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Sim’hat Torah 5734 (1973) : c’était il y a quarante ans et Rabbi Ména’hem Mendel Schneerson, le Rabbi de Loubavitch, que les Juifs, dans le monde entier, ont toujours appelé simplement ” le Rabbi “, entonnait pendant les danses de la fête, à la stupéfaction générale, le cantique traditionnel ” Haadérèt Véhaémouna ” sur l’air de la Marseillaise. Ce chant fut alors, à la fois, la concrétisation et le catalyseur d’une véritable révolution spirituelle qui ne laissa pas la communauté juive de France inchangée.

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Devant un groupe de jeunes juifs français, devant une assemblée essentiellement américaine qui ne comprenait pas ce qui se déroulait sous ses yeux, le Rabbi ouvrit ainsi un chemin qui ne s’est plus jamais refermé. Ce fut certes là un événement unique, sans équivalent. Cependant, on sait, depuis de longues années, que le Rabbi entretint toujours un rapport particulier avec la France. Il manifesta la chaleur de cette relation en de très nombreuses occasions dont l’épisode cité fut sans doute un des points culminants.

Il n’est, bien entendu, pas à notre portée de connaître les raisons profondes d’une telle attitude. Pourtant, peut-être peut-on en retracer l’origine à ces jours anciens de 5693 (1933), l’époque du précédent Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, où le Rabbi quitta Berlin et la célèbre université où il étudiait, après l’arrivée au pouvoir des nazis, pour Paris et la Sorbonne ? Peut-être faut-il en effet voir en cela la base de ce lien qui se maintint ensuite par delà les océans et les événements d’un monde pris d’une folie meurtrière ? Ce n’est pas pour rien que, bien des années plus tard, alors que l’épouse d’un délégué en France rendait visite à la femme du Rabbi, qui n’était autre que la propre fille de Rabbi Yossef Its’hak, celle-ci, connaissant l’ampleur du succès rencontré par le mouvement loubavitch dans ce pays, lui déclara : ” Nous avons labouré et semé ; votre travail est de récolter. ”

C’est à cette histoire que ces pages sont consacrées. C’est une histoire importante pour chacun de nous, Juifs de France, car nous en sommes les héritiers et les continuateurs. Ce qui est présenté ici n’est, bien entendu, pas exhaustif et ne saurait l’être. Qu’il soit considéré comme un premier pas pour prendre la pleine mesure des transformations spirituelles connues par ce pays et par la communauté.

Nous sommes donc en 1933 et le père du Rabbi, Rabbi Lévi Its’hak, écrit à son fils :

” C’est avec une âme animée d’un désir ardent que nous attendions ta lettre de Paris. Elle nous est finalement arrivée en fin de semaine dernière. Que votre arrivée soit en paix. Installez-vous dans votre nouvel endroit et soyez en paix, en tranquillité et sérénité pour toujours. Réussissez en tout et élevez-vous toujours plus haut… “

Nous savons aujourd’hui ce qu’il en fut.

L’HISTOIRE

La résidence du Rabbi à Paris – Première période

Première partie : 5693 – 5696 (1933 – 1936)

Vers la fin de l’hiver 5693 (1933), Rabbi Yossef Its’hak vint à Paris. Il profita de ce déplacement pour aider à l’installation du Rabbi et de son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka.

Comme il l’avait fait à Berlin, le Rabbi continua à Paris à se consacrer, pendant l’essentiel de la journée à l’étude de la Torah, ne laissant que peu de temps pour l’acquisition des connaissances profanes requises par l’Université. A cette époque, un homme fut très proche du Rabbi, il répondait au nom de docteur Méir Chohètman. Il étudia avec le Rabbi à la Sorbonne et eut l’occasion de l’aider. Il raconte :

” Il me fut demandé de l’aider à entrer à l’université. Mais d’abord, il (le Rabbi) voulut apprendre la langue. Je lui proposai un professeur particulier mais il souhaita avoir un cours par écrit. J’allai à la Sorbonne et on me dit d’amener le nouvel étudiant… Il voulait étudier la physique et les mathématiques pour poursuivre le cycle entrepris à Berlin bien que les diplômes obtenus là-bas ne soient pas encore arrivés…

Ils (le Rabbi et son épouse) vivaient dans un petit appartement. Il avait des études fixées dans le judaïsme – Talmud, Paracha, Midrach, ‘Hassidout – et j’étudiai avec lui. Il apprit le français avec une rapidité exceptionnelle et fréquentait les grandes bibliothèques publiques, essentiellement celle de l’université et celle de la communauté juive…

Il priait dans la synagogue ‘hassidique de Rav Avraham ‘Hen… Quand les ‘hassidim l’interrogeaient au sujet de ses études à l’université, il répondait que c’était nécessaire, que, pour savoir quoi répondre, il fallait étudier et connaître. On se rendait compte qu’il avançait dans la voie des membres du Sanhédrin antique qui devaient posséder toutes les langues et les sciences… “

En fait, après son installation à Paris, le Rabbi ne souhaita pas reprendre vraiment ses études profanes. Pour cela, il fallut que son beau- père, Rabbi Yossef Its’hak, vienne à Paris pour des raisons médicales et demande au docteur Chohètman de transmettre à son gendre qu’il souhaitait lui voir continuer ses études universitaires. Une lettre, datée de 5696 (1936) écrite par le Rabbi depuis une maison de repos à Ville-d’Avray témoigne de ce lien particulier avec son beau-père et du rôle que ce dernier entendait lui voir assumer. En tout état de cause, la décision ne fut pas facile à prendre. De plus, il s’agissait de faire entrer le Rabbi à la Sorbonne en milieu d’année, alors que celui-ci ne maîtrisait pas encore le français et qu’il n’était pas en possession des diplômes obtenus à Berlin. Par ailleurs, dans l’université française d’avant-guerre, l’antisémitisme était une opinion répandue et qui semblait à beaucoup légitime. Cependant, des choses importantes étaient décidément en jeu car, malgré ces difficultés et grâce à l’intervention du docteur Chohètman, le Rabbi fut accepté à la grande satisfaction de son épouse et de son beau-père. Il entreprit l’étude de la construction navale et des mathématiques puis plus tard, semble-t-il, celle de la psychologie ainsi que celle d’un certain nombre d’autres domaines qui ne nous sont pas connus avec précision.

De manière générale, le Rabbi ne désirait pas être reconnu comme un érudit et encore moins comme le gendre du Rabbi de Loubavitch de ce temps, ce qui lui aurait valu renommée, manifestations de respect et nombreuses visites. Il prenait toutefois plaisir à discuter de Torah avec les Rabbanim qui, ayant appris sa présence dans la ville, venaient le voir. Les conditions de la vie juive dans le Paris d’alors étaient d’une grande difficulté. Les témoins racontent que le Rabbi et son épouse n’achetaient rien à l’extérieur par souci de cacherout et que la Rabbanit faisait elle-même le pain qu’ils mangeaient. Pour pouvoir consommer du lait, qui constituait l’essentiel de l’alimentation du Rabbi, la Rabbanit allait elle-même à pieds, presque chaque jour, pour en surveiller la traite dans une ferme. Il fallait, pour cela, marcher plusieurs kilomètres… De tels efforts n’arrêtaient pas non plus le Rabbi. Afin de permettre aux Juifs de la capitale de consommer du pain ” Pat Israël “, le Rabbi se rendait chaque semaine, à pieds également et aux petites heures du matin, dans une boulangerie lointaine dans un quartier peu recommandable, pour en allumer le four.

Pendant toute cette période, le Rabbi ne cessa pas d’écrire des pages d’érudition, des commentaires nouveaux qui attirèrent l’attention sur lui. C’est aussi à lui que, malgré l’éloignement, Rabbi Yossef Its’hak, qui se trouvait alors dans les pays baltes, décida de confier la tâche d’organiser et de préparer pour l’édition les lettres qu’il avait écrites à diverses occasions et qui traitaient essentiellement de matières spirituelles et du service de Dieu. Tout cela décrit, il est clair que le Rabbi attirait l’attention par son comportement général. Aussi, Juifs et non-Juifs, y compris au sein de l’université, le considérèrent très vite comme ” un homme saint “. Ce n’était évidemment pas de son fait. Ainsi, pour garder la tête couverte dans la Sorbonne d’avant-guerre, le docteur Chohètman lui suggéra d’utiliser un canotier, le chapeau en vogue dans le Paris d’alors, ce que le Rabbi accepta. De même, contrairement à la coutume d’Europe centrale, il portait une veste courte tous les jours de semaine au lieu du traditionnel vêtement rabbinique plus long. Bien plus tard, il parla de ce choix et indiqua qu’ainsi il put consacrer davantage de temps à l’étude car, dit-il, ” les ‘hassidim ne vinrent pas à moi quand je portai une veste courte. ”

Pendant la période 5695 – 5696 (1935 – 1936), le Rabbi ne cessa pas de voyager entre les lieux de résidence successifs de son beau-père en Lettonie et en Pologne et Paris. Il s’était en effet vu confier de nombreuses tâches et non des moindres. Cependant, son action dans Paris ne se démentait pas. Un homme, ‘Haïm Rudel, qui s’installa plus tard en Israël, raconte :

” Je suis né à Paris en 5691 (1931). En 5696 (1936), je venais à la synagogue de la rue des Rosiers tous les lundi et jeudi où il n’y avait pas d’école. Dans une pièce, il y avait une classe où environ vingt-cinq enfants étudiaient la Torah avec un professeur…

Le Rabbi y venait régulièrement pour veiller au bon déroulement du cours. Il s’intéressait, conseillait et encourageait les élèves et le professeur. Il faisait également la prière de Min’ha et d’Arvit à la synagogue. Il n’habitait pas le quartier mais demeurait dans le 16ème arrondissement. Mon frère Méir, plus âgé que moi, étudiait alors l’ingénierie électrique à la Sorbonne avec le Rabbi. “

Deuxième partie : 5697 – 5700 (1937 – 1940)

Pendant cette période, le Rabbi entreprit, à sa manière discrète et sereine, de diffuser la Hassidout dans Paris. Certes, il fréquentait la Sorbonne mais les témoins du temps attestent qu’il s’y trouvait moins de deux heures par jour et, parfois sautait des jours. Lorsqu’il venait pourtant assister au cours, c’était toujours avec un volume du Talmud ou de Maïmonide dans la main. Il écoutait alors le cours pendant dix à quinze minutes d’affilée avant de retourner à l’étude de l’ouvrage qu’il avait apporté. Quant aux devoirs qu’il devait remettre ou aux examens qu’il devait passer, il les terminait en un temps d’une brièveté surprenante. C’est dans ces conditions qu’il collectionna une série de diplômes dans des domaines très éclectiques, la plupart portant sur les sciences de la nature et le reste sur d’autres sujets.

Dans ce Paris où les ombres montaient, le Rabbi ne renonça à rien. Sur son chemin, il rencontra des Juifs parfois pris de doutes sur la nécessité de l’attachement au judaïsme. Tel rapporte que, fils de ‘hassid, il s’était retrouvé dans la capitale française et ne savait plus que penser du monde. Le Rabbi lui consacra une conversation quasi ininterrompue de dix-huit heures qui le maintint dans la fidélité au judaïsme pour toujours. Tel autre rapporte que, réfugié à Paris après avoir fui Berlin, il cherchait désespérément une Souccah pour la fête. Il finit par rencontrer le Rabbi dans la rue des Rosiers et lui demanda où il pourrait en trouver une. Il ne connaissait pas celui qu’il abordait ainsi et qu’il avait seulement reconnu comme un Juif religieux. Le Rabbi l’invita dans sa propre petite Souccah en plein quartier latin et l’homme garda toute sa vie en mémoire ce soir-là où il crut voir les invités spirituels de la fête apparaître tant l’atmosphère qui régnait dans l’humble demeure était différente. Outre cette référence au quartier latin, deux autres adresses où le Rabbi et son épouse auraient résidé à Paris, nous sont connues : 9 rue Boulard, dans le 14ème arrondissement, et 78 rue Blomet, dans le 15 ème arrondissement. Dans les deux cas, aucun détail n’est parvenu jusqu’à nous.

C’est alors que la guerre éclata. Les nazis, après leurs forfaits commis en Allemagne, déferlèrent sur l’Europe. Ils envahirent alors la Pologne. Rabbi Yossef Its’hak se trouvait, dans cette période, à Varsovie et il dut s’abriter pendant que l’aviation nazie bombardait la ville, et notamment les quartiers connus comme juifs. Il parvint finalement à quitter le pays et arriva à Riga d’où il put enfin s’embarquer pour les Etats-Unis. Paris n’était pas encore une ville occupée et le Rabbi y résidait encore. En ce début de temps de tragédie, c’est lui qui, depuis l’Europe, joua le rôle de plaque tournante pour les actions entreprises afin de sauver Rabbi Yossef Its’hak. C’est encore lui qui se chargea de transmettre toutes les informations à la communauté loubavitch déjà installée aux Etats-Unis.

Pendant cette période, dont chacun mesurait sans peine le danger, le Rabbi, à Paris, s’inquiétait également. Mais son souci était loin de s’attacher à son sort personnel. Il écrivit ainsi :

” J’ai beaucoup de peine du fait que le courrier s’est beaucoup réduit en ce qui concerne la santé du Rabbi. Je m’adresse à vous, je vous prie de me faire connaître tout en détails…

Certainement, vous prenez par écrit les commentaires du Rabbi qui se trouve parmi vous à présent. Peut-être pouvez-vous m’en envoyer une copie ici ? “

A la veille de l’entrée des nazis dans Paris, le Rabbi se fit recenser auprès du commandement militaire français. Cependant, il ne fut pas mobilisé. En Sivan 5700 (juin 1940), les nazis envahirent le pays et occupèrent la capitale. Une des pages les plus dramatiques de l’histoire du peuple juif allait s’ouvrir, donnant au mot martyr un nouveau sens. Pendant toute une année, jusqu’en Sivan 5701 (juin 1941), le Rabbi vécut dans la France de l’occupation. A aucun moment, il n’interrompit son œuvre d’enseignement de la Torah, s’adressant à des Juifs qui ressentaient avec encore plus de force le besoin d’encouragement et de soutien moral et spirituel.

Dès leur arrivée dans la capitale, les nazis entreprirent le recensement de ses habitants. C’était un recensement particulier : il indiquait la race et la religion de chacun. Le but apparaissait à tous : il s’agissait d’effectuer un premier repérage des Juifs. Les nouvelles qui transpiraient des pays occupés par l’envahisseur étaient suffisantes pour comprendre toute la gravité de l’opération. Des escouades de policiers entreprirent ainsi de visiter les habitations, ils arrivèrent à l’endroit où le Rabbi et son épouse demeuraient. Il se trouve que, lorsqu’ils se présentèrent, le Rabbi était absent. Sans doute aussi, son nom de famille n’était-il pas connu, en ce temps-là, comme manifestement juif. En tout état de cause, les enquêteurs repartirent avec, en face de l’identité du Rabbi, la mention ” orthodoxe “, ce qui pouvait s’interpréter comme juif ou chrétien orthodoxe. Lorsque le Rabbi rentra chez lui, il apprit ce qui s’était passé. Sans attendre, il se rendit directement au bureau chargé du recensement et demanda que l’on corrige la rubrique ” religion “. Il devait être inscrit comme ” Juif ” ! Le Rav Rubinstein, en ce temps-là à la tête de la communauté de la rue Pavée, raconta cette histoire des années plus tard, après la guerre, en ne cherchant pas à cacher son émotion devant une telle attitude, seulement comparable à celle de Mordé’haï qui, dans le Livre d’Esther, est désigné comme ” le Juif ” et décrit comme celui ” qui ne se courbe pas et ne se prosterne pas “. Le Rabbi n’avait pas cessé de fréquenter deux synagogues, dont la plus ancienne de Paris, au 17 et au 25 de la rue des Rosiers, y enseignant et y inspirant. Ainsi, dans les ” Réchimot ” du Rabbi, on trouve, depuis 5696 (1936), différents textes portant l’indication ” dit au 17 “.

Le Rabbi et son épouse quittèrent Paris quelques jours avant la fête de Chavouot 5700 (1940). Un ami non-Juif, général dans l’armée française, leur avait préalablement proposé de se cacher dans un pavillon qu’il possédait en dehors de la capitale mais le Rabbi avait refusé l’offre. C’est ainsi qu’il prit place, avec la Rabbanit, dans un des derniers trains qui quittaient la ville et que le couple put franchir la ligne de démarcation et parvenir en zone libre, à Vichy. Le Rabbi n’avait emporté que son talith et ses téfiline qu’il transportait dans une valise. C’était la veille de la fête de Chavouot. Voyant le soleil se coucher, le Rabbi arrêta un taxi, lui confia la valise et lui demanda de la déposer dans un hôtel qu’il lui indiqua. Puis lui-même et son épouse continuèrent le chemin à pieds pendant plusieurs heures après la tombée de la nuit.

La résidence à Vichy dura jusqu’à la fin de l’été puis le Rabbi décida de continuer le voyage jusqu’à Nice. A cette époque, la région n’était pas sous occupation allemande mais italienne, ce qui rendait le danger moins immédiat. Le Rabbi et son épouse y restèrent huit à neuf mois, jusqu’au début de l’été 5701 (1941). Même moins pressant, le péril demeurait. Aussi le Rabbi et la Rabbanit évitaient de sortir autant que possible, ce qui n’empêcha pas le Rabbi de continuer son action. C’est ainsi, raconte une femme bénéficiaire de l’opération, que le Rabbi veilla à la fabrication de faux papiers qui lui permirent de passer la frontière et, probablement, d’avoir la vie sauve. De même, dans cette époque troublée, seuls avaient accès à un hôtel ceux qui pouvaient montrer qu’ils possédaient un billet de cent dollars, une somme alors assez importante. Or ne pas avoir de lieu de résidence constituait, pour un Juif, un danger mortel. Le Rabbi allait donc par les rues de la ville et, lorsqu’il rencontrait un Juif en peine, il lui remettait le seul billet de cent dollars en sa possession afin qu’il trouve une place. Ce billet sauva ainsi bien des vies. Cette attitude fit que le respect de tous envers le Rabbi alla grandissant. Lorsqu’on s’aperçut que celui-ci ne mangeait quasiment rien du fait de ses scrupules particuliers en matière de cacherout, plusieurs personnes, y compris non-juives, s’efforcèrent de résoudre, autant que faire se pouvait, cette difficulté. Ainsi, malgré la pénurie, le propriétaire de l’hôtel remit régulièrement quelques morceaux de sucre à la Rabbanit. Soucieux de l’autre, le Rabbi ne renonça pas, pour autant, au moindre accomplissement spirituel personnel. Ainsi, à l’approche des fêtes du mois de Tichri 5741 (1941), le Rabbi se rendit secrètement à la frontière italienne pour se procurer un étrog qui lui convenait sans tenir compte du risque couru pour cela. De cette expédition, il ramena, du reste, deux étrog, l’un pour lui-même et le second qu’il offrit au Rav Rubinstein qui se trouvait également dans la ville. Et cette attitude ne se démentit jamais.

Pendant ce temps, Rabbi Yossef Its’hak, depuis New York, ne cessait pas ses efforts pour faire sortir le Rabbi et son épouse de l’Europe en flammes. Enfin, un visa d’entrée aux Etats-Unis leur fut accordé. Il devait être reçu à Marseille où une représentation américaine existait encore. Le Rabbi et son épouse durent donc quitter Nice pour Marseille où, bien que le séjour fut très court, le Rabbi fut vite entouré de nombreux Juifs venus chercher auprès de lui sagesse et réconfort. Enfin, le 20 Nissan 5701 (17 avril 1941), le Rabbi reçut le visa attendu. Les difficultés n’étaient pas terminées puisqu’il fallait encore passer en Espagne puis au Portugal avant de s’embarquer enfin de Lisbonne pour les Etats-Unis sur un des tout derniers bateaux à traverser l’Atlantique sous la menace des bombardements allemands et des arraisonnements en haute mer. Mais tout cela constitue une autre histoire. Dans ce cadre, il faut seulement se souvenir que le Rabbi et la Rabbanit arrivèrent dans le port de New York le 28 Sivan 5741 (23 juin 1941) à bord du paquebot Serpa Pinto.

La résidence du Rabbi à Paris – Deuxième période

Après la guerre, le Rabbi eut l’occasion de revenir à Paris dans des conditions tout à fait différentes. Cela se passa en 5707 (1947). Dans l’URSS de Staline, le père du Rabbi, Rabbi Lévi Its’hak Schneerson, avait été condamné, pour son activité religieuse – il était rabbin de Yékatrinoslav – à la relégation dans un village reculé de l’asie soviétique, où son épouse, la Rabbanit ‘Hannah choisit de le rejoindre. La dureté des conditions de vie, le dénuement absolu eurent raison de sa santé. Il quitta ce monde en 5704 (1944) à Alma Ata où il repose jusqu’à ce jour. Il restait à faire sortir la Rabbanit ‘Hannah d’URSS. Cela ne fut pas facile et nécessita de nombreux efforts. Enfin, en Adar 5707 (février 1947), ce fut chose faite. La Rabbanit ‘Hannah, après de nombreuses tribulations, rejoignit le monde libre. Le Rabbi quitta New York pour l’accueillir à Paris. C’est cette visite historique qui est abordée ici.

Le Rabbi arriva donc à Paris au début du mois d’Adar, il quitta la capitale avec sa mère plus de trois plus tard, après la fête de Chavouot. C’est dans cette période que le Rabbi commença à être connu par tous. De fait, dans cet immédiat après-guerre, nombreux furent les ‘hassidim qui avaient pu quitter l’URSS à la faveur de la fin des hostilités et se trouvaient alors à Paris. Ce fut, pour la plupart, leur première rencontre avec le Rabbi, qui leur permit de percevoir sa grandeur et son élévation particulières.

La Rabbanit ‘Hannah était hébergée chez le Rav Zalman Schneerson, qui avait à Paris une action communautaire et, dans ce but, avait créé une association qui s’était rendue propriétaire d’un petit immeuble de trois étages situé 10 rue D.ieu, près de la place de la République. C’est dans cet immeuble, qui existe toujours, que le Rabbi rendit deux fois par jour visite à sa mère et qu’il s’exprima devant les ‘hassidim rassemblés avant de quitter la France. La Rabbanit ‘Hannah y occupait une chambre indépendante tandis que le Rabbi demeurait à l’hôtel Edouard VII, avenue de l’Opéra. Le Chabbat et les jours de fête, le Rabbi se rendait à pieds jusqu’à la résidence de sa mère. Une synagogue se trouvant dans l’immeuble, il y écoutait la lecture de la Torah et, parfois, demandait à dire quelques mots. Puis il prenait le repas avec sa mère. A ce repas, venait se joindre un groupe de ‘hassidim.

Les anecdotes rapportées au sujet de cette période sont nombreuses. On se contentera ici d’en citer quelques unes. Un des témoins de cette période raconte qu’un certain vendredi un livre de ‘Hassidout nouvellement imprimé arriva au Rabbi. Ce Chabbat, la prière du matin se termina vers 12h30 et les présents ne tardèrent pas à rentrer chez eux, d’autant plus qu’il faisait particulièrement chaud. Le Rabbi attendit un instant puis il s’installa dans un coin de la synagogue et étudia l’ouvrage pendant six heures d’affilée jusqu’à l’avoir terminé. Pour lui, chaque instant était irremplaçable. C’est ainsi qu’un jour, un groupe de Juifs se présenta à son hôtel pour lui parler. Le Rabbi les fit attendre quelques instants et, lorsqu’il leur ouvrit la porte, s’en excusa après d’eux. L’un d’eux répondit naturellement : ” Ce n’est pas grave “. Le Rabbi fit observer très sérieusement : ” Que cela signifie-t-il ? Quelques minutes, c’est un laps de temps très précieux. ” Le Rav Ben Tsion Chemtov était un de ses proches et il allait rendre visite au Rabbi à son hôtel. Il eut ainsi l’occasion de remarquer que le lit du Rabbi était encombré de nombreux livres qui n’avaient pas manifestement été déplacés depuis plusieurs jours. Il en conclut que le Rabbi ne s’autorisait que très peu de sommeil et uniquement assis sur une chaise. Ce diagnostic fut confirmé par un autre ‘hassid qui entendit d’un des employés de l’hôtel que, dans la chambre du Rabbi, ” l’électricité était allumée toute la nuit ” et que ” l’on entendait les pas d’un homme allant de long en large. ”

Pendant ces quelques mois où le Rabbi résida à Paris, il apparaît qu’il rencontra de nombreuses personnes dans la plus grande discrétion. Il s’agissait d’entrevues essentielles pour le maintien et le renforcement du judaïsme. Dans de nombreux domaines, l’action du Rabbi se fit sentir avec une grande présence. C’est ainsi qu’existent des lettres retraçant son intervention dans l’accueil des réfugiés qui fuyaient alors l’Union Soviétique et débouchaient à Paris. Il s’occupa également, dans cette même période, de créer à Paris une branche du ” Merkaz Léinyanei ‘Hinou’h “, l’organisation loubavitch chargée des problèmes d’éducation, du ” Ma’hané Israël “, l’œuvre d’action sociale du mouvement loubavitch, une institution de jeunes filles ” Beth Rivka ” et une section des éditions loubavitch ” Kehat “. Il fit notamment éditer en français différents recueils sur le judaïsme. Cette action ne se fit pas sentir qu’en France mais eut des effets également dans d’autres pays d’Europe tels que l’Allemagne, l’Autriche ou la Tchécoslovaquie ainsi que dans les camps de réfugiés existant alors. Bien entendu, malgré l’éloignement, le lien avec son beau-père, Rabbi Yossef Its’hak, ne se distendit à aucun moment. Plus encore, sur un certain nombre de sujets, celui-ci répondit à ceux qui l’interrogeaient qu’il faudrait attendre le retour de son gendre.

Comme il l’avait fait avant-guerre, le Rabbi retrouva le chemin de la rue des Rosiers. Il fut invité un jour à donner un cours dans la synagogue du 25 de la rue. Ce cours exceptionnel a laissé une marque ineffaçable à tous ses auditeurs. La synagogue, pour ce rendez-vous, était comble. Un témoin raconte :

” A la synagogue étaient venus des Rabbis, chefs de communauté, des érudits, des ‘hassidim et de simples Juifs de toute la communauté. Le Rabbi entra dans la synagogue avant la prière de Min’ha. Immédiatement, toute l’assemblée se leva. On conduisit le Rabbi à un endroit noble de la synagogue, devant le mur ‘est’, et on pria. Puis le Rabbi demanda ce qu’on avait l’habitude d’étudier. Il lui fut répondu qu’on étudiait ‘Eïn Yaacov’. Il prit le livre correspondant, y regarda quelques secondes et commença à parler du sujet auquel on s’était arrêté la fois précédente, recourant à tous les degrés d’interprétation du texte avec une clarté incomparable. Il parla ainsi pendant une grande heure. On fit alors la prière du soir puis les responsables de la synagogue demandèrent au Rabbi de dire encore quelques mots. Celui-ci commença par refuser mais, devant l’insistance de tous, finit par accepter. Il s’enquit du texte étudié habituellement : c’était le Choul’han Arou’h, lois des téfiline. Immédiatement le Rabbi se mit à expliquer. L’enseignement dura encore une heure dans un silence absolu. Lorsqu’il eut terminé, les responsables demandèrent au Rabbi de donner aussi le cours de Tanya qui avait normalement lieu à cette heure. Le Rabbi accepta et, en conclusion, relia les trois études qui venaient d’être faites de manière si éblouissante que les présents ne purent cacher leur enthousiasme. Puis il termina ainsi : ‘Yaacov – Rabbi Yossef Its’hak – est déjà prêt pour la Délivrance, le retard n’est dû qu’au ‘troupeau (qui) allaite’. Que chacun mérite d’aller à la rencontre de Machia’h avec son Rabbi et nous irons avec notre Rabbi rapidement, en notre temps, amen’. ”

Le Rabbi s’employa aussi à encourager les ‘hassidim. C’est ainsi que l’un d’eux, qui s’était auparavant trouvé dans un camp de réfugiés en Allemagne, se plaignit que des Juifs appartenant à un certain groupe faisaient quelques problèmes aux ‘hassidim parce que ces derniers s’occupaient de rapprocher des Juifs éloignés de la pratique des Mitsvot. Le Rabbi se contenta de lui répondre : ” Ils ont besoin de crier, nous avons besoin d’agir. ” A cette époque, beaucoup de ‘hassidim se trouvaient à Paris dans l’attente de refonder leur vie quelque part dans le monde. Ils avaient le statut de réfugiés et beaucoup d’entre eux habitaient, à tire provisoire, dans un hôtel, dénommé ” Prima, en banlieue parisienne. Le Rabbi parla longuement devant eux, dans le cadre d’une réunion ‘hassidique de Lag Baomer 5707 (1947), et cette rencontre laissa une marque profonde. Le Rabbi visita aussi diverses institutions éducatives, interrogeant les enfants, les invitant à poursuivre leurs efforts et insistant sur une idée que Rabbi Yossef Its’hak lui avait citée avant qu’il quitte les Etats-Unis : ” Nos enfants sont nos garants. ”

Mais le temps arriva de quitter Paris. Avant de partir, le Rabbi parla aux ‘hassidim pendant toute une nuit, dans la maison de Rav Zalman Schneerson. Cette réunion ‘hassidique est restée dans les mémoires. Tous en comprenaient le sens : c’était une cérémonie d’au revoir. Nombreux furent les participants. Au bout de plusieurs heures d’explication, de commentaires, alors qu’il était déjà minuit et que la plupart de ceux qui étaient venus étaient rentrés chez eux, le Rabbi s’adressa aux ‘hassidim encore là. Il demanda à chacun son nom, indiquant de dire ” lé’haïm ” et expliquant les implications spirituelles et matérielles du nom concerné. Ce n’est qu’après que le Rabbi eut terminé qu’ils se levèrent et dansèrent avec une joie intense jusqu’à huit heures du matin. Au total, cette réunion dura entre dix et onze heures.

Rav Aaron Mordé’haï Zilberstraum, qui y était présent, raconte :

” J’étais responsable de la prière des enfants dans l’école (du Rav Zalman Schneerson). Aussi, j’étais obligé de partir à 6h30 du matin. Plusieurs des présents avaient déjà reçu la bénédiction du départ du Rabbi qui devait prendre le train, à la gare non loin de là, à environ 11h. Le Rabbi commença à me bénir également mais je lui dis que j’avais l’intention de revenir un peu plus tard spécialement pour son départ. Il ne répondit pas et continua à me bénir. J’avais calculé que je resterais avec les élèves de 7h30 à 9h. C’est ce que je fis et, à 9h30, j’allais prendre le train, à la gare près de l’école. Mais, à mon grand étonnement, les employés avaient entamé, à ce moment-là, une grève et je ne parvins pas non plus à trouver un taxi. En résumé, je ne réussis pas à dire au revoir au Rabbi et je dus me contenter de lui envoyer un télégramme. “

Rabbi Yossef Its’hak avait demandé au Rabbi, pour ce voyage de retour avec sa mère, de ne pas prendre l’avion comme à l’aller mais le bateau. C’est ce que fit le Rabbi et beaucoup de Juifs de Paris, dont de nombreux ‘hassidim, l’accompagnèrent en car jusqu’au port pour saluer son embarquement à bord du paquebot Mauritania puis son départ.

Au fil des années

Une fois le Rabbi de retour aux Etats-Unis, et plus exactement à New York dans ce quartier de Crown Heights qu’il ne quitta plus, le souci de ce qui se passait à Paris continua de se faire jour de manière évidente. Cette relation s’exprima d’abord par une correspondance continue avec ceux qui habitaient la France. Les lettres sont, bien entendu, très nombreuses. On se contentera, dans ce cadre, d’en citer quelques-unes à titre d’exemple et dans l’ordre chronologique.

Ainsi, Le Rabbi s’empressa d’écrire aux ‘hassidim demeurant à Paris pour leur dire qu’il était bien arrivé et insister sur la nécessité d’agir dans la ville, y compris à l’extérieur du cercle de la communauté loubavitch. Parmi les encouragements donnés dans la lettre en question, datée de 5707 (1947), on trouve la participation à un groupe d’étude des Michnayot par cœur et notamment :

” Le Rav Friedman, de la synagogue 25, a demandé que l’on associe des fidèles de la synagogue à ce groupe. Certainement, vous lui poserez maintenant la question à ce sujet et l’encouragerez à étendre cette activité. ”

Il s’agit ici de la synagogue du 25 de la rue des Rosiers où le Rabbi était intervenu à plusieurs reprises avant et après-guerre.

Au Rav Ben Tsion Chemtov, dont il a été rappelé plus haut qu’il fut un des proches du Rabbi, celui-ci écrit le 11 Nissan 5711 (17 avril 1951). Il souligne d’abord la responsabilité qui incombe à celui qui se trouve dans un quelconque endroit, relevant qu’il y a toujours été conduit par la Providence Divine pour y accomplir une mission spirituelle, de diffusion du judaïsme, nécessaire à l’endroit. Puis il complète la lettre d’une note manuscrite dans laquelle il cite une ville : Paris. Pour comprendre la portée de ce qui y est dit, sans doute faut-il retrouver l’atmosphère de l’époque. Rabbi Yossef Its’hak a quitté ce monde l’année précédente. Le Rabbi lui a succédé et ce passage a été d’une ampleur spirituelle, morale et émotionnelle dont on ne peut, encore aujourd’hui, que supposer les contours. C’est précisément tout cela qu’en quelques lignes bouleversantes, le Rabbi décrit à son ‘hassid :

” J’ai lu aujourd’hui votre lettre sur le tombeau (de Rabbi Yossef Its’hak). Pessa’h 5747 (1947) à Paris n’était-il pas plus tranquille ? Seule consolation : quatre ans plus proches de la venue de Machia’h, très bientôt, en notre temps, amen. Mais, cela ne va pas. D’un autre côté, ‘quelque chose est-il extraordinaire pour D.ieu ?’ Vous pouvez agir pour Dieu. Et justement dès maintenant. “

Les années passèrent mais elles ne touchèrent jamais à un véritable souvenir vivant. Il n’est donc pas surprenant que le Rabbi parle de la synagogue du 17 rue des Rosiers en ces termes (Iguerot Kodech, vol. XXII, p.148) :

” …que cela se multiplie dans tous les sujets de la synagogue, tant dans le domaine de la prière que dans les cours de Torah étudiés publiquement, ou individuellement. Comme l’explication des sages est connue sur le verset : ‘D.ieu aime les portes de Sion plutôt que les demeures de Yaacov’, les portes indiquées dans la Hala’ha (Bra’hot 8a).

En particulier d’après ce dont je me souviens des années où j’ai demeuré à Paris et où j’ai souvent prié dans la synagogue en question ; ce petit sanctuaire est apte à ce qu’on y fasse grandir la prière et aussi la Torah, car il correspond à son nom, ‘petit sanctuaire’, maison du Roi, le Roi de l’univers (Méguila 27a). “

Enfin, une lettre permet de comprendre tout ce que le Rabbi attendait de cette ville où il avait vécu. Datée du 12 Kislev 5723 (9 décembre 1962), elle est adressée aux ” jeunes qui s’occupent des actions de diffusion des sources (de la ‘Hassidout) à l’extérieur et, en particulier, dans la ville de Paris et ses environs “. En voici la traduction :

” J’accuse réception de votre lettre du 7 Kislev où vous écrivez les grandes lignes des actions indiquées.

Certainement, tout cela est réalisé sans toucher à l’étude de la Torah, sa partie révélée et la ‘Hassidout, ainsi qu’à l’œuvre de la prière etc.

Cela est en effet possible et, comme l’ont enseigné nos Sages, ‘une Mitsva entraîne une autre Mitsva’.

D.ieu veuille que vos actions soient un succès. Le mois de Kislev est le mois des miracles et de la libération et, en particulier, le jour propice du 19 Kislev, la libération de Rabbi Chnéour Zalman et la libération et la délivrance de notre âme, et après cela les jours de ‘Hanoucca qui ajoutent et avancent dans la lumière de jour en jour.

Avec une bénédiction de réussite dans tout ce qui a été dit. “

C’est à partir du début des années 70 que des Juifs français vinrent régulièrement rendre visite au Rabbi. Leur arrivée fut d’abord perçue comme une sorte d’événement. C’était là les prémices d’une communauté en voie d’éclosion. Ils étaient encore bien peu nombreux et fort jeunes mais le groupe allait vite grandir pour atteindre, dans les années 90, des centaines pendant la période des fêtes, et des milliers pendant les douze mois de l’année. L’enthousiasme qui les caractérisait fut rapidement reconnu comme un des éléments de base de leur personnalité nationale et il bouleversa certaines conceptions anciennes dont les porteurs n’avaient peut pas su voir et comprendre les attentes et les changements du monde.

A toute chose importante, il faut un début. Celui de cette évolution fut, sans aucun doute, cette étrange Marseillaise qui, en ce Sim’hat Torah 5734 (1973) retentit dans la synagogue du Rabbi, entonnée par lui entre ces murs du ” 770 ” qui n’avaient connu, jusque là, que les harmonies de l’âme ‘hassidique. C’est cet événement qu’il convient, à présent, de décrire.

Il y a quarante ans, la Marseillaise

Tichri 5734 (1973) : les grandes fêtes avaient commencé, comme tous les automnes, mais, cette année-là, tout fut différent. Le jour de Yom Kippour, Israël dut, une fois de plus, affronter les armées coalisées de ses voisins. Le monde juif, bouleversé, ne savait pas de quoi l’avenir serait fait. Pendant tout l’été précédent, le Rabbi, sans jamais dire à quoi il faisait allusion, n’avait cessé de parler de ” l’ennemi qui veut se venger ” et avait demandé avec insistance que l’on aille voir les enfants, qu’on leur fasse donner la charité et réciter des versets de Torah, soulignant les fortes paroles des Psaumes qui proclament que, par ce moyen, on peut justement ” abattre l’ennemi et le vengeur. ” Les ‘hassidim, partout dans le monde, avaient répondu à cet appel et l’événement était arrivé auquel personne n’aurait pu croire dans l’euphorie maintenue depuis la guerre des six jours. L’histoire l’a retenu sous le nom de guerre de Kippour.

Pendant ce temps, chez le Rabbi, les fêtes avaient commencé avec toute la solennité requise. Cependant, face à la situation, le Rabbi avait choisi une réponse historique et immémoriale : la joie. C’est donc dans cette atmosphère étonnante que ce début d’année juive s’était déroulé. Un groupe de jeunes Français était là, une trentaine de personnes environ. Ils étaient parmi les premiers venus de France à retrouver leurs racines et, pour beaucoup d’entre eux, ils venaient pour la première fois rencontrer le Rabbi. Les fêtes de Souccot s’étaient passées avec une allégresse propre à repousser toutes les tentacules de l’inquiétude puis ce fut le temps de Sim’hat Torah. Chez le Rabbi, cette fête a toujours été un temps privilégié mais personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer cette fois-ci. Un témoin raconte :

” Les Hakafot, les danses de la fête avec les Séfer Torah, s’étaient déroulées dans la plus grande allégresse, comme toujours chez le Rabbi. Et cette joie semblait briser toutes les barrières. La synagogue était pleine et chacun se tenait à sa place pour ne rien perdre de ces moments précieux. Arriva la cinquième Hakafa. On donna les Séfer Torah à quelques-uns des vieux ‘hassidim présents, comme c’était l’habitude et comme cela avait été le cas pour les danses précédentes.

L’un d’entre eux fut remis au Rav Azimov, le délégué du Rabbi à Paris. Tout cela n’avait rien d’étonnant et chacun attendait, avec une joie et une impatience contenues, le début de la Hakafa. C’est alors qu’on vit le Rabbi appeler son secrétaire et lui dire quelques mots que personne, sauf lui, ne pouvait entendre. Cela ne dura pas longtemps. Très vite, le bruit courut dans la vaste salle : le Rabbi voulait que tous les Français présents participent à cette Hakafa ! Il insistait, indiquant qu’ils devaient tous y participer même s’il n’y avait pas assez de Séfer Torah pour en donner un à chacun ! L’émotion envahit tous les cœurs. Compte tenu de l’affluence, quitter sa place et rejoindre le centre de la synagogue où la danse avait lieu n’était pas chose facile. Mais qui aurait refusé de répondre à la demande du Rabbi ? D’une manière ou d’une autre, chacun réussit dans cette entreprise et se trouva bientôt à l’endroit voulu, attendant le début de la Hakafa.

Un des vieux ‘hassidim agit comme la tradition le voulait : il lança un chant ‘hassidique traditionnel que tous allaient reprendre, donnant ainsi le signal du départ à cette cinquième danse de la fête. Le Rabbi avait coutume d’encourager les chants ainsi lancés depuis sa place, à son pupitre installé sur une estrade, afin que tous puissent le voir, dans le coin supérieur droit de la synagogue. Cette fois, cependant, il montra que ce n’était pas ce chant-là qu’il souhaitait en ne réagissant pas à son audition. Très vite, les présents le réalisèrent. Des ” chut… chut… ” se firent entendre et le silence fut rétabli. Le Rabbi quitta alors son pupitre, son livre de prières à la main. Il s’avança jusqu’au bord de l’estrade où il se tenait et entonna un chant que personne ne reconnut dans l’assistance.

Parmi les Français qui participaient à la Hakafa, certains finirent pourtant par identifier les bribes de mélodie qui parvenaient jusqu’à eux au travers de la distance qui les séparaient de l’estrade. Incrédules, ils se mirent à susurrer : ” C’est la Marseillaise, le Rabbi chante la Marseillaise ! ” On les fit rapidement taire : c’était impossible. Que serait venu faire l’hymne national de la France dans une telle assemblée, en une telle occasion ? Mais le Rabbi continuait à chanter et il fallut se rendre à l’évidence.

Ne comprenant rien à ce qui arrivait, les Français commencèrent, à leur tour, à en chanter l’air sans les paroles puisque le Rabbi y avait manifestement mis d’autres mots. C’est dans une atmosphère indescriptible que la Hakafa s’acheva. Cependant, ce n’était pas encore fini. Le Rabbi demanda que tous les Français viennent le rejoindre sur l’estrade où lui-même se tenait. Il fit servir à chacun d’eux un peu de vodka et, accoudé sur son pupitre, attendit que, l’un après l’autre, ils disent ” lé’haïm “, souhaitant à chacun individuellement ” lé’haïm – à la vie ” avec un sourire éblouissant. Chacun retourna ensuite à sa place. On apprit aussi que le Rabbi avait chanté, sur l’air de la Marseillaise, les mots du cantique récité le Chabbat et les jours de fête, ” Haadérèt Véhaémouna “, qui proclame la grandeur de Dieu. Les Français, devenus les héros du jour, passèrent la nuit qui suivit dans un état d’esprit nouveau.

Le lendemain matin, dans la prière de la fête, l’officiant, impressionné par les événements de la veille comme tous ceux qui y avaient assisté, voulut, quand le moment en fut venu, chanter le cantique ” Haadérèt Véhaémouna ” sur l’air de la Marseillaise. Debout à son pupitre, le Rabbi ne fit que quelques très légers signes d’encouragement, manifestant que, sans condamner l’initiative, il ne l’approuvait cependant pas. Personne ne sut comment interpréter ce qui semblait un brutal revirement.

La réponse fut donnée le lendemain, lors de la traditionnelle réunion ‘hassidique qui concluait la fête. Le Rabbi y expliqua que ce chant était lié à la France et qu’il avait été donné spécifiquement aux Français, soulignant que le fait de le chanter à Brooklyn n’avait pas de signification. Puis il demanda, une fois de plus, à tous les Français présents de venir se grouper sur un côté de l’assemblée. L’entreprise fut, là encore, réalisée non sans mal car la trentaine de personnes concernées se trouvait disséminée dans toute la grande salle bondée.

Une fois que ce fut fait, le Rabbi appela le Rav Azimov et lui remit une bouteille de vodka pour en distribuer un peu à chacun des Français. Il lui remit également une ‘halla qui se trouvait devant lui en lui disant que, puisqu’il y avait également des jeunes filles et qu’elles n’avaient pas l’habitude de boire de la vodka, chacune en recevrait un morceau. Rav Azimov servit donc à chacun un peu de vodka et, comme le soir de la fête, le Rabbi dit ” lé’haïm ” à chacun, individuellement, avec ce sourire toujours littéralement éblouissant.

Puis, le Rabbi s’adressa à cette trentaine de personnes en français alors que des milliers d’autres restaient sans comprendre. Il prononça les mots suivants :

“C’est pour faire la révolution en France contre le Yétser Hara (le mauvais penchant – ndlr) as soon as possible (aussi tôt que possible – ndlr) Bésim’ha, avec joie et inspiration. Et le bon D.ieu vous bénira pour être Mékabel Pné Machia’h Tsidkénou (pour accueillir le Messie – ndlr)”.
Ces mots résonnent encore dans la tête de ceux qui les entendirent comme s’ils avaient retenti hier. 

Depuis lors, la Marseillaise s’élève avec les mots de ” Haadérèt Véhaémouna “, chaque Chabbat et jour de fête, dans toutes les synagogues loubavitch de France. Il faut sans doute indiquer que le Rabbi se fit là le continuateur d’une œuvre entamée, d’une autre manière, par Rabbi Chnéor Zalman, le fondateur du ‘hassidime ‘Habad, au début du XIXème siècle. En effet, Rabbi Chnéor Zalman, contemporain de Napoléon Ier et son adversaire, avait adopté une marche militaire de l’armée impériale et en avait fait un chant ‘hassidique, entonné encore aujourd’hui, dans toutes les synagogues loubavitch, à la fin de Yom Kippour, en signe de victoire spirituelle. Dans les deux cas, il s’était agi de transformer un monde, de faire qu’y règnent le souci et la recherche du lien avec Dieu. C’est cette idée que le Rabbi devait expliciter plus tard, notamment dans les deux commentaires dont une traduction est présentée ci-après.

La révolution française spirituelle

C’était le Chabbat 23 Kislev 5752 (30 novembre 1991), au lieu de commencer son enseignement par une référence à ‘Hanoucca, dont on allumait la première flamme le lendemain soir ou à la section de la Torah qu’on lisait cette semaine, le Rabbi adressa en ouverture quelques mots de bienvenue à un groupe de Juifs de France venus en visite. En retour, ils dirent tous ” lé’haïm ” au Rabbi qui répondit d’un signe de tête à chacun. L’assemblée, sentant que ces Français allaient être, en quelque sorte, les invités d’honneur de la réunion, entonna l’air de la Marseillaise avec les mots du cantique ” Haadérèt Véhaémouna. ” Ce chant est un des thèmes majeurs de l’enseignement présenté synthétiquement ci-après, qui reprend également celui prononcé le Chabbat précédent qui en annonçait les grandes lignes.

Lorsque Napoléon, à la tête de ses armées, envahit l’Europe de l’Est, certains chefs spirituels du judaïsme apportèrent leur soutien aux forces françaises ; espérant que leur victoire apporterait une amélioration au statut des Juifs. L’Admour Hazakène (Rabbi Chnéor Zalman, fondateur du ‘hassidisme ‘Habad – ndt), lui, prit le parti du tsar Alexandre Ier . Il expliqua que la victoire de Napoléon aurait, sans aucun doute, un effet positif sur la condition économique et sociale des Juifs mais qu’elle affaiblirait leur engagement spirituel comme leur pratique des commandements de D.ieu. Une victoire de la Russie, inversement, maintiendrait des conditions économiques difficiles mais, en même temps, nourrirait l’atmosphère spirituelle de crainte de D.ieu qui prévalait alors.

Pourquoi l’Admour Hazakène s’opposa-t-il si fermement à Napoléon ? C’est qu’au cœur de la révolution française se trouve le mépris de toute autorité supérieure. Certes, le rejet de la monarchie par les révolutionnaires français fut bien inspiré par des idéaux humanistes de justice et d’égalité. Cependant, ceux-ci n’étaient pas enracinés dans la foi en D.ieu. Aussi, certaines des lointaines répercussions de ce bouleversement idéologique peuvent être considérées comme un refus de toute forme d’autorité morale et, en dernière analyse, comme une volonté de se révolter contre la souveraineté de D.ieu. Cette attitude conduisit à une recherche constante des plaisirs matériels et de la satisfaction des sens au détriment du souci spirituel.

Il convient, toutefois, de se garder de toute interprétation erronée : le judaïsme ne s’oppose pas à la prise en compte de l’aspect matériel de la vie. Cependant, la Torah demande que cette préoccupation n’ait pas pour motivation la seule recherche d’une satisfaction personnelle. Elle doit être, au contraire, orientée vers le service de D.ieu. C’est là que réside la difficulté car l’homme a une tendance naturelle à se préoccuper de son plaisir personnel plutôt que du plaisir Divin. Cependant, notre action sur les choses matérielles est nécessaire pour nous permettre d’accomplir l’intention de D.ieu. En effet, la ‘Hassidout explique que chaque élément constitutif de l’univers contient des ” étincelles ” Divines qui s’y trouvent cachées. Grâce à son potentiel spirituel, l’homme a la capacité de révéler cette énergie Divine qui y est investie. La ‘Hassidout désigne cette œuvre à accomplir sur le monde sous le nom hébraïque de ” tsirouf – raffinement “. C’est ce même mot qui désigne la fonte du minerai. Dans ce processus, les scories sont rejetées et seul le métal précieux est retenu. Dans le même sens, notre rapport au monde exige que nous détournions notre attention des préoccupations matérielles et que nous nous concentrions sur la Divinité Qui s’y trouve.

Le mot qui désigne la France en hébreu, ” Tsarfat “, a étymologiquement la même racine que le terme ” tsirouf “, ce qui implique que ce pays possède un lien étroit avec un tel mode de service de D.ieu. C’est que la France incarne les deux approches qui ont été décrites plus haut : celle qui se résume à la recherche du plaisir matériel et celle qui assume la tâche de raffinement du monde et de révélation de la Divinité. A l’origine, c’est avec la première que la France était associée. Aujourd’hui, au contraire, c’est la deuxième qui y domine. Ce renversement de tendance commença avec les différentes visites qu’y fit le Rabbi Maharach (Rabbi Chmouel, le quatrième Rabbi de Loubavitch) et, plus tard et plus fréquemment, le Rabbi Rachab (Rabbi Chalom Dov Ber, le cinquième Rabbi de Loubavitch). Dans la génération suivante, le Rabbi (Précédent) ne fit pas que séjourner en France. Il y envoya des membres de sa famille en tant qu’émissaires. Cette évolution atteignit son apogée lorsque, après son installation en Amérique, il établit en France différentes branches de ” Tom’hei Temimim ” (la yéchiva loubavitch) ainsi que d’autres institutions éducatives.

Cette dernière étape a entraîné une révolution spirituelle, une véritable renaissance. De ce fait, de nombreux textes ‘hassidiques ainsi que des ouvrages classiques du judaïsme ont été édités en France et des milliers de Juifs venus d’autres pays y ont retrouvé leurs racines juives. Plus encore, nous voyons aujourd’hui des Juifs élevés en France et qui présentent les traits de caractère particulier de ce pays, prendre l’initiative et se consacrer à y répandre le judaïsme.

La pensée ‘hassidique explique que notre rapport au monde doit avoir une double motivation. Outre l’œuvre consistant à élever les étincelles Divines analysée plus haut, nous devons consacrer nos efforts à faire de ce monde une demeure pour D.ieu. Cet effort, qui aboutit à regarder le monde comme la ” demeure de D.ieu “, constitue une ouverture vers une dimension infinie car, de même qu’un homme se montre tel qu’il est vraiment dans sa maison, ainsi D.ieu Se révèlera sans restriction dans ce monde. C’est cette dimension qui apparaîtra aux temps messianiques. Dans ce contexte, nos Sages font référence à Machia’h (le Messie) comme à ” celui qui brise – Haporètz ” (les barrières). Il aura pour tâche de briser les limites du monde et de révéler comme il est, en fait, la demeure de D.ieu.

Là encore, on observe un lien particulier avec la France. Les lettres qui forment son nom en hébreu, ” Tsarfat “, constituent aussi, dans un ordre différent, le mot ” Paratsta “. Ce mot renvoie au verset ” Ouparatsta – Tu t’étendras avec force vers l’ouest, vers l’est, vers le nord et vers le sud. ” La France accomplit ce verset, diffusant les sources de la ‘Hassidout dans toutes les directions et préparant ainsi le monde à l’avènement de la Délivrance. De manière significative, on relève aussi que le mot ” Tsarfat ” équivaut numériquement, en hébreu, à 770, l’adresse du centre de diffusion de la ‘Hassidout établi par le Rabbi (Précédent).

D’après des enseignements du Rabbi de Loubavitch,
Chabbat Parchat Vayichla’h et Chabbat Parchat Vayéchèv,
16 et 23 Kislev 5752 – 23 et 30 novembre 1991

 

Une œuvre nouvelle

En 5789 (1989), le Rabbi avait déjà donné quelques grandes lignes de réflexion sur le même sujet. En voici la traduction.

On connaît le rapport que l’Admour Hazakène eut avec la Russie et la France. A l’époque de la guerre entre ces deux pays, l’Admour Hazakène voulut la victoire de la Russie sur la France car la situation spirituelle des Juifs, en ce qui concerne la crainte de D.ieu etc., serait meilleure sous la domination de la Russie que sous celle de la France. Nous le voyons clairement : pendant toutes les générations (depuis le Baal Chem Tov jusqu’au Rabbi [Précédent – ndt], chef de notre génération, dans les premières années de sa direction) la révélation et la diffusion de l’enseignement de la ‘Hassidout se firent précisément en Russie.

On voit donc que, après la libération de l’Admour Hazakène (des prisons tsaristes – ndt) le 19 Kislev de façon que ” D.ieu a accompli des prodiges… aux yeux des princes et de tous les peuples qui se trouvent dans tous les pays du roi “, le raffinement de la France n’avait pas encore été réalisé. Elle était et restait au degré inférieur en ce qui concerne le comportement en application de la crainte de D.ieu dans le chemin de la ‘Hassidout etc.

A ce sujet, une nouveauté a été accomplie par le chef de notre génération. Avant même qu’il ne prenne la direction, il visita lui-même, agit et raffina etc. également la France. Puis, après qu’il soit sorti de Russie – après la libération des 12 et 13 Tamouz (des prisons staliniennes – ndt) – il envoya des émissaires en France, ainsi que des textes de ‘Hassidout etc. et cela continue et se renforce jusqu’à ce jour. Ainsi, nous voyons clairement, dans les dernières années, l’ampleur de l’action de diffusion des sources (de la ‘Hassidout – ndt) à l’extérieur, en France. Beaucoup de Juifs s’y sont rapprochés de la Torah et du judaïsme, se sont attachés au chef de la génération, dont c’est l’anniversaire de la libération, et étudient son enseignement au point d’être devenus ” des lumières pour éclairer ” par leur engagement dans la diffusion de la Torah, du judaïsme et des sources (de la ‘Hassidout – ndt) à l’extérieur et au point d’agir sur les peuples du monde, dans ce pays-là, pour qu’ils respectent les sept lois noa’hides.

Cela signifie que la libération des 12 et 13 Tamouz souligne l’action et l’influence sur les peuples du monde jusqu’au plus bas etc. (même dans un pays dont l’Admour Hazakène craignit l’influence de la domination sur la situation spirituelle des Juifs.) Ainsi se complète la préparation à la Délivrance véritable et complète où il y aura concrètement et manifestement la demeure de D.ieu en-bas, dans le degré le plus bas existant.

Ce qui a été dit reçoit un accent supplémentaire du fait que, dans cette réunion de la fête de la libération du 12 Tamouz, dans les quatre coudées de celui qui a été libéré ce jour, se trouve également un groupe de Juifs de France, qui ont été rapprochés de la Torah et des commandements comme ils sont imprégnés par le luminaire de la Torah, la ‘Hassidout, en conséquence de la nouveauté introduite par celui qui a été libéré, dans la diffusion des sources (de la ‘Hassidout – ndt) à l’extérieur.

Aussi, il est juste de les honorer en disant ” lé’haïm ” et un chant de joie – le chant de la France tel qu’il a été transformé en sainteté, que l’on chante avec les mots ” Haadérèt Véhaémouna – La beauté et la foi à Celui Qui vit éternellement etc. ” jusqu’à ” Hatehila Vehatiférèt – La louange et la splendeur à Celui Qui vit éternellement “, le sens de ces mots montrant la révélation de ” Celui Qui vit éternellement ” dans tous les domaines du monde qui sont inclus dans les 62 lettres du ” Alef ” jusqu’au ” Tav ” par lesquelles le monde a été créé.

D.ieu veuille qu’ainsi se rajoute chez eux (ainsi que chez tous ceux qui sont réunis ici, parmi tous les Juifs où qu’ils soient) dans tout ce qui a été dit et qu’ils continuent et ajoutent encore en rentrant dans leur endroit jusqu’à ce qu’ils réalisent, dans le monde entier, la révélation de ” Haadérèt Véhaémouna – La beauté et la foi à Celui Qui vit éternellement ” jusqu’à ” Hatehila Vehatiférèt – La louange et la splendeur à Celui Qui vit éternellement. ”

 

Extrait d’un commentaire du Rabbi de Loubavitch,
Chabbat Parchat ‘Houkat-Balak,
12 Tamouz 5749 – 15 juillet 1989

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