaumes, mais aussi des chansons traditionnelles et des mélodies sans paroles. Soudain il se tourna vers moi : « Je t’en prie, aide-moi à terminer le travail dans les délais fixés, je voudrais que le propriétaire soit satisfait de mon travail... ! » Interloqué, je ne comprenais pas vraiment son intervention : « Pardon ? De quoi parles-tu ? » lui demandai-je.

 

Étonné, il se retourna, faillit tomber de l’échelle, et s’excusa : « Oui, j’ai demandé – mais pas à toi, rassure-toi ! Je demandais simplement au Maître du monde de m’aider à mieux achever le travail pour lequel je me suis engagé ! »

 

Ah bon ? J’avais donc affaire à un « Tsadik » caché, un Juste ? Voilà qui méritait une explication ! Il me la donna bien volontiers lors d’une pause café :

 

« J’ai toujours veillé à remplir mes obligations envers mes clients et, D.ieu merci, chaque client me recommande à ses amis. C’est ainsi que j’ai même été engagé dans une école. On avait prévu que je travaille surtout pendant les vacances scolaires et le soir, mais le dernier jour, cela n’a pas été possible et j’ai dû repeindre les murs d’une classe pendant un cours.

 

Vous pouvez facilement imaginer combien cela perturbait la concentration des élèves, mais le professeur, par contre, a très bien su faire face à la situation. Voici ce qu’il a dit : « Les enfants ! Fermez les livres, je vais vous raconter une histoire ! » Et il a commencé à raconter l’histoire archi-connue du jeune villageois qui s’était rendu dans la synagogue du Baal Chem Tov un jour de Roch Hachana. Alors que tous les fidèles pleuraient pendant la prière, le jeune homme qui ne savait pas prier cria de toutes ses forces la seule supplication qu’il connaissait : « Cocorico ! Maître du monde, aie pitié de nous ! »

 

« Combien de fois ai-je entendu ce récit ! Et même les enfants l’avaient apparemment entendue des centaines de fois, sous différentes versions. Mais le professeur eut l’art de les captiver. Même moi, avec ma brosse et mon seau de peinture, j’écoutais bouche bée, incapable de bouger, car, comme les enfants, je m’imaginais à Medziboz, la ville du Baal Chem Tov, il y a plus de 200 ans.

 

« Dites-moi, les enfants, pourquoi pensez-vous que le Baal Chem Tov a demandé aux fidèles de ne pas renvoyer le villageois de la synagogue ? »

 

« Plusieurs doigts s’élevèrent : le petit Avraham estimait que le Baal Chem Tov avait eu pitié de ce jeune garçon ; Yossi pensait que le Baal Chem Tov savait qu’il n’avait pas eu l’intention de créer un scandale et Yts’hak expliqua que le Baal Chem Tov désirait que D.ieu se conduise « mesure pour mesure » avec le peuple juif : de même que les Juifs pardonnaient l’insolence du villageois, de même D.ieu leur pardonnerait leurs fautes. « Vous avez très bien répondu, remarqua le professeur ». Et d’un geste théâtral, il réclama le silence : « Maintenant c’est à moi de vous donner mon opinion. Corrigez-moi si je me trompe, mais moi je pense que le Baal Chem Tov a compris que le seul qui priait vraiment dans cette synagogue, c’était le villageois qui avait imité le cri du coq ! »

 

« C’est alors qu’il développa devant les enfants le sens du mot “prière”. Et je me souviens avoir à ce moment remercié D.ieu : « Rien que pour entendre ce cours, je suis heureux d’avoir choisi la profession de peintre ! »

 

« Les enfants ! Prier, c’est demander à D.ieu ce dont nous avons besoin ! Mais quand on a une requête à présenter au roi, il faut respecter certains principes : d’abord on salue le roi, puis on le loue et on le remercie pour tout ce qu’il a fait jusqu’à présent. Ce n’est qu’après cela qu’on peut exposer sa demande puis on remercie. Tel est le protocole. Remarquez, même quand on demande un service à un ami, on ne saute pas dans la conversation pour parler n’importe comment. Si par exemple je demande l’heure à quelqu’un, d’abord je m’excuse de le déranger, je salue puis je remercie. Quand il s’agit de demander un prêt, on est encore plus respectueux et on ne présente pas directement sa requête. Maintenant imaginez que vous demandiez un cadeau : de l’argent, de la santé, de la réussite dans les études, de l’air pour respirer tout simplement ! Bien sûr qu’on ne demande pas n’importe comment ! Là il faut bien se préparer ! C’est pourquoi nos Sages, les “Hommes de la Grande Assemblée” ont préparé pour nous le texte exact à prononcer, avec l’introduction qui convient, avec les gestes qui correspondent et une façon absolument unique de terminer la prière ! »

 

« Vint le moment de l’exercice : les enfants se virent demander par le professeur d’écrire sur leurs cahiers ce dont ils avaient besoin de leur Créateur. Puis le professeur leur dit d’ouvrir leur livre de prière et de trouver dans le texte les bénédictions mentionnant justement ces besoins qu’ils avaient notés…

 

« Que puis-je ajouter ? » conclut ‘Haïm. Tu peux me croire : ces enfants ont appris en un instant ce que d’autres – et même des adultes – n’ont pas appris au cours de toute une vie !

 

« N’importe quel père dont l’enfant était présent à ce cours n’aura plus besoin de reprendre son enfant durant la prière, de lui demander de se concentrer davantage, de ne pas jouer pendant la prière ! Et comment puis-je affirmer cela ? Tout simplement par ma propre expérience ! Ce cours très concentré m’a ouvert des portes qui auparavant étaient pour moi fermées durant des années ! Jusqu’à ce jour, j’ignorais le sens de la prière. Bien sûr, je savais qu’il vaut mieux prier avec un Minyane (quorum de dix hommes), qu’il ne faut pas parler après “Barou’h Chéamar” etc… Mais maintenant je vis avec chaque mot de la prière. Et je me permets même d’adresser des demandes à D.ieu ici et là, tout au long de la journée et même pendant mes heures de travail comme tu t’en es rendu compte… »

 

* * *

 

C’est grâce à cette conversation avec ‘Haïm, le peintre en bâtiment, que maintenant j’ai compris ce que prier signifie et que je peux affirmer que je suis prêt pour Roch Hachana !

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