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Madame Bassie a »h Azimov était issue d’une famille juive russe distinguée. Ses parents s’étaient mariés en Sibérie : en effet, peu après ses fiançailles, Rav Bentsion Chemtov avait été arrêté puis envoyé en exil en Sibérie. Pourquoi ? Il avait été pris en flagrant délit d’activités contre révolutionnaires, c’est-à-dire que, sous l’impulsion de Rabbi Yossef Yits’hak Schneersohn, le précédent Rabbi de Loubavitch, il avait organisé des écoles juives clandestines et encourageait les Juifs à rester fidèles à la Torah et à pratiquer les Mitsvot, quel que soit le danger.

Par la suite, il remarqua non sans humour : «Le froid était si intense en Sibérie que même le bacille de la tuberculose n’y résistait pas!»

Sa fiancée l’avait alors rejoint malgré le froid et les dangers inhérents à cette démarche et ils s’étaient mariés dans la plus grande simplicité. Bassie était la dernière de leurs six enfants. (Ses frères et sœur, neveux et nièces sont tous largement impliqués dans le Mouvement Loubavitch, émissaires du Rabbi, que ce soit en Angleterre, aux États-Unis et, de fait, dans le monde entier). (Lire la suite)

Après la guerre, ses parents réussirent à quitter le «paradis soviétique» avec de nombreux autres ‘Hassidim qui avaient profité de certains allègements, lors d’un long voyage – et diverses étapes – en train qui dura plus d’un an, à travers l’Europe à peine libérée et en pleine reconstruction pour finalement s’installer à Londres où ils reprirent leurs activités de propagation du judaïsme.

Mme Chemtov entreprit même de rédiger des livres pour enfants en anglais, langue qu’elle maîtrisa bien vite. Très tôt, leurs enfants les secondèrent et Bassie passait ses Chabbat après midi, non pas à sortir avec ses amies mais à s’occuper de Messibot Chabbat pour les petites filles de son quartier qui ne fréquentaient pas l’école juive.

Inscrite au Séminaire de Jeunes Filles de Gateshead, fidèle à elle-même, elle continua d’enseigner tout en étudiant ; elle influença durablement ses camarades de classe qui sont depuis devenues elles-mêmes des responsables dans différentes communautés juives du monde entier et qui se souviennent avec émotion de la passion avec laquelle elle diffusait les messages du Rabbi.

Ce fut pendant ses études au séminaire que Bassie apprit le décès de sa mère : elle avait alors 17 ans et son chagrin fut immense. Cela contribua à la rapprocher de son père qui la présenta à la Rabbanit ‘Hanna Schneersohn, la mère du Rabbi, qui s’occupa d’elle avec affection. Elle fut aussi présentée à l’épouse du Rabbi, la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka.

Elle s’installa alors aux États-Unis pour enseigner dans une école juive de Philadelphie. On peut dire que, depuis, elle n’a jamais abandonné le domaine de l’éducation, aussi bien pour les enfants que pour les adultes à qui elle savait transmettre ses exigences de perfection dans tout ce qui touche à la pratique de la Torah et l’attachement au Rabbi de Loubavitch et ses enseignements qui étaient sa raison de vivre. Lire la suite

Dès son mariage avec le Rav Chmouël a »h Azimov en 1968, elle s’installa à Paris à l’initiative du Rabbi. Avant de partir, elle fut reçue par la Rabbanit ‘Haya Mouchka – de mémoire bénie – qui lui annonça prophétiquement : «Nous avons labouré et semé (dans les années 30, le Rabbi et son épouse avaient habité à Paris), vous allez récolter!». 

Et il est vrai que la récolte dépassa toutes les espérances ! Il suffit pour cela de consulter les chiffres du Beth Loubavitch (plus de 120 émissaires répartis dans toute la région parisienne, des écoles qui frisent l’excellence académique, des synagogues, des Mikvés, des publications, des allumages publics de ‘Hanoucca, des distributions de matériel religieux avant les fêtes, des grands rassemblements …) pour constater que les résultats ont été prodigieux. Il est absolument certain que cette réussite du Rav Azimov doit énormément à l’encouragement et l’initiative de son épouse qui sut exiger le meilleur : non pas matériellement pour elle-même mais spirituellement pour tous.

Cependant, les débuts ne furent pas faciles. Bassie évoquait avec humour son arrivée dans cet étrange pays à la veille d’une révolution lors de la fameuse révolte estudiantine de mai 68 : les magasins fermés, les parisiens constituant des provisions de sucre et de farine comme pour tenir un siège, les grèves et les manifestations…Quant à la vie juive, elle était plus que difficile au point qu’elle remarqua un jour : «Quel avantage ! Ici, tout est à construire! Et nous construirons à priori selon les meilleurs critères de cacherout et d’éducation!»

Elle n’admettait aucun compromis dès lors qu’il s’agissait de la pratique des Mitsvot. C’est elle qui fixa les règles qui président encore aujourd’hui aux destinées des écoles  avec un programme conforme aux meilleures écoles Loubavitch de par le monde… Le cours qu’elle animait le  mardi soir était devenu une institution. Elle enseignait aussi à l’école ‘Haya Mouchka où elle suivait les progrès de chaque élève et où elle encourageait chaque professeur. Elle avait d’ailleurs surveillé attentivement l’élaboration des plans  puis des travaux de cet énorme complexe qui demeure la plus grande école juive d’Europe. Ses élèves étaient devenues comme ses filles, et elle savait comment obtenir le meilleur d’elles.

Malgré sa santé précaire, elle faisait preuve d’un courage exemplaire et restait focalisée vers un seul but : ramener tous les Juifs de France à une vie de Torah : alors que nombreux étaient ceux qui avaient décrété qu’il était impossible de rester un bon Juif à Paris, la ville des lumières, la ville du mauvais penchant, elle lutta de toutes ses forces et parvint à prouver que «Paris n’est pas différent», qu’on peut vivre une vie de Torah même dans la capitale du pays de la révolution française si mal vue dans le passé.

Madame Bassie Azimov nous a quitté le lundi 17 ‘Hechvane 5772 (14 novembre 2011), à l’âge de 65 ans.

«De même que sa descendance est en vie, elle aussi est en vie !», une vie entièrement tendue vers la perfection, vers un attachement inconditionnel au Rabbi et à ses enseignements.

Feiga Lubecki

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